culture Musée Sainte-Croix Un Louvre pour Poitiers A Dessin de Gaëtan Guérinot, 1869. u moment où les Poitevins redécouvrent la «blancheur de marbre» de la façade de l’hôtel de ville grâce aux travaux de restauration, le musée Sainte-Croix consacre une exposition à la construction de cet édifice majeur et voulu comme tel par les élus du xixe siècle. Le décor peint de l’escalier d’honneur avait été confié à Pierre Puvis de Chavannes. Le titre des peintures est explicite : L’an 732, Charles Martel secourant la chrétienté par sa victoire sur les Sarrasins près de Poitiers, et Retirée au couvent de Sainte-Croix, Radegonde donne asile aux poètes et protège les lettres contre la barbarie du temps, viie siècle. Dessins et esquisses permettent de suivre le processus créatif du peintre, mais l’exposition va bien au-delà du décor. Comme le souligne Anne Benéteau Péan, directrice des musées de Poitiers, l’exposition s’est considérablement étoffée «grâce au travail d’investigation mené avec ténacité et persévérance par Grégory Vouhé». Ce dernier avait commencé en publiant deux articles dans L’Actualité (n° 83 et 86) où l’on découvrait des dessins en couleur de l’architecte Gaëtan Guérinot. Ainsi, de nombreux documents ont été mis au jour, plans, élévations, photographies, maquettes, factures, discours… pour retracer l’histoire d’un monument prestigieux, construit entre 1867 et 1875, à double fonction : hôtel de ville et musée. Exposition jusqu’au 15 janvier. Conférence de Grégory Vouhé au musée Sainte-Croix le 26 octobre à 18h30. Monsieur de Larnay L es sœurs oblates de la sagesse sortent aujourd’hui de leur silence grâce à un livre rédigé par Jeanne Marie qui raconte l’histoire de Ce bon Père, Monsieur de Larnay ainsi que celle de sa congrégation et de ses sœurs. Né à Larnay près de Poitiers en 1802 dans une famille aristocrate, Charles-Joseph Chaubier prend conscience de sa vocation lors de sa communion (1813). C’est une idée qui ne le quitte plus jusqu’à son ordination en 1827. Il est alors nommé directeur du grand séminaire de Poitiers et multiplie les œuvres. C’est en 1833 qu’il découvre l’hospice de Pont-Achard à Poitiers où les Filles de la Sagesse viennent d’ouvrir une pension pour enfants sourdes et muettes. Il apprend alors le langage des signes et vient régulièrement donner des offices. Touché par les conditions d’hébergement des fillettes, l’abbé donne et aménage le château de sa famille pour accueillir en 1847 l’Institution des sourdes, muettes et aveugles de Larnay qui existe toujours. Il fait notamment construire une chapelle et très vite certaines veulent fonder leur congrégation. Naît alors en 1859 la congrégation Notre-Dame des Sept Douleurs, renommée en 1909 congrégation des sœurs oblates de la sagesse de Larnay. L’auteur retient le nom de certaines élèves notamment Marthe Obrecht, Marie Heurtin et Anne-Marie Poyet, sorties de leur isolement (sourdes, muettes, aveugles) grâce aux méthodes de sœur Sainte Marguerite. Celle-ci fut en effet d’une pédagogie innovante  : elle enseigne le langage en dessinant des signes dans les mains (dactylologie) ou en leur montrant le placement de la langue. L’abbé de Larnay est mort en 1962 dans son immeuble du 28 rue de la Cathédrale à Poitiers, qui abrite désormais l’auberge d’Emmaüs. Ce livre vaut aussi pour l’approche du milieu ultraconservateur qui, au xixe siècle, était sous la coupe de Mgr Pie, ce Poitiers de la légende noire si bien décrit par Hyppolite Taine et Jules Sandeau. C. C. Ce Bon Père, Monsieur de Larnay, de Jeanne Marie, aux éditions des sœurs oblates de la sagesse, 344 p., 15 e n Frac Poitou-Charentes, Angoulême. – «Animal politique», exposition collective jusqu’au 4 décembre. A la bibliothèque municipale de