recherche Aurélien Bernier / Michel Marchand Une écologie radicale D eux ans après la parution de son livre Le climat otage de la finance (éd. Mille et une nuits), Aurélien Bernier, ancien membre d’Attac devenu secrétaire national du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), revient à l’attaque et poursuit sa dénonciation de l’hypocrisie écologiste, avec Ne soyons pas des écologistes benêts, coécrit avec Michel Marchand, spécialiste des pollutions chimiques marines à l’Ifremer. Le premier vit à Poitiers, le second à Nantes. Dans cet ouvrage, concis et efficace, les deux auteurs, après avoir passé en revue les dommages sociaux et environnementaux causés par «la puissance destructrice du capitalisme néolibéral», s’en prennent aux partisans d’un «capitalisme vert», véritables corrupteurs de la cause écologique. En effet, pour Aurélien Bernier et Michel Marchand, ces adeptes de la solution individuelle (qu’ils surnomment Ne soyons pas des écologistes benêts, pour un protectionnisme écologique et social, d’Aurélien Bernier, Michel Marchand et le M’PEP, éd. Mille et une nuits, 196 p., 3,50 e très ironiquement, «la révolution du brossage de dents») ne cherchent qu’à berner les citoyens, en leