découverte Dinosaures à profusion à Angeac-Charente, des vestiges de dinosaures dont le plus long fémur de sauropode découvert en Europe, de crocodiles, de tortues, des restes végétaux ont été exhumés des couches fossilifères datant du Crétacé inférieur. Par Astrid Deroost Photos Jean-François Tournepiche Ci-dessus, Dominique Augier, archéologue amateur et passionné qui travaille avec le musée d’Angoulême. E Sur le terrain, l’équipe coordonnée par le musée d’Angoulême et le laboratoire géosciences de Rennes (CNRS, Université de Rennes 1) a rassemblé des scientifiques du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements du Muséum national d’histoire naturelle, de l’Université de Lyon et du musée des dinosaures d’Esperaza, dans l’Aude. 20 n Charente, le site paléontologique mis au jour en février 2010 dans des carrières d’Angeac-Charente et présenté alors comme un exceptionnel gisement à dinosaures, majeur à l’échelle nationale, a révélé l’intérêt et la profusion escomptés (L’Actualité n° 88). La première campagne de fouilles a été menée l’été dernier pour des raisons techniques – les niveaux à dinosaures sont noyés dans la nappe phréatique – sur une surface de 15 m2 et a aisément confirmé le diagnostic initial. «Le site s’étend sur plusieurs hectares, il est très complet, riche en nombre d’ossements très bien conservés, en diversité d’espèces qui proviennent de couches fossilifères datant du Crétacé inférieur, il y a 130 millions d’années. Cette période est encore très peu connue, très peu de sites existent en France et en Europe. Le site d’Angeac va faire l’objet d’une étude approfondie sur dix ans», explique Jean-François Tournepiche, conservateur chargé de l’archéologie au musée d’Angoulême. Parmi les quelque 400 vestiges facilement exhumés de l’argile, les restes de dinosaures l’emportent par leur aspect rare et spectaculaire. Ainsi de ce fémur de sauropode, long de 2,40 m, le plus imposant à ce jour trouvé en Europe et qui laisse imaginer un grand herbivore de 35 m de long pesant quelque 40 tonnes. Des individus comparables ont été découverts en Amérique du Sud. Deux autres groupes de dinosaures sont présents à Angeac et les théropodes le sont en abondance. «On a toute la famille, expose le conservateur, des (spécimens) jeunes, des adultes, âgés et toutes les parties du squelette». La quantité d’ossements de dinosaures carnivores s’avère, pour le territoire national, la plus foisonnante depuis 200 ans. Et comme pour l’ensemble des vestiges, leur état de conservation est remarquable. «Les animaux n’ont pas voyagé, ils se sont décomposés sur place, tombés au fond d’un marécage qui s’étendait dans la région d’Angeac-Charente au Crétacé inférieur», poursuit Jean-François Tournepiche. Enfin des os d’iguanodons, dont un individu est reconstitué au muséum de Bruxelles, ont également été retrouvés sous les anciennes alluvions quaternaires de la Charente. Des vestiges de crocodiles (trois genres), de tortues (deux espèces), des poissons d’eau douce, des microrestes, des restes végétaux – bois fossilisés, feuilles, graines – complètent l’inventaire des pièces étudiables. «On va pouvoir reconstituer l’environnement, les conditions de dépôt, la biochronologie du site et comparer l’écosystème, par exemple, à des sites d’âge équivalent comme il en existe en Chine», poursuit le conservateur en soulignant que le projet scientifique implique une quinzaine de spécialistes. Le versant grand public et pédagogique de la découverte mobilise lui aussi le musée d’Angoulême. Dès l’été prochain, les visiteurs pourront partager in situ l’émotion des paléontologues, suivre l’évolution des recherches et remonter le fil de l’histoire. En 2008, les carrières d’Angeac-Charente avaient livré une première vertèbre de sauropode. L’enquête menée ensuite dans les collections du xixe siècle avait révélé la présence d’os de dinosaures, imparfaitement étiquetés sous le vocable «éléphants». «Cela faisait deux ans que nous étions sur la piste de ce site, se souvient Jean-François Tournepiche. On savait qu’il s’agissait d’autre chose que d’une simple découverte isolée.» n ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■ à cause de la présence d’une nappe phréatique, il a été nécessaire de pomper l’eau pour observer les niveaux fossilifères.   En février 2010, la pelle mécanique remontait des vertèbres de dinosaures en raclant la base des sables alluvionnaires exploités par l’entreprise Audoin à Angeac-Charente.   Après assèchement d’un petit secteur, des fouilles ont été effectuées à la fin de l’été 2010 dans des conditions permettant un véritable travail scientifique. ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■ 21