architecture Lancereau & Meyniel La maison 10 x 10 de la Boivre C omment construire une maison écologique qui ne ressemble ni à un chalet ni à un hangar en bois ? Images qui viennent tout de suite à l’esprit, augmentées parfois d’une touche de régionalisme ou de pittoresque, tant le bardage en bois semble la signature naturelle de la construction BBC (bâtiment basse consommation). Gérard Lancereau et Bénédicte Meyniel, architectes urbanistes installés à Poitiers, résolument modernes, soucieux de la qualité de vie – distingués par le grand prix public de l’architecture (L’Actualité n° 62, octobre 2003) –, ont quitté une belle demeure du quartier Notre-Dame pour construire leur maison BBC (30 kw/m2/an) aux portes de la ville, sur un petit terrain donnant sur la vallée de la Boivre. étant donné les contraintes (exposition au nord, falaise à proximité, sol instable), il leur a fallu déployer beaucoup d’intelligence et de savoir-faire pour réaliser en 2010, sur un plan carré (10 x 10 m), une maison en béton suffisamment grande, lumineuse, confortable, sans faire exploser le budget. Gérard Lancereau souligne que «le coût de construction au m² habitable (HT) est, avant économie d’impôt liée au label BBC, de 1 600 € et, après économie d’impôt, de 1 450 €, soit 10 % plus cher que la construction actuelle du logement individuel social donc assez performant. Cela signifie aussi que si le label est très exigeant et difficile à obtenir, au-delà des économies d’énergie réelles qu’il apporte à l’habitant, les surcoûts de construction liés au label sont en gros compensés par l’économie d’impôt.» Même si les crédits d’impôts évoluent défavorablement, cette maison a valeur d’exemple. Elle est faite pour durer. Tout a été pensé dans les moindres détails avec des artisans compétents qui, justement, ont soigné ces détails. C’est ainsi que l’on éprouve, au jour le jour, la qualité d’une maison. Jean-Luc Terradillos Architecture et grand âge Les murs ont été coulés par petites levées successives avec du ciment blanc et des graviers de calcaire local, ce qui donne l’aspect de la pierre. Le chêne est utilisé pour les ouvertures et les volets, le bouleau et le peuplier en contreplaqué pour l’intérieur. La Maison de l’architecture de Poitou-Charentes attire l’attention sur des types de bâtiments appelés à se développer considérablement dans les années à venir : les maisons de retraites et les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dix-huit projets réalisés pour la plupart en France et à l’étranger sont à découvrir jusqu’au 9 février (1, rue de la Tranchée à Poitiers). Une rencontre est prévue le mardi 18 janvier à 20h30 avec Marie-Dominique Lussier, docteur au CHU de Poitiers, sur le thème «Architecture et grand âge, une réflexion à l’échelle d’un territoire». Du 14 février au 17 mars, deuxième volet de l’exposition sur l’habitat contemporain en Poitou-Charentes. www.mdapc.fr Marc Deneyer Royan, la saga des bains de mer A u début du xixe siècle, Royan fait sa publicité autour de ses baignades à vocation thérapeutique : on vante le bienfait des eaux froides de l’Atlantique. Guy Binot, érudit royannais, auteur d’une Histoire de Royan et de la presqu’île d’Arvert (Le croît vif, 1994), fait le récit historique de cette future station balnéaire dans La Saga des bains de mer publié aux éditions Bonne Anse (242 p., 45 e).Des textes qui fourmillent de détails, et pléthore d’images et photographies 46 Marc Deneyer font découvrir Royan comme lieu de villégiature, station mondaine et ville nouvelle suite à la reconstruction d’aprèsguerre pour devenir lieu d’accueil du tourisme de masse permis par les congés payés ! C. C. ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■ patrimoine Chantal Callais Pierre-Théophile Segretain Un architecte départemental L ’hôtel de la préfecture, la prison et le palais de justice comptent parmi les principaux monuments civils de Niort. Qui en est l’auteur ? Pierre-Théophile Segretain… Ce personnage sort de l’oubli grâce à Chantal Callais, architecte, docteur en histoire de l’architecture et enseignante à l’école nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, qui lui consacre un livre : À corps perdu, Pierre-Théophile Segretain, architecte (1798-1864). Né à Niort le 9 avril 1798, il est le fils d’un fonctionnaire devenu entrepreneur de travaux publics. Après le lycée à Poitiers il intègre Polytechnique en 1815. Il passe ensuite trois années aux côtés de l’architecte Bruyère, inspecteur des Ponts et Chaussées. Sa formation scientifique diffère du parcours classique des architectes de l’époque qui passent par les Beaux-Arts. De sorte qu’il accorde un intérêt particulier aux problèmes techniques et qu’il se tourne vers la restauration des édifices médiévaux et Renaissance. Dès 1820, il rentre à Niort, un peu par opportunisme car la région est pauvre en architectes. Après quatre ans auprès de l’ingénieur départemental, il est nommé architecte du département des Deux-Sèvres. Cette fonction lui confère de nombreuses prérogatives : il est tenu de faire deux tournées par an dans chaque arrondissement, il a la charge des géomètres voyers et doit établir plans, La vie à Paris ne lui plaît guère. Vue du château de La MotheSaint-Héray par Pierre-Théophile Segretain en 1840 (coll. part.). Pierre-Théophile Segretain se définit comme conservateur et légitimiste mais semble être d’un esprit modéré. Ses choix politiques évoluent en fonction des régimes mais suivent toujours les mêmes logiques : préservation de l’ordre et de la paix, maintien des acquis sociaux, liberté de pensée. Membre de la Société statistique des Deux-Sèvres, il entretient des relations avec la Société des antiquaires de l’Ouest. Impliqué dans les débats professionnels, Segretain considère, comme beaucoup, que le Code civil met en péril le métier d’architecte car il ne fait pas de distinction avec de simples entrepreneurs. Il se prononce donc pour l’instauration d’un corps professionnel qui, en outre, aurait l’avantage de permettre la formation dans les départements de jeunes architectes. Son activité est foisonnante. Il multiplie créations, restaurations et contrôles. Il fait construire le tribunal de Melle et est à l’origine du second plan d’urbanisme de Niort (1855). En 1856, la gare est mise en service et Segretain aménage les alentours de la place de la Brèche. Il fait percer de nouvelles rues et prévoit l’édification de deux églises et d’un lycée. du patrimoine comme le montre son attachement au château de La MotheSaint-Héray, il adresse un rapport au ministre de l’Instruction publique en février 1840, puis deux notes, la dernière datant de janvier 1841. Mais le château est vendu en novembre 1840 et sera rapidement démoli. Quant à la question de la restauration des monuments qui fait débat à l’époque, Segretain se situe dans la mouvance de Mérimée et de Vitet. La reconstitution est envisagée mais d’une manière limitée afin de ne pas «se fourvoyer». Suite à un différend avec le préfet, il démissionne en 1852, officiellement pour des raisons de santé. C’est un homme affaibli qui se consacre pleinement aux commandes privées ainsi qu’aux bâtiments historiques, sa passion, avant de décéder en 1864. Très attentif à la préservation Schéma du projet d’aménagement entre la gare et la place de la Brèche à Niort, dans une lettre de Segretain à son fils en 1854 (coll. part.). devis et projets concernant les édifices financés par le département. En plus de ces fonctions, il prend en charge des commandes privées. Là réside l’ambiguïté de la profession à cette époque. Les architectes oscillent entre carrière libérale et service public. À partir de 1837, il assure aussi la restauration des monuments historiques. Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques (1840), le décrit à Ludovic Vitet, vice-président de la commission des monuments historiques : «Je l’ai trouvé homme d’esprit et d’instruction, s’intéressant beaucoup aux vieux monuments et les réparant avec intelligence. Vous pouvez avoir confiance en lui.» Charlotte Cosset À corps perdu, Pierre-Théophile Segretain architecte (1798-1864), de Chantal Callais, préface de François Loyer, Geste éditions, 600 p., 27 € ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■ 47