bande dessinée Laurent Bourlaud est le dessinateur de Nos Guerres, album cosigné par David Benito et Patrice Cablat. Exposition au musée de la BD. Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet Dessins de guerre Laurent Bourlaud L Nos guerres, scénario de David Benito, dessins de Laurent Bourlaud, couleurs de Patrice Cablat, éd. Cambourakis, 2010. Exposition Nos guerres au Musée de la bande dessinée à Angoulême jusqu’au 30 avril, 05 45 38 65 65 18 aurent Bourlaud a dessiné Nos Guerres. Avec brio. Ce roman graphique, récemment paru aux éditions Cambourakis, dénonce en dix chapitres qui sont autant de points de vue différents, la guerre industrielle telle qu’elle apparut lors du premier conflit mondial : longue, totale, systématiquement destructrice de vies et de valeurs. Fondatrice de la brutalisation des rapports humains. Au fil de la bande dessinée, la force des images, la densité des récits écrits par David Benito, l’expressivité des couleurs de Patrice Cablat, composent une singulière anthologie des blessures infligées aux âmes et aux corps : enfant orphelin du frère aimé, gradé déchu de sa noblesse de combattant, troufion fuyant l’horreur puante des boyaux souterrains, main-d’œuvre chinoise déracinée, exploitée, femmes que l’on moque ou viole... «Cette guerre, qui a marqué un changement dans l’histoire de l’humanité et dont on voit souvent des images en noir et blanc, est très proche de nous, des conflits que l’on connaît aujourd’hui», souligne Laurent Bourlaud pour qui le sujet méritait les couleurs et le trait du présent. Sa propre existence est reliée, par les lettres d’un grand-père, à l’enfer de boue et de mitraille. L’artiste de 31 ans, installé à Angoulême, est sorti diplômé de l’école européenne supérieure de l’image – option bande dessinée et communication graphique – en 2002. Environné depuis l’enfance du 9e art qu’il dévore avant même de savoir lire, Laurent Bourlaud dessine, prend à 12 ans des cours d’art graphique, trace des nus plutôt académiques. Adolescent, il plonge dans les univers de Giraud-Moebius, Bilal, Tardi, Chaland puis devient, pour un temps, militant de la production indépendante. Admirations encore et toujours : Aristophane, Stefano Ricci, Trondheim, Burns, Clowes, Konture... Fondateur en 2000, à Angoulême, d’un collectif d’auteurs de bande dessinée La Maison qui pue, Laurent Bourlaud participe aussi à l’aventure Coconino world, éditeur virtuel du patrimoine dessiné, des grands maîtres du xixe aux contemporains. Sa réalisation de webdesigner sur Bill Holman, père du déjanté Smokey Stover (Popol, le joyeux pompier) décrochera le salut confraternel de l’auteur américain Chris Ware. Cette expérience, tout comme ses travaux pour Le Monde, conforte le jeune artiste dans sa pratique plurielle du dessin : «J’ai toujours été, également, intéressé par la communication graphique, je travaille pour des labels de disques, je fais des affiches, des illustrations, confie Laurent Bourlaud. On peut mêler ces différentes formes graphiques dans la bande dessinée. C’est un art qui présente énormément de possibilités et que l’on peut tout le temps réinventer.» Ainsi de Nos guerres... Chaque histoire est une lecture du monde et de sa destruction. Chaque narrateur, selon son appartenance sociale, culturelle, a sa façon de voir et d’être vu. Subtil écho à l’expression artistique du début du xxe siècle – futurisme exaltant la technique et la vitesse, humour potache des Pieds Nickelés, expressionnisme allemand... – le dessin de Laurent Bourlaud restitue la diversité humaine unifiée par l’absurde de la guerre. «Je ne me demande pas s’ils auraient aimé la guerre, confie l’un des personnages au sujet des disparus. Par cela même qu’ils en sont morts, ils l’ont forcément aimée, elles les a adoptés tous autant qu’ils sont. Ils auront été ses fils.» n ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 92 ■