culture Gilles Clément Une brève histoire du jardin I Gilles Clément, ici dans le jardin d’orties de Melle, est invité le 16 avril au festival Terre et Lettres, à La Rochelle. l ne s’agit pas d’une nouvelle histoire des jardins, il en existe de très savantes que Gilles Clément cite comme des références, notamment deux livres parus en 1962, L’Histoire des jardins de Marguerite Charageat (PUF), A history of garden design de Dereck Clifford (L’Histoire et l’art des jardins, Les libraires associés, 1964), et d’autres plus récents comme L’Art du jardin et son histoire de John Dixon Hunt (Odile Jacob, 1996) ou Les Jardins de Michel Baridon (Bouquins Laffont, 1998). Ingénieur agronome, jardinier, paysagiste, naturaliste et grand voyageur, Gilles Clément livre un point de vue très personnel, nourri par sa pratique et ses réflexions – ses notions de jardin en mouvement, jardin planétaire, tiers paysage opèrent désormais bien au-delà du milieu professionnel. En 1974, à la recherche de la femelle d’un papillon à la frontière du Gabon et du Cameroun, dans la réserve du Dja, il constate que les Pygmées se créent un espace dans la forêt en coupant les arbres pour faire une clairière où ils installent leur campement, qu’ils abandonnent une fois épuisées les ressources locales. Mais surtout, il découvre que ces nomades de la forêt dressent un petit enclos où ils cultivent des plantes vivrières. Ainsi le premier jardin serait un potager ! L’hypothèse pourra faire frémir les historiens des jardins dont le regard se porte plutôt vers la Renaissance ou le Moyen Age, voire Babylone. Elle n’étonnera pas les archéologues et les préhistoriens pour qui l’apparition de l’enclos marque le début de la civilisation néolithique dont nous sommes issus. Quand l’homme cesse d’être nomade, il invente le jardin pour assurer sa subsistance. Quand Gilles Clément évoque la grotte qui, dans le jardin de la Renaissance, illustre «le mystère des origines», il s’interroge sur «la grotte originelle de l’humanité», ornée de peintures et de gravures, et raconte sa visite de la grotte Chauvet, dont il sort «ébranlé par la radicalité de l’art en l’homme». ce livre  : comment créer un jardin aujourd’hui  ? Comment l’habiter  ? «L’“ère écologique”, sans prétendre renouer avec des pratiques révolues, tente de développer un jardinage de réparation des désastres commis par la gestion industrielle des sols, obligation du rendement, économie du court terme.» Dans le chapitre sur le «dernier jardin», Gilles Clément nous conduit en Australie, chez les Aborigènes, où il n’y a pas de jardin : leur mythologie dit que «par le Rêve de la Création l’Esprit de Vie entra dans la terre pour se reposer». La Terre est donc sacrée. Jardiner c’est donc ne pas blesser la Terre. Ce qui permet d’extrapoler sur les catégories occidentales, jugées trop restrictives : «L’histoire de la pensée – en particulier celle du rapport entre l’homme et la nature – ne peut plus s’exprimer dans les contraintes spatiales du jardin, elle s’écrit désormais en puisant dans le vocabulaire des nuages et des océans, des écosystèmes et des biotopes, des tempêtes et des accalmies, des pollutions et des remédiations ; on parle des forêts et des lisières comme on parlait des massifs et des plates-bandes…» «Il n’y a pas de jardin, il y a la Terre.» Un questionnement sous-tend Claude Pauquet Terre et Lettres « L ’originalité de Terre et Lettres, c’est de réunir autour de l’écologie et du développement durable des auteurs qui ont une réflexion globale et des acteurs régionaux et locaux.» Dominique Agniel, femme de radio, réalisatrice de documentaires et écrivain, préside l’association qui organise ces trois jours de rencontres à la médiathèque de La Rochelle. «Il ne s’agit pas d’être dans l’air du temps en parlant d’écologie, mais de mettre en avant la réflexion et les expériences de tous ceux, écrivains, penseurs, explorateurs, et acteurs de terrain qui développent depuis des années un véritable courant de pensée.» Cette seconde édition de Terre et Lettres s’articule autour de cinq thèmes, la pêche intensive, les abeilles, le jardin planétaire Terre et Lettres, et la biodiversité, le vin naturel et les peudu 15 au 17 avril, ples autochtones face au réchauffement climatique. «Chaque thème est abordé médiathèque Michel-Crépeau. en partant d’un ouvrage récemment paru ou à paraître, et illustré autant par un film www.terre-etou un documentaire, ajoute Dominique lettres.org 16 Agniel. Ainsi nous parlerons de la pêche avec Frédéric Denhez et son livre Plus de poisson à la criée et, comme acteur régional, Mathieu Duportal, professeur au lycée maritime de La Rochelle et pêcheur lui-même, et la projection du film Global Sushi  : demain nos enfants mangeront des méduses. De la même façon, Gilles Clément présentera le concept de jardin planétaire en compagnie de Dominique Marion, agriculteur bio en Charente-Maritime, avec la projection du film autrichien Plastic Planet, qui sera pour l’occasion présenté en avant-première à La Rochelle.» Le vendredi 15, la soirée d’ouverture accueille Hervé Kempf, spécialiste de l’écologie au Monde, autour de son récent ouvrage L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, et un spectacle de la compagnie rochelaise Les Anges rebelles, L’homme qui plantait des arbres, évoquera sur le parvis de la médiathèque l’œuvre du précurseur de l’écologie que fut Jean Giono. J. R. Jean-Luc Terradillos Une brève histoire du jardin, de Gilles Clément, éd. JC Béhar, 128 p., 14,90 e Dans les Deux-Sèvres, Gilles Clément est invité à parler du jardin en mouvement le 1er mai à 20h30 à Champdeniers et le 2 mai au théâtre de Thouars. Terre de sciences Jardins thérapeutiques Denis Richard, chef de service à l’hôpital Henri-Laborit à Poitiers, auteur du Guide santé des fruits et légumes et de Poisons et venins dans la nature, publie chez Delachaux et Niestlé : Quand jardiner soigne (192 p., 19 e). ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■ LA rochelle - la pallice La Sirène des musiques actuelles L es amateurs rochelais de musiques actuelles disposent enfin d’un lieu adapté. La salle de la Sirène, qui a ouvert ses portes le 1er avril, est l’aboutissement d’un dossier lancé il y a vingt ans. Les projets successifs, promenés d’un quartier à l’autre de La Rochelle, avaient tous avorté, avant que l’idée ne naisse en 2007 de réhabiliter un entrepôt à grains désaffecté du port de La Pallice. Confié au cabinet Construire et Reconstruire des architectes Patrick Bouchain, Chloé Bodart et Loïc Julienne, qui ont notamment réalisé le Lieu Unique à Nantes et la Scène nationale Le Channel à Calais, le chantier a conservé la structure de pierre, d’acier et de béton du bâtiment. «Quelque part dans le port, le long de la rue de la soif, au bout du bout de la ville, le bassin à flot de La Rochelle abrite un bâtiment sans âge, sans allure et sans usage, écrivait Patrick Bouchain dans sa note d’intention de 2007. Enclavé depuis la création du port autonome dans une zone portuaire interdite au public, le bâtiment peut recevoir un public dont la ville se méfie, celui qui fait du bruit, du tapage nocturne, du décibel en pagaille : le public des musiques actuelles. C’est par sa place dans le port qu’il sera finalement sauvé : la vieille carcasse de béton et d’acier, éloignée des zones sensibles d’habitation, fera parfaitement l’affaire.» Rebaptisé la Sirène sur une idée du maire, Maxime Bono, l’ancien entrepôt développe ses espaces sur trois niveaux. Au sous-sol, le «rez-de-port», où des conteneurs sont aménagés en espaces de répétition et d’en- Un entrepôt réhabilité par Patrick Bouchain, Chloé Bodart et Loïc Julienne. Xavier Léoty registrement, est conçu pour accueillir des artistes en résidence. Le rez-de-chaussée, qui donne sur la rue, abrite l’espace d’accueil du public, deux bars, et une salle de concert de 400 à 600 personnes. La grande salle de spectacle, elle aussi modulable, est au grenier, et offre une jauge de 1 200 spectateurs. Le tout est équipé de matériels de sonorisation, d’enregistrement et de prises de vues de la dernière génération, et coiffé, comme d’un signal, d’une voile bicolore, jaune et noire. Le coût de l’équipement se monte à 7,1 millions d’euros, financés à 80 % par la Communauté d’agglomération de La Rochelle, la Région et le ministère de la Culture apportant chacun 700 000 €, le département de la Charente-Maritime et le Centre national des variétés chacun 70 000 €. Le bâtiment est mis à disposition gracieusement par le port. «Cette réhabilitation est beaucoup moins coûteuse qu’un bâtiment construit ex nihilo, note Maxime Bono. Les projets que nous avions étudiés allaient jusqu’à 18 millions.» La gestion de la Sirène est assurée, dans le cadre d’une délégation de service public, par l’association XLR, présidée par David Joulin, qui présida pendant quinze ans La Nef, la scène de musiques actuelles d’Angoulême. David Joulin et son équipe prévoient une cinquantaine de concerts par an, avec une programmation éclectique : hip-hop, funk, métal, world, rock, punk, jazz, chanson, électro auront droit de cité à La Sirène. À partir du 1er avril se succéderont, entre autres, The Legendary Tigerman, Roy Ayers, Kid Congo, Erik Truffaz Quartet, NOFX, Popa Chubby, Cabaret New Burlesque, Alice Russell, et The Sonics. Jean Roquecave n Loudun. – «élémentaires», œuvres du Frac Poitou-Charentes : Saâdane Afif, Davide Balula, Michel Blazy, Delphine Coindet, Vincent Ganivet, Piero Gilardi, Thierry Mouillé, Bernard Pagès, émilie Perotto, Nathalie Talec, à SainteCroix jusqu’au 22 mai. n Angoulême. – «L’horizon absolu», de David Renaud, au Frac PoitouCharentes, jusqu’au 28 mai. n Saint-Pierre-d’Oléron. – «Plugin II», œuvres de 18 artistes du Frac Poitou-Charentes, au musée de l’île d’Oléron, jusqu’au 29 mai. Expositions n Châtellerault. – «Sous pression à Châtellerault», œuvres de l’atelier Michaël Woolworth : Jim Dine, José Maria Sicilia, Djamel Tatah, Stéphane Bordarier, Marie-Ange Guilleminot… à l’école d’arts plastiques, du 9 avril au 1er juin. À partir du 17 juin, 3e prix Piero Crommelynck : Sam Szafran, l’œuvre imprimé ; photolithographies de Carole Benzaken, sculpture de Virginie Furhmann, peintures de Bernard Matignon. Vue de l’atelier Michaël Woolworth. ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 92 ■ 17