recherche après Xynthia Littoraux et changement climatique A près le colloque organisé en juin 2010 à Poitiers par la Région Poitou-Charentes (L’Actualité n° 89), la tempête Xynthia a fait l’objet d’une nouvelle réunion scientifique du 18 au 20 novembre à la Corderie royale de Rochefort, à Brouage et à l’Université de La Rochelle. Ce colloque international sur «les littoraux à l’heure du changement climatique» a réuni une vingtaine de géophysiciens, géologues, historiens, climatologues, biologistes marins. Les sciences «dures» étaient de la partie, avec notamment les membres du laboratoire LIENSs de La Rochelle. Guy Woppelmann, géophysicien, passait en revue les dispositifs de radars embarqués sur satellite qui permettent de mesurer l’évolution du niveau de la mer, tout en soulignant les limites et les incertitudes de ces mesures. Valérie David, maître de conférences en écologie aquatique, évoquait le plancton comme indicateur du changement climatique. Xavier Bertin, océanographe, montrait l’influence de la houle : «L’explication classique de l’intensification de l’érosion côtière, par l’élévation du niveau marin combinée au tarissement des apports sédimentaires lié à la construction de barrages, est insuffisante ; l’augmentation de l’énergie des vagues en hiver pourrait être une piste inédite.» Côté sciences humaines, Maria Joao Alcoforado, géographe à l’Université de Lisbonne, présentait les tempêtes historiques qui ont frappé le littoral portugais au xviiie siècle, comme en écho aux observations à la même époque du négociant rochelais Jacob Lambertz. Dario Camuffo, historien climatologue à Padoue, étudie la submersion de Venise en s’appuyant sur les toiles des peintres vénitiens du xvie et du xviiie siècle, Véronèse, Canaletto et Bellotto : «Peintes à l’aide d’une camera obscura, leurs toiles reproduisent les détails avec une grande précision. En comparant la hauteur de la ceinture d’algues des immeubles sur les toiles avec les photos contemporaines, nous pouvons reconstituer l’histoire de la submersion de Venise depuis 1571.» Michel Métais, directeur général de la LPO, évaluait l’impact de Xynthia sur les réserves naturelles. «La submersion marine affecte la survie des espèces liées à l’eau douce. Les prairies naturelles de la réserve naturelle d’Yves ont changé de nature, toutes les espèces ne supportant pas le sel ont disparu à l’été 2010. Il est nécessaire de revisiter la stratégie de création des réserves naturelles sur le littoral atlantique.» En contrepoint, William Proust, directeur chargé de la mer au Conseil général de la Charente-Maritime, apportait la vision d’un gestionnaire. «Xynthia, dit-il, a changé la donne pour les responsables de l’aménagement littoral. Depuis la tempête Martin de 1999, le Conseil général consacrait chaque année 3 millions d’euros à la mise à niveau des défenses contre la mer. Si Martin avait contribué à enclencher cette politique, Xynthia marque un tournant et une prise de conscience de la nécessité de renforcer les dispositifs de protection face à une réalité de risque plus forte que celle perçue communément. Il faut désormais prendre en compte des événements de niveau supérieur à l’événement de référence et envisager des systèmes de défense adaptés à l’évolution des aléas du fait du changement climatique. C’est un chantier de longue haleine. Le rôle de la recherche va se renforcer, en s’appuyant sur les sciences physiques autant que sur les sciences humaines, pour permettre à la puissance publique de disposer des outils et des connaissances adaptés aux projets à mener.» Jean Roquecave Lier les phénomènes locaux au changement global du climat Saint-Clémentdes-Baleines le 2 mars 2010. L’exposition «Xynthia, le Jour d’Après» de Benjamin Caillaud est visible à la Corderie royale de Rochefort jusqu’au 31 janvier. Le climatologue Hervé Le Treut, de l’Académie des sciences, estime que le travail pour relier des phénomènes comme Xynthia au changement climatique reste à faire. «On a compris à peu près comment fonctionne dans ses grands traits la machine climatique et comment elle peut évoluer, mais on est beaucoup moins assuré de la manière dont tout cela se décline aux échelles qui sont celles de la vie des gens. Le système climatique a des échelles de temps très variables. Des phénomènes ont des occurrences très lentes, et quand on essaie de s’adapter ou de construire dans une région, il faut avoir une mémoire longue du temps. La côte charentaise est complexe, il y a beaucoup de sédimentation, des îles qui s’interposent, il faut l’étudier dans sa complexité. Il ne s’agit pas de faire abandonner leur maison aux gens brutalement mais de réfléchir. Quand on définit les zones constructibles et non constructibles, bien sûr qu’il vaut mieux être prudent. Il y a des risques, mais comment les traduire localement, c’est un autre travail scientifique, qui n’est pas toujours fait.» Benjamin Caillaud Xynthia face à l’histoire Le rapport du groupe de recherche pluridisciplinaire Submersions (éd. Le croît vif, 176 p., 15 e). 