Vouillé, «Défense d’afficher», exposition collective jusqu’au 24 novembre. Au CRDP de Poitiers, «Leçon de choses», exposition collective jusqu’au 15 décembre. n CIBDI, Angoulême. – José Carlos Fernandes, la nouvelle bande dessinée portugaise, du 19 octobre au 2 janvier. n Musée de Cognac. – Géo Maresté (1875-1940), peintures, du 15 octobre au 15 janvier. n Carré Amelot, La Rochelle. – «Broken white», photographies de Nikhil Chopra, artiste invité Laurent Millet, du 8 octobre au 15 décembre. Photos de Xavier Lacombe à la galerie d’essai du 3 octobre au 14 novembre. n Rurart, Rouillé. – «Le meilleur des mondes» d’Olga Kisseleva, jusqu’au 19 décembre. n école d’arts plastiques, Châtellerault. – Portraits de Marc Desgrandchamps, jusqu’au 3 décembre. n Centre d’art la chapelle Jeanne d’Arc, Thouars. – «Figure imposée 9, Riviera» de Christine Laquet, du 13 novembre au 31 décembre. n Centre régional Résistance et Liberté, Thouars. – «Imprimeurs clandestins», photographies de Robert Doisneau, du 8 novembre au 26 février. n Galerie Louise-Michel, Poitiers. – Photographies de Sachiko Morita, du 5 décembre au 19 janvier. n Musée d’Angoulême. – «Kanak, portrait de groupe», photographies de Patrick Mesner, jusqu’au 9 janvier. n Thierry Girard. – «Jours tranquilles à Bègles», photographies au BT 20, Bègles, du 27 novembre au 12 décembre. n Claude Pauquet. – «Quelle couleur pour le Marais ?», photographies du Marais poitevin au théâtre Millandy de Luçon, jusqu’au 27 octobre. 10 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ culture François Augiéras L’ermite et le vagabond A ndré Gide fut le premier écrivain à remercier François Augiéras après avoir lu Le Vieillard et l’enfant (1949) signé par un mystérieux Abdallah Chaamba – pseudonyme qui servit pour le deuxième livre, Le Voyage des morts (1959). D’autres écrivains, et non des moindres, ont lu et lisent toujours François Augiéras (1925-1971). Des artistes ont vu sa peinture, comme Miquel Barcelo qui la collectionne et l’expose (à la biennale de Venise). Homme aux multiples facettes, qui aimait brouiller les pistes et qui, curieusement, n’a pas encore fait l’objet d’un travail universitaire d’envergure qui ferait le tri entre ce qui ressort de la biographie, de l’œuvre, de la correspondance et de la légende. Du romanesque s’y est agglutiné, de son vivant même. La méchante lettre de son oncle d’Algérie, le colonel Augiéras, envoyée aux éditions de Minuit en 1955, est, de ce point de vue, éclairante – publiée à Poitiers dans François Augiéras ou le Théâtre des esprits (éd. L’île verte, 1998), ouvrage collectif qui contient aussi un CD de petits films inédits réalisés en Dordogne par François Augiéras et Paul Placet, ainsi que des enregistrements de chants et de lectures de l’auteur dans les années 1950. Mort dans un dénuement total – et surtout dans la solitude et l’indifférence –, après avoir cherché par ses propres moyens la voie qui permet d’être en relation directe avec les forces cosmiques de la nature, sorte de barbare mystique d’avant le monothéisme, ou poète halluciné, François Augiéras laisse une œuvre qui résiste au temps. Les livres sont aisément disponibles (Cahiers rouges Grasset, La Différence). On peut s’y plonger directement, en apnée. François Augiéras dans la grotte, à Domme en Dordogne, à la fin de sa vie. Ou bien faire appel à l’un de ces écrivains passeurs, tel Joël Vernet qui vient de publier L’ermite et le vagabond. Pour saluer François Augiéras, un exercice d’admiration très réussi puisqu’il donne envie de lire ou de relire l’œuvre. Même s’il est parfois à la limite de la paraphrase, Joël Vernet traduit parfaitement ce que l’on peut éprouver en lisant François Augiéras. En voici la preuve : «Qui vous comprendrait