culture musée du Nouveau Monde à La Rochelle Les Keskydees, les Français de la ruée vers l’or C ’est un pan peu connu de la relation française avec l’Amérique qui vient de faire son entrée au musée du Nouveau Monde, grâce à la donation effectuée par un couple franco-américain, Reine et Ken Salter. La fièvre de l’or, qui a attiré des prospecteurs du monde entier après la découverte d’un filon aurifère lors de la construction d’une scierie sur l’American River le 24 janvier 1848, n’a pas épargné les Français. En 1851, on estimait leur nombre à 20 000. Souvent regroupés dans des «French Camps», ils sont surnommés les keskydees par les anglophones, la plupart ne parlant pas anglais demandant souvent : «Qu’est-ce qu’il dit ?» Au fil des années, ceux qui renoncent à la quête de l’or s’installent à San Francisco où ils exercent toutes sortes de métiers, notamment dans la restauration et l’hôtellerie. Un véritable quartier français se développe, avec son église, ses écoles et ses journaux. Ken Salter, ancien professeur de rhétorique à l’Université de Berkeley, a pratiqué des fouilles dans un dépôt de déblais issus de l’ancien quartier français. «A chaque tremblement de terre, dit-il, on creusait des fosses pour enterrer les débris. Celle que j’ai fouillée remonte à 1852, Balance de chercheur d’or de Californie. ce qui permet de dater les objets que j’ai trouvés.» Pots de moutarde «de Maille», bouteilles de champagne, de cognac ou de vin de Bordeaux, flacons à parfums, pots de crème venant des parfumeurs Piver et Roger & Gallet, poupées et dînettes pour enfants, et même une boîte de sardines à l’huile portant la marque «Chabalin Jeune & Basset, La Rochelle», la moisson est riche. Ken Salter l’expose d’abord à son domicile de San Francisco, puis en 2004 au musée de Chantelle, dans l’Allier, d’où son épouse est originaire. «Le succès de cette exposition m’a décidé à lui chercher un foyer permanent en France. En 2007, nous avons visité le musée de La Rochelle, le seul en France consacré à l’émigration française vers le Nouveau Monde, et cette visite nous a tellement impressionnés que nous avons décidé de lui offrir notre collection.» Seule condition mise par les donateurs, qu’une salle soit consacrée à l’exposition permanente d’une partie de la collection. Jusqu’au 28 février 2011, c’est la totalité de la collection des époux Salter, 200 objets, qui est exposée : leurs trouvailles sont accompagnées de documents d’époque, journaux français de la métropole et de Californie, lettres, affiches, photos ou documents commerciaux comme ce chèque de la banque Lazard Frères. Les frères Lazard, qui avaient d’abord fondé une société commerciale à New Orleans, s’étaient installés à San Francisco dès 1848 où ils importaient des marchandises et exportaient des lingots d’or… Jean Roquecave Exposition au musée du Nouveau Monde, à La Rochelle, jusqu’au 28 février 2011. Le musée du Nouveau Monde de La Rochelle vient d’enrichir ses collections d’une authentique coiffe indienne provenant des tribus de la nation Blackfoot, peuple des grandes plaines qui vivent au Montana et en Alberta au Canada. Pour les amateurs de bande dessinée, c’est la tribu qu’affronte Tintin dans ses aventures américaines. Confectionnée à l’aide de plumes d’aigle royal fixées sur un bonnet en peau, cette coiffe était le symbole de prestige le plus important des guerriers Blackfoot, chaque plume symbolisant un fait d’armes de son porteur. «Cette coiffe peut être datée assez 8 Une coiffe indienne au musée du Nouveau Monde précisément de la fin du xixe siècle, probablement vers 1890, commente la conservatrice du musée, Annick Notter. En particulier l’utilisation de quills, broderies en épines de porcépic, qui étaient teintes et mâchées pour les assouplir. Et c’est ce qui fait sa rareté, car cette technique a été supplantée dès le xixe siècle par les broderies en perles de verre introduites par les Blancs.» La coiffe a été acquise auprès d’une galerie parisienne spécialisée dans les objets amérindiens, pour un prix largement inférieur aux 26 000 euros atteints en avril dernier à Drouot par une coiffe Cheyenne d’un style comparable. J. R. Musée du Nouveau Monde ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ culture Abbaye de La Couronne Christian Ruhaut, un élan de couleurs P ériode actuelle : abstraction figurative. Christian Ruhaut a depuis longtemps délaissé l’identifiable au profit de la vibration des couleurs, de la