bande dessinée Après La Mère Machine, Sergio Aquindo, inventeur d’histoires, dessinateur, graveur et illustrateur, prépare deux nouveaux ouvrages. Par Astrid Deroost Sergio Aquindo Dessinateur d’invention ergio Aquindo est-il un inventeur ? En référence muette, l’Argentine du début du xx e siècle, prospère, terrain d’action de découvreurs exaltés. Un ingénieux précurseur s’essaie à la création de mécaniques humaines, planches techniques, anatomiques et aquarellées à l’appui. Son catalogue de mères-machines convaincrat-il  ? Ses Robusta, Practica et autres Auxilia, douées de vertus prometteuses et évolutives, passeront-elles le stade de l’utopique prototype ? Le lecteur y croit. Presque. «J’aime travailler sur cette ligne-là. Quelque chose dans le dessin montre que ni les machines (!), ni le monde de cette époque ne pouvaient marcher... Je ne suis pas quelqu’un de rationnel mais le fait de rationnaliser me fait rire.» Dans La Mère Machine (Rackham, 2009), comme dans son précédent opus, Les Jouets perdus de Romilio Roil (R de Réel), Sergio Aquindo, dessinateur virtuose, graveur, illustrateur, auteur, joue de sa fascination pour la figure de l’inventeur et l’esthétique proto-industrielle. Un temps de science, de technique et d’histoire incertain dans lequel l’artiste glisse ses docu-fictions aussi précises qu’imaginaires. «Tout n’était pas aussi carré, établi qu’aujourd’hui. Artistiquement, ce flou-là m’intéresse», explique-t-il. L’Argentin de 36 ans, installé en France depuis dix ans, a commencé par dessiner dans la presse de sa province de Mendoza, à grands pas frontalière du Chili. Il exerce 16 S aujourd’hui son talent d’illustrateur dans les colonnes du journal Le Monde, du Magazine littéraire, fréquente les revues XXI, Le Tigre ou Tango, dans laquelle son trait croise le fantôme de Cortázar. Sergio Aquindo s’amuse, en passant, des clichés tango et pampa qui souvent l’environnent. «Quand j’ai quitté Mendoza, je partais soit pour Buenos Aires, soit pour l’Europe.» Après avoir parcouru les capitales, de Londres à Lisbonne, l’artiste a finalement élu Paris, juste synthèse entre chaleur humaine et effervescence urbaine. Et où le fait d’écrire, de dessiner ou de bayer à la terrasse d’un café, est un gage de normalité. Initialement formé au graphisme technique, puis un peu au cinéma, Sergio Aquindo le concède volontiers : «Un plan me fait beaucoup plus rêver qu’une peinture. Il y a un peu de raideur technique dans mes dessins et cela me plaît.» Il a ensuite mené sa recherche artistique en autodidacte, notamment dans la proximité (intellectuelle) de Roberto Arlt – initiateur de la littérature urbaine argentine, journaliste et inventeur raté – et d’Alberto Breccia, maître du clair-obscur. «C’est lui qui m’a donné envie de dessiner. Et dessiner et raconter des histoires, cela va ensemble», reconnaît l’artiste, sensible aussi, dans le domaine du 9e art, aux travaux de Carlos Nine, José Muñoz et de Lorenzo Mattotti. Intéressé par les auteurs (français) qui, tel Olivier Bramanti, allient recherche plastique et narrative. Sergio Aquindo cite encore Horst Janssen et d’autres artistes allemands dont l’œuvre fait écho à la composante expressionniste du dessin argentin. Mais ni ses affinités graphiques, ni ses courtes incursions dans la bande dessinée (avec notamment une adaptation de Robert Musil) ne le détournent de ses propres constructions. ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ «Je joue avec le texte et les images, le récit est là pour donner une ambiance, une espèce de décor et les illustrations donnent un autre point de vue. Je crée un univers comme on le ferait pour un film... dans lequel on peut entrer», explique l’Argentin dont la production livresque déborde le thème de l’invention. Venu trois mois en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême, l’artiste a œuvré à deux projets. L’un est la transposition graphique d’une Tentative d’épuisement, à la Perec, d’un lieu parisien. D’un café situé The lifetime map of Harry Powers (de la série Harry and the helpless children). Eau forte sur zinc. Mère Machine Practica (La Mère Machine, éditions Rackham). Encre de chine, aquarelle et crayon. place Stalingrad, Sergio Aquindo a décortiqué le visible sous tous les angles, presqu’à l’infini. «J’aime, dit-il, l’idée de m’épuiser à chercher en dessinant à chaque fois quelque chose de différent, fuir l’aspect définitif de l’image...» Le même exercice l’a attiré, en maître de stage, dans les rues de la capitale charentaise. L’autre ouvrage, à paraître aux éditions Rackham, intitulé Harry and the helpless children, est inspiré de la vie d’un tueur en série américain des années 1930. Sergio Aquindo fouille l’histoire, sa substance à rêves, pour écrire une fiction. Auprès de photos anciennes coloriées à l’aquarelle et d’images à l’encre de chine, l’eau-forte, que l’auteur a découverte en 2006 à travers Francisco Goya, tient une place majeure dans cette nouvelle création. «Ce qui est intéressant dans la gravure, c’est qu’on touche la matière. J’aime avoir les mains dans l’encre, assure l’artiste. L’ordinateur est un objet complètement muet. Les machines font travailler l’imagination.» n Sergio Aquindo. La Mère Machine, éditions Rackham, 2009, textes et illustrations. Les Jouets perdus de Romilio Roil, éditions R de réel, 2001, textes et illustrations. Lexique Érotique d’Alfred Delvau, L’Archange Minotaure, 2005, illustrations. Les Rougets, éditions Fata Morgana, 2005, série de 15 livres d’artistes sur le texte d’André Pieyre de Mandiargues. Extraits et travaux divers sur sergioaquindo.blogspot.com. ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ 17