4 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■ recherche claude Andrault-schmitt Du premier gothique à la Renaissance C laude Andrault-Schmitt est professeur à l’Université de Poitiers, spécialiste de l’architecture religieuse du xi e au xive siècle, directrice de recherche au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale. L’Actualité. – Pourquoi vous êtesvous intéressée à la cathédrale de Tours ? Claude Andrault-Schmitt. – Ma formaEst-ce une architecture digne d’une capitale de province ? Vous révélez un document original. Quelle portée historique peut-on donner à ce contrat d’achat de bois ? tion initiale m’a spécialisée en architecture romane. En 1982, j’ai été nommée à l’Université de Tours. Pour mes cours, j’ai donc étudié le gothique et plus précisément la cathédrale de Tours. La documentation était particulièrement pauvre sur le sujet. Il existait seulement une monographie écrite en 1920. Quelles sont les grandes étapes de sa construction ? Tours est une capitale des Plantagenêt. Dans les années 1220, l’archevêque avait autorité sur les pays ligériens et sur toute la Bretagne de sorte qu’il ne pouvait se contenter d’une église modeste. L’aspect très travaillé, orfévré, du monument traduit la puissance et la richesse du lieu. D’autre part, le fait qu’il accueille les reliques de saint Maurice insiste sur son importance. Celles-ci ont été offertes à la cathédrale par le roi chevalier Louis IX en hommage au saint légionnaire de Thèbes. Les verrières de cette cathédrale sont-elles vraiment originales ? C’est une construction qui couvre l’ensemble du Moyen Age gothique, de 1160 à 1460. La façade de la cathédrale a commencé à être montée avec deux tours et des voûtes de type angevin, à la même époque que la construction de la cathédrale de Poitiers. Aujourd’hui elle n’est plus visible derrière une sorte de rideau de dentelles de pierre postérieure. Les étages anciens des tours datent de 1190-1200 et il y a des traces de style angevin dans le transept, dont la construction sera reprise à la fin du xiiie siècle. À l’est, la mise en place du chevet marque le basculement vers un autre style. Son chantier s’est déroulé en deux étapes : dès les années 1220, la partie basse est montée en premier gothique «à la française» ; terminée en 1267, la partie supérieure est en style rayonnant. À partir de 1425-1430, avant même la fin de la guerre de Cent Ans, il y a un grand élan que l’on nomme «la reconstruction». À ce moment-là sont effectués les plaquages sur la façade, la construction de la partie supérieure des tours ainsi que la pose de la voûte de la grande nef. Saints d’Aquitaine Oui, notamment par l’effet d’ensemble. Si beaucoup de vitraux de l’époque rayonnante ont été détruits par de nombreux aléas, surtout la Révolution française, comme à Saint-Denis ou Notre-Dame de Paris, à Tours, les vitraux du clairétage, c’est-à-dire la partie haute, datent vraiment du xiiie siècle. L’autre originalité est l’ajourement du triforium qui rend possible la pause de vitraux aussi à ce niveau. L’amincissement des murs porteurs et l’emploi des arcs-boutants ont permis de les mettre en évidence. Ce parchemin de 1279 est un document rare. Il stipule que l’architecte, Etienne de Mortagne, achète un bois à des chanoines pour la charpente de la cathédrale de Tours. Le maître d’œuvre s’associe avec le charpentier en chef et s’engage à raser le bois de 34 arpents dans les cinq ans à venir en échange de cent livres par an. Cela révèle que les puissants (roi, chanoines, évêques) ne donnaient pas mais vendaient leurs ressources. Surtout, il montre que les architectes ont une place croissante dans la société et l’économie du xiiie siècle. Ils deviennent de vrais entrepreneurs. Recueilli par Charlotte Cosset La cathédrale de Tours, de Claude Andrault-Schmitt, Geste éditions, 200 ill., 298 p., 55 e Le déambulatoire et l’abside de la cathédrale de Tours. Photo Michel Sigrist. Edina Bozoky, maître de conférences à l’Université de Poitiers (CESCM), a dirigé Saints d’Aquitaine. Missionnaires et pèlerins du haut Moyen âge (PUR, 236 p., 16 e). Réels ou inventés, ces saints avaient une aura comparable à celle des saints irlandais. Professeur d’anthropologie à l’Université de La Rochelle, Charles Illouz a publié un livre sur lequel nous reviendrons : La Parole ou la Vie. Valeur et dette en Mélanésie (PUR, 176 p., 17 e). Une recherche menée aux îles Loyauté. Charles Illouz chez les Kanaks La revue 303 a confié à Martin Aurell, professeur à l’Université de Poitiers, membre du CESCM, la direction éditoriale d’un numéro sur le roi Arthur (n° 114, 176 p., 20 e). Magnifique édition tant pour les contributions que pour l’iconographie. 5 Le roi Arthur ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■