jamais ? Il vous fallait déposer les armes, contre votre gré. Mais vous n’avez jamais trahi, jamais. Vous êtes demeuré fidèle à cette fragile conviction : écrire, peindre, faire de votre vie une œuvre d’art. Vous rejoigniez le silence des grottes, la paix des bêtes, la pénombre de ces froids corridors serpentant dans les entrailles de la terre. Vous étiez la voix la plus basse de ce murmure immense, mais vous étiez déjà une voix immortelle dansant entre les arbres, courant dans les rivières, traversant les déserts, provoquant l’implosion de l’âme des lecteurs.» Jean-Luc Terradillos L’ermite et le vagabond, de Joël Vernet, L’Escampette éditions, 128 p., 15 e à paraître à L’Escampette : Les Cœurs fragiles de Catherine Ternaux, 144 p., 15 e Comme seules savent aimer les femmes de Jean-Paul Chabrier, 128 p., 15 e Marguerite Bloch en juin 1940 Beau texte de la femme de l’écrivain Jean-Richard Bloch, resté inédit jusqu’à ce jour et sur lequel nous reviendrons dans une prochaine édition. Marguerite Bloch (18861975) raconte son exode de Paris à Poitiers, soit 17 jours de marche en compagnie de sa fille Marianne, enceinte, de la jeune Allemande Mops Sternheim, du peintre Frans Masereel et de sa femme. L’édition est établie et annotée par Philippe Niogret et Claire Paulhan, avec une postface de Danielle MilhaudCappe, illustrée de dessins de Frans Masereel et de photographies. Servie par l’excellent travail de l’imprimerie Plein Chant à Bassac. Sur les routes avec le peuple de France 12 juin - 29 juin, éd. Claire Paulhan, 192 p., 24 e Le lycée Victor-Hugo de Poitiers Pour marquer le centenaire du lycée Victor-Hugo créé à Poitiers en 1904, une équipe d’enseignants coordonnée par Alain Quella-Villéger a effectué des recherches pour écrire l’histoire de l’établissement qui fut d’abord un collège de jeunes filles. Une nouvelle édition revue et augmentée vient de paraître (Un lycée dans la ville, un lycée dans la vie, 138 p., 20 e), où il est fait état, notamment, de l’inauguration du CDI Alberto Manguel en 2007 et de la salle Michel Brunet en 2010. Parmi les élèves du lycée, il y eut France Bloch, fille de l’écrivain, héroïne de la Résistance, militante communiste, arrêtée à Paris en mai 1942, décapitée à la prison de Hambourg en 1943. In memoriam Arlette Albert-Birot Professeur à l’école normale supérieure, présidente de l’association Circé qui organise le Marché de la poésie, toujours attentive aux écritures contemporaines – un livre sur Serge Pey en 2006 –, Arlette Albert-Birot s’est éteinte le 2 juillet 2010, à l’âge de 80 ans. Avant tout, nous lui devons la redécouverte d’un électron libre des avant-gardes historiques, qu’elle épousa en 1962, Pierre Albert-Birot (1876-1967), dont l’œuvre est désormais disponible aux éditions Rougerie (à Mortemart en Haute-Vienne) et Jean-Michel Place. L’Actualité (n° 55, janvier 2002) a publié un entretien avec Arlette Albert-Birot, où elle évoque notamment les racines angoumoisines de PAB. 11 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ culture Maude Gratton La fraîcheur de l’inouï L orsqu’elle entre en scène, Maude Gratton se hâte rapidement vers son clavier, mais cette allure timide, presque effacée, cache une jeune femme savante, décidée, qui en peu de temps a su se faire non seulement une place de soliste invitée des plus grandes scènes et des festivals les plus prestigieux, mais aussi s’est imposée comme une continuiste appréciée des meilleurs ensembles européens, le Collegium Vocale de Gand, le Ricercar Consort... Née en 1983 à Niort dans une famille où la musique est reine, Maude Gratton aurait souhaité jouer de la harpe, mais point de professeur, il y avait un piano et un clavecin à la maison, le clavecin l’emporta. Elle étudia à Poitiers