Niort Entretien Anh-Gaëlle Truong resserre les liens Entretien avec Alain Piveteau, de l’Institut de recherches pour le développement, adjoint au maire. A lain Piveteau est économiste chargé de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Il est aussi adjoint au maire de Niort chargé de la prospective budgétaire et financière ainsi que des partenariats territoriaux. Ce Niortais d’adoption, depuis douze ans, nous livre sa vision des enjeux du développement de la ville. L’Actualité. – Selon vous, sur quelles priorités doit s’appuyer Niort pour conduire son développement ? L’esplanade de la Brèche, avant et après les travaux. L’espace libéré par les voitures a permis d’augmenter la superficie des terrasses des cafés et des restaurants. Un des premiers enjeux qui me vient en tête est le renforcement de la cohérence entre les lieux de vie, le bassin d’emplois et le bassin d’activités. Avec les mutuelles, Niort se singularise par le poids du tertiaire dans son économie et la forte concentration d’emplois de cadres dans l’aire urbaine (suivant ce critère, Niort arrive en 5e position sur 50). C’est une réalité qu’il nous faut intégrer pour faire de la mixité sociale et de la solidarité un des fondements du développement de la ville. Alain Piveteau.  – Les nombreux recrutements opérés par les mutuelles au cours des années 1990 et 2000 ont amené une population nouvelle, souvent jeune, dont le rapport à la ville et les attentes peuvent être différents de ce qui prévalait jusqu’alors. Leur degré d’attachement à la ville reste, il est vrai, très lié à l’emploi. En outre, l’extension de bureaux à Paris ou la constitution de groupements de mutuelles au-delà du bassin niortais sont autant de signes d’une gouvernance qui peut s’éloigner de la réalité niortaise. Les sièges sociaux n’ont pas besoin de se déplacer physiquement pour que les liens se relâchent. La présence d’une forte activité assurantielle et mutualiste n’est donc pas définitivement acquise. à charge pour les acteurs et les pouvoirs publics locaux de renforcer ces relations. Si la diversification du tissu économique est nécessaire pour répartir les risques, il est tout aussi important, de mon point de vue, de renouer des liens forts avec les mutuelles et plus largement avec l’économie sociale qui, aujourd’hui encore, restent une importante spécificité de notre tissu productif. Ces liens forts renvoient en général à des savoir-faire locaux, des offres de formation, des qualifications, mais aussi à un type particulier de relations inscrit dans le territoire. Autant de ressources présentes qu’il nous faut activer pour conduire le développement de la ville. Avec les travaux de la place de la Brèche, le centre-ville est en pleine transformation. Quels objectifs sous-tendent ces réaménagements ? La ville actuelle de Niort est le résultat de fusions opérées de 1964 à 1972 d’un noyau central avec plusieurs communes (Souché, Sainte-Pézenne, Saint-Florent et Saint-Liguaire) qui constituent aujourd’hui des quartiers 32 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ dynamiques. Notre défi aujourd’hui est de dépasser la notion de quartier pour affirmer un espace commun : la ville. En effet, des Souchéens ou des Pexinois par exemple peuvent aujourd’hui encore dire «aller à Niort» plutôt qu’aller au centre-ville. C’est le sens du projet de ville que de donner à l’ensemble des habitants le sentiment d’un destin commun. Le nouveau cœur de ville doit y contribuer. Il comprend les travaux sur la place de la Brèche, la mise en place d’un nouveau plan de circulation et l’éclatement du stationnement autrefois concentré en un seul point de la ville, l’extension du secteur piétonnier et la reconquête de la Sèvre avec l’aménagement de nouveaux sites, comme pour l’instant les anciennes usines Boinot accueillant le Centre national des arts de la rue. En combinant plusieurs modes de déplacements, en offrant par différents aménagements l’opportunité, dans cet espace précis, de s’arrêter, de se promener, de se croiser, d’échanger, il s’agit de donner à Niort et à l’agglomération le cœur urbain qui lui faisait défaut et dans lequel les habitants puissent se reconnaître. De nombreuses villes vivent aujourd’hui d’importantes mutations. Quel est le poids de la compétition interurbaine dans les politiques locales ? aire 198 Comment, d’après vous, pourraient se concrétiser ces complémentarités ? Bien sûr la compétition existe entre les villes. D’autant plus que les citoyens ont aujourd’hui tous les moyens en main pour comparer leur ville aux autres. Ainsi, la capacité de Niort à répondre au plus près à une demande sociale forte de mieux vivre ensemble, mieux se déplacer, mieux se cultiver est un enjeu crucial de son attractivité et de son développement. D’autres projets sont en cours ou en préparation qui dépassent l’échelle de la ville et visent une plus forte continuité territoriale. Au plan des déplacements, par exemple, avec le pôle d’échange multimodal autour de la gare. Au plan économique avec Niort terminal, véritable base arrière logistique du port de La Rochelle. Dans un autre domaine enfin, la ville est guettée par la périurbanisation. Le défi urbanistique revenant à concilier des contraires : un attrait toujours fort des particuliers pour les grandes parcelles et les coûts économiques et écologiques de l’étalement urbain peu conforme aux standards partagés d’une ville durable. Si la compétition est bien présente, je le répète, elle ne peut pas à elle seule guider l’action publique. Attention à ne pas tomber dans le piège du mimétisme ou de la surenchère. Cela paie rarement et on prend le risque d’investir tous azimuts sans retour suffisant ou durable. Etre attractif ne se réduit pas à faire mieux ou plus que son voisin, mais à faire différemment et, dans ce sens, je me prononce pour des politiques de la ville qui identifient et cultivent les singularités présentes… parfois même de façon latente. C’est une nécessité pour s’ouvrir aux complémentarités et aux coopérations avec les autres agglomérations voisines, celles d’Aire 198 en premier lieu. Même si elles n’ont pas les mêmes tissus productifs, les villes d’Aire 198 partagent deux particularités : elles sont de taille moyenne et elles sont proches. Cela est suffisant pour qu’elles fassent de la coopération un véritable atout face aux grandes métropoles que sont Bordeaux et Nantes. En élargissant à de nouveaux domaines la recherche de politiques concertées. Je pense, par exemple, à l’innovation, au rôle des villes et aux politiques publiques susceptibles d’en pérenniser les fondements territoriaux. Plus encore, me vient à l’esprit une piste de travail qui, dans le débat économique sur le rôle des villes, prend aujourd’hui de l’importance : la nature des liens entre dynamique économique et dynamique culturelle. Les «savants» et les «saltimbanques» ont longtemps été considérés par la théorie économique comme des «classes improductives» ! Aujourd’hui, on le sait, cette relation est placée au cœur du processus d’innovation qui sort ainsi de son carcan technologique pour s’ouvrir à toute l’économie créative. La politique culturelle, au côté de la recherche, devient un élément essentiel, bien qu’inattendu, du développement économique territorial. Réfléchir sur cette base aux outils d’une politique locale d’innovation portée par les quatre villes d’Aire 198 constitue une de ces complémentarités nouvelles à creuser. Comme plus globalement le développement durable de nos villes. n Population agglo : 101 866 Population ville centre : 60 856 Superficie : 541 km² Densité : 188,3 hab/km² Nombre de communes : 29 Président : Alain Mathieu Maire : Geneviève Gaillard ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ 33