création émaux Rouault, Braque & Ligugé « J e n’ai pas été surpris de l’accueil qu’ont trouvé vos travaux à Paris. Il est très mérité. Vos premiers résultats ouvrent des possibilités pour de nouvelles réalisations», assurait Braque à dom Coquet en novembre 1949. Cette même année, le musée national d’Art moderne achetait une pièce unique d’après Georges Rouault, avant de faire l’acquisition d’un plat signé par Braque de 1950. Après des présentations à New York, Buenos Aires, Rome et Florence en 1948-1950, l’exposition, au printemps 1951, d’une trentaine d’œuvres magnifiques à la Galerie de France à Paris attirait l’attention de tout le monde des arts, comme le rappelle dom Coquet lorsque les désormais célèbres émaux de l’abbaye de Ligugé sont montrés au musée de Poitiers (mars-avril 1955). S’y côtoient les œuvres de Rouault, Braque, ou encore Chagall. Création de l’atelier. L’atelier mo- nastique n’est pas antérieur à 1945. Dom Coquet, qui l’a créé, compléta sa formation auprès de quelques bons émailleurs par la consultation d’ouvrages à la bibliothèque du musée des Arts décoratifs et l’étude des trésors du Louvre : fermées au public, les salles lui sont spécialement ouvertes en 1946. L’année suivante, le nom de Georges Rouault est prononcé lors d’une rencontre avec le conservateur des Antiques. Gardant souvenir du Ligugé de Huysmans et de dom Besse, visité par lui cinquante ans auparavant, le maître accueillit favorablement le père Coquet  : «Nous nous présentions à lui munis d’un émail où nous avions transposé le plus témérairement du monde une de ses œuvres connues de nous par une simple reproduction en couleur ! Il s’exclama de notre audace mais aima nos belles matières. Il prit en main l’original, qui était dans son atelier, il fit la critique de notre émail, nous indiqua les modifications à y apporter ; finalement il nous confia un certain nombre de toiles avec lesquelles, plusieurs mois durant, les émailleurs de Ligugé travaillèrent et se formèrent. […] Ce qui s’était produit avec Rouault se renouvela avec Braque. Un de nos amis nous présenta à lui dans l’atelier de la rue du Douanier où ce sage recrée la nature, amoureux des formes parfaites et des matières loyalement travaillées, donnant la vie aux choses qu’il modèle, et les écoutant ensuite avec humilité lui dire ce qu’elles souhaitent devenir pour se sentir parfaitement elles-mêmes», raconte dom Coquet dans la Revue des Arts en 1951. L’ermitage de saint Martin. Plat à l’oiseau signé «G Braque», collections de l’abbaye de Ligugé. Les émaux de la collection de l’abbaye sont exposés musée visible aux heures d’ouverture de la librairie. Grégory Vouhé dans un petit Année Liszt Le festival Chemins de musique, organisé à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé, rend hommage à Liszt (18111886) du 29 juin au 3 juillet. Les concerts seront donnés à Ligugé mais aussi à Saint-Benoît (la Hune) et à Poitiers (église Sainte-Radegonde, salle des Pas perdus du palais de justice). Sont invités : l’ensemble Gilles Binchois 44 (musique sacrée), l’ensemble de Musique tzigane, le pianiste Guillaume Coppola (Liszt maître du piano), l’organiste Thomas Monnet (autour de la Divine Comédie de Dante), le Trio George Sand (Liszt à la Villa Médicis : œuvres de Berlioz, Gounod, Bizet, Massenet, Debussy) et l’ensemble hongrois Cantemus (Liszt et ses héritiers). En plein accord avec la vie monastique selon la Règle édictée par saint Benoît au vie siècle, l’atelier d’émaux d’art existe toujours. Avec la fabrication du Scofa, le gâteau de moines, et une librairie très dynamique depuis sa récente rénovation, il participe à l’activité du plus ancien monastère des Gaules. C’est en 361, il y a seize siècles et demi, que saint Martin s’installe à Ligugé. Après avoir bénéficié de l’enseignement d’Hilaire, qu’il avait rejoint à Poitiers à la fin de l’année précédente, Martin fonde cet ermitage, monasterium, pour christianiser un lieu de culte païen. Bientôt des frères le rejoignent. Ayant ressuscité un disciple catéchumène mort en son absence, son renom prit de l’éclat. Seize cent cinquante ans après sa fondation, Ligugé demeure un foyer d’étude et de culture. Grégory Vouhé . ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 92 ■ métier d’art Jean-Claude Bessette Le long chemin de l’émailleur J ean-Claude Bessette est l’un des rares émailleurs de Poitou-Charentes. Un artisanat d’art qu’il explore en autodidacte depuis 1971. Rencontre dans sa petite galerie du Vieux Parthenay. Ses œuvres se nomment Animal biscorne au-dessus de la terre ou Montagne fleurie à l’oiseau. Gaies, colorées, elles mêlent éléments figuratifs et symbolisme, mélangent les différentes techniques des émaux, jouent avec les opacités ou les transparences. En mai au musée de Bressuire, une rétrospective salue le parcours artistique de Jean-Claude Bessette, «poète émailleur» depuis près de quarante ans. L’homme a installé son atelier rue de la Vau Saint-Jacques, dans le Parthenay médiéval. Un quartier qu’il a découvert au début des années 1970. Il est alors Parisien et graphiste dans l’édition, diplômé d’une école d’art. «Je rêvais d’une vie autre, moins urbaine, plus naturelle», se souvient Jean-Claude Bessette. Il quitte Paris pour rejoindre sa future femme. Dans le Poitou, il découvre l’émail, ce verre coloré composé de silice, de soude, de minium, de borax… «Un été, Eliane a acheté un petit four. J’ai fait quelques émaux, pour essayer. Le matériau m’a plu», se souvientil. À l’époque, il s’ennuie à la maison de l’agriculture, où il est cartographe, «alors j’ai sauté le pas», dit-il. C’est en autodidacte qu’il apprivoise ce savoir-faire millénaire. «Je me suis procuré des livres. Et j’ai commencé comme cela, en expérimentant, en cherchant.» Champlevés, cloisonnés, basse-taille  : l’apprentissage des techniques est un long cheminement. Reconnaissance. Lauréat de la Biennale internationale de Limoges, Jean-Claude Bessette a été l’invité d’honneur des Rencontres internationales de l’émail en Suisse, il y a quelques années. Mais le chemin vers la reconnaissance a été long. «Il est parfois difficile de vivre de son travail. On se remet en question. Après 68, quand j’ai commencé, il y avait un mouvement vers les métiers d’art. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 70 émailleurs De gauche à droite, Oiseaux sur la montagne, Amitié des oiseaux, Flèches de la Terre et du Ciel. Photos Jochen Strobel. professionnels en France. Je me dis que j’ai eu beaucoup de chance.» Au mur de son atelier, des reproductions d’émaux médiévaux côtoient des affiches de Chagall, de Klimt et d’Aristide Caillaud. Les étagères croulent sous les flacons. «Quarante ans d’accumulation» qui racontent aussi son parcours artistique. «J’aime utiliser l’émail, le cuivre, l’argent, les ors en feuille ou liquides pour représenter tous ces petits et grands mystères qui nous entourent et nous étonnent : les oiseaux, le soleil, les planètes, les lézards…» A 65 ans, l’artiste veut encore se réinventer. Ce contemplatif qui entend «dire quelque chose de la beauté du monde» explore de nouvelles façons de travailler. Son inspiration reste la même. Mais il fait aujourd’hui un pas du côté de l’improvisation. «Un “poémailleur” en Poitou, rétrospective 1971-2011», du 23 avril au 29 mai au musée de Bressuire. Mélanie Papillaud Cordouan, roi des phares Quatre cents ans après l’allumage du phare de Cordouan, le musée de Royan consacre une exposition à cet édifice exceptionnel, bâti comme un château sur un banc de sable au milieu de l’estuaire de la Gironde, surnommé le roi des phares. Pour évoquer la construction, le musée a emprunté des documents au Service historique de la Défense de Rochefort et de Vincennes, du musée de la Marine à Paris, du musée des Phares et Balises de l’île d’Ouessant, des Archives départementales de la Gironde. L’exposition, qui traite aussi de la vie quotidienne des gardiens, est réalisée avec la collaboration de l’historien Jacques Péret, auteur de Cordouan, sentinelle de l’estuaire (Geste éditions, 2007). Du 15 avril au 24 septembre. 05 46 38 04 86 Insectes imaginaires Raphaël Jean est passé maître dans l’image virtuelle. Après avoir créé des plantes virtuelles imaginaires qui ont suscité l’intérêt de botanistes, le photographe s’est mis à inventer des insectes. Ses œuvres sur papier, présentées en ce début d’année au musée d’Agesci à Niort, sont exposées à la médiathèque Louis-Perceau à Coulon du 9 au 23 avril. 45 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 92 ■