cet instrument ainsi que l’orgue avec Dominique Ferran, mais très vite elle élargit son horizon auprès de Pierre Hantaï pour le clavecin et Louis Robillard pour l’orgue. Au cours de ses brillantes études au Conservatoire national à Paris elle travailla avec Olivier Baumont, Blandine Rannou, Kenneth Weiss, Michel Bouvard, Olivier Latry, Olivier Trachier, JeanFrançois Zygel. Organiste, comme tous ses collègues qui ont une grande pratique du continuo, elle veille à ne pas surcharger le discours, elle laisse perceptibles les architectures en gardant le souffle lyrique. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter l’enregistrement fait en 2005, à Saarbrüken, de La Croix du Sud de Jean-Louis Florentz. Avec sa sœur la violoncelliste Claire Gratton et la violoniste Stéphanie Paulet, elle a fondé l’ensemble Il Convito Musicale. Dans le livret qui accompagne le merveilleux CD, unanimement salué par la critique, qu’elle consacre à Wilhelm Friedemann Bach (Mirare), elle essaye de décrypter les intentions du compositeur et ce qu’elle en écrit pourrait tout aussi bien être un autoportrait, une description de son jeu : «Une farouche volonté d’indépendance. Peintre musicien jouant à la perfection sur les couleurs des tonalités choisies.» Ses interrogations d’interprète sont clairement énoncées  :  «Comment résoudre les étonnantes contradictions présentes dans les compositions ?  Faut-il chercher à clarifier le discours et à en recréer l’équilibre à tout prix, ou bien faut-il assumer ses ruptures et autres bizarreries ?» Ses réponses, du clavicorde à l’orgue, en passant par le pianoforte ou le clavecin, sont empreintes d’une sensible souveraineté qui, tout en conduisant l’auditeur où elle le souhaite, sait ménager le suspens, laisser à la musique cette indispensable fraîcheur de l’inouï sans pour autant perdre le cap que donne une pensée aboutie de la ligne dans les méandres des partitions les plus sophistiquées. Jacques Polvorinos Maude Gratton donne un récital de clavecin (J.-S. Bach, Weckmann, Froberger) au Théâtre & Auditorium de Poitiers, le 18 novembre 2010 à 20h30. Plain-chant baroque Manolo Gonzalez a «redécouvert» l’œuvre de François de la Feillée (v. 1700-v. 1763), musicien, ecclésiastique attaché à la cathédrale de Chartres puis à celle de Poitiers. Rendez-vous avec l’ensemble Absalon le 22 octobre à la cathédrale de Poitiers à 21h pour un programme de Motets pour solistes, chœur, serpent et orgue, et Messe du premier ton. L’Orchestre Poitou-Charentes invite pour la première fois la jeune chef Claire Chevalier et la soprano Isabelle Cals dans un programme Cherubini, Gluck, Berlioz et Méhul (du 23 au 28 novembre à Poitiers, Châtellerault, Angoulême, Niort, Rochefort). En matinée les 24 et 25 novembre, l’OPC donne Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns et L’apprenti sorcier de Dukas dans la version pour deux pianos avec Marie-Josèphe Jude et JeanFrançois Heisser. Opc au féminin Cuivres de Martin Matalon T out un concert avec des cuivres uniquement ! Tel était le défi confié par Ars Nova à Martin Matalon. Ce compositeur né à Buenos Aires en 1958, formé à New York, installé en France depuis 1993, a conçu un programme d’une grande intelligence en s’appuyant sur les célèbres compositions baroques de Giovanni Gabrieli qui portent l’écriture contempo- raine : Garden Rain de Toru Takemitsu, Metallics de Yan Maresz (trompette solo et électronique), Traces III et … de tiempo y de metal… (création pour 12 cuivres) de Martin Matalon. Ce programme intitulé «Ondes pavillonnaires» a été donné pour la première fois l’été dernier à l’abbaye de Noirlac. Une splendeur ! Concert au TAP le dimanche 5 décembre à 17h. 12 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■