biographie Poitiers Jean Valade, peintre du Roi M ême après la création de son école de dessin au début des années 1770, Poitiers n’enfanta pas de pléiade d’artistes de premier plan. On ne sait à peu près rien ni de l’art ni de la carrière de Léonard Valade, maître peintre à Poitiers disparu en 1720, sinon qu’il laissait un fils de dix ans qui allait embrasser la même carrière avec succès et obtenir le titre de peintre ordinaire du Roi et de son Académie royale de peinture et sculpture. Il s’agit de Jean Valade, baptisé le 27 (et non le 20) novembre 1710, sans doute peu de jours après sa naissance comme il était alors d’usage. En février 1953, le musée de Poitiers acquérait sa plus ancienne œuvre connue. Ce dessin, qui servit de modèle à l’une des gravures des Portraits des hommes illustres dans les arts et dans les sciences publiés en 1745, montre l’influence de l’art de son maître Charles Coypel. Premier peintre du Roi, ce dernier lui procura quelques travaux pour les Gobelins les années qui suivirent son agrément à l’Académie royale, survenu au lendemain du trentième anniversaire de son baptême  (28 novembre 1750). Il y était reçu quatre ans plus tard comme peintre de portraits. Même un Diderot, DES clients scientifiques. qui pourtant avait la dent dure envers ce genre de production, convint finalement de la «vérité» des portraits de l’artiste présentés au Salon de 1781, peints avec «une bonne couleur». Portrait de François Rivard par Jean Valade, dessin à la pierre noire avec rehauts de pastel et de gouache sur papier gris-vert, 44,5  36 cm, x  coll. musées de Poitiers. Par Grégory Vouhé Photo Christian Vignaud Autre preuve de son talent, l’Exposition de cent pastels du xviiie siècle qui se tint à Paris en 1908 comptait l’un des portraits de l’artiste, présenté comme une œuvre de l’incomparable Maurice-Quentin de La Tour. Or Valade l’avait exposé au Salon de 1763, où il figurait sous le n° 103 : M. Loriot, Ingénieur mécanicien. Peint dans une pose moins convenue que celles des portraits de la bonne société, l’ingénieur, comme surpris dans son travail, détourne la tête de la machine qu’il était occupé à manœuvrer pour échanger un regard d’intelligence avec son portraitiste. Ce n’était pas la première fois que Valade fixait les traits d’un homme de science puisqu’il avait dessiné au début de sa carrière le portrait du mathématicien et professeur de philosophie François Rivard conservé à Poitiers. Une plume à la main, l’auteur de traités est assis à son bureau, chargé d’ouvrages et des instruments illustrant sa profession  : compas, équerre et sphère armillaire esquissée dans l’angle. à Poitiers. jeune femme arrivait à Poitiers, dont le caractère autographe n’est plus accepté sans réserve. À cet ensemble de pastels, le musée joignait en 1970 deux portraits peints à l’huile. En une quinzaine d’années le musée était désormais riche de dix œuvres attribuées au peintre. Tôt brisés par son départ définitif pour la capitale, les liens avec sa cité natale étaient ainsi définitivement renoués. Composé d’un dessin, d’une paire d’huiles sur toile et de quatre pastels originaux, l’ensemble couvre donc une trentaine d’années de la carrière de Valade, dont un remarquable portrait datant de l’année de sa réception à l’Académie (1754)  ; du professeur de collège à l’épouse du receveur des tailles à Angers, en passant par le comte et la comtesse de Durfort qui se firent portraiturer à l’occasion de leur mariage, s’y rencontrent aussi les diverses qualités de ceux qui composèrent sa clientèle. À l’exemple du Mercure de France dans son compte rendu des œuvres exposées au Salon de 1763, tous, sans doute, s’étaient adressés à lui après avoir reconnu «beaucoup de ressemblance» avec les modèles des portraits sortis de son pinceau. Il revint à René Crozet, grand historien de l’art du Poitou, et au spécialiste des pastellistes français du xviiie siècle, Paul Ratouis de Limay, d’avoir suscité par leurs travaux parus en 1943 et 1946 l’engouement et une politique d’acquisition frénétique des conservateurs du musée de Poitiers. Dès 1955 le Louvre avait donné l’exemple en préemptant un beau portrait exécuté par Valade en 1754, destiné aux collections poitevines. Ni Marc Sandoz ni Jean-Marie Moulin ne résistèrent à y faire entrer des œuvres qui se présentaient sous le nom du peintre, même de qualité inégale. Ainsi le portrait de Rivard (1953) fut suivi par l’achat simultané en 1957 de ce que l’on sait aujourd’hui n’être qu’une copie d’un La Tour et, plus heureusement, d’un pastel original signé et daté 1773. Le début des années 1960 fut particulièrement faste : rejoignirent le musée un autre portrait de femme en 1961, puis en 1963 ceux d’un homme et d’une jeune femme jouant de la guitare – ultérieurement reconnu comme une copie. En 1964 une autre Richelieu à Richelieu Reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture, l’exposition Richelieu à Richelieu rassemble pour la première fois les chefsd’œuvre du château poitevin du cardinal, aujourd’hui dispersés dans les plus grands musées du monde, au Louvre, à Versailles, à la National Gallery de Londres... à côté des tableaux de Poussin et de Mantegna, des statues de marbres antiques ou de celle de Louis XIII, pour ne citer que les pièces les plus prestigieuses, un document rarissime passe presque inaperçu. On y lit pourtant la plus ancienne mention du mot «salon» (de l’italien salone), précisément datée du 20 septembre 1634 sur cet état des dépenses conservé aux Archives départementales de la Charente. Musées des Beaux-Arts d’Orléans et de Tours, musée de Richelieu, jusqu’au 13 juin. 42 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 92 ■