texture et du mouvement. Il est, dit-il, guidé par une inspiration intérieure, happé par un élan créatif qui ressort un peu au mystère. «Lorsque je peins, tout doit aller extrêmement vite pour que la pensée n’agisse pas. Je suis dans l’instant présent, dans une totale liberté. Ce que je peins n’est ni vu, ni pensé, c’est un ressenti. Mes paysages n’existent que dans les yeux de ceux qui regardent. Chaque tableau renferme un potentiel émotionnel qui va se révéler différemment selon la personne qui observe et selon son histoire. C’est la raison pour laquelle mes tableaux n’ont pas de titre, je ne veux pas influencer...» L’artiste, originaire d’Amiens, aujourd’hui installé à Lizant dans la Vienne, fait l’objet d’une rétrospective en Charente. Quelque 150 œuvres représentatives de ses différentes périodes, de 1969 à 2010, sont exposées à l’abbaye de La Couronne. Christian Ruhaut, qui voit en Nicolas de Staël l’un des plus grands peintres, a oublié l’âge de son dessin initial. Adolescent, il découvre, seul, la peinture. Reproduit – entre autres – les maîtres de l’impressionnisme «pour apprendre» puis glisse naturellement vers l’expression personnelle. Son activité professionnelle le fera tour à tour tailleur de pierre, sculpteur décoratif pour les Monuments historiques, dessinateurconcepteur en publicité et professeur de yoga. Depuis dix ans, son art, sa «principale passion», emplit son temps. La première période, teintée de surréalisme et d’onirisme, livre des figures inquiétantes, personnages improbables placés dans des compositions étudiées. Avec des toiles expressionnistes dont l’une est intitulée Chaos, Christian Ruhaut témoigne encore de son ressenti face à la brutalité du monde. Puis, dans ce qu’il définit comme une «cassure», l’artiste s’oriente vers la gravure. Ses empreintes, comme il les nomme, sont de facture plus abstraite. Noirs et gris intenses, bichromies... Plus sobre est aussi le jeu des couleurs. Elles rejaillissent dans la troisième et actuelle période, foisonnantes, sculptées au couteau et animées d’une profondeur captivante. Couleurs aux couleurs d’eau, d’air, de terre, de feu, travail des épaisseurs... L’artiste use d’une palette infinie et intuitive pour réinventer des univers. «Pourquoi ce jaune ? Une couleur en appelle une autre, je ne décide pas je le sens, une touche appelle une autre touche... J’essaie simplement d’organiser le hasard», affirme Christian Ruhaut, hostile à tout procédé. Il «a inventé de rendre les couleurs figuratives en les faisant participer à l’impression d’un paysage, et les voilà terreuses, neigeuses, aquatiques, rocheuses, célestes, nuageuses ou florissantes, mais toujours afin d’entraîner le regard à s’ouvrir et à contempler», estime l’essayiste, poète et critique d’art Bernard Noël dans son tout récent ouvrage consacré au peintre. «Pour moi peindre est une forme de méditation active. J’ai besoin de paix et de sérénité et c’est sans doute pour cela que je peins ce que je peins», constate l’artiste, humblement responsable de l’émotion qui naît de l’apparition de ses lumières et de ses horizons mouvants. «L’œuvre de Christian Ruhaut est chargée d’une force qu’il qualifie “d’émotionnelle”, écrit Bernard Noël. Ce qu’elle est de toute évidence tout en étant pensive et musicale. Ce qu’elle ne saurait être si elle n’était pas avant tout l’émanation – ou l’empreinte – de celui qui dépose en elle sa réflexion, sa pensée, sa vie.» Astrid Deroost Exposition jusqu’au 31 octobre, abbaye de La Couronne (agglomération d’Angoulême), tous les jours sauf le lundi de 10h à 12h et de 14h à 18h. Christian Ruhaut, de Bernard Noël, éd. Cercle d’art, 88 p., 25 e Claude Pauquet Dan Graham à La Rochelle Une œuvre monumentale de l’artiste new-yorkais Dan Graham installée sur le parvis de la médiathèque Michel-Crépeau, face au port de La Rochelle, a été inaugurée le 2 octobre 2010 en présence de l’artiste. Il s’agit d’une commande publique dont le projet a démarré en 2004. Kaleidoscope/Doubled est un pavillon en verre et en inox constitué d’un cylindre de 7,50 m de diamètre et de 2,50 m de hauteur, et d’une ouverture de 1,20 m. Le public est invité à entrer et à déambuler dans l’œuvre pour expérimenter les jeux sur la perception de l’espace (dehors-dedans, opaquetransparent, etc.) générés par les miroirs et les reflets de cette «machine optique». Le spectateur devient acteur. Dominique Truco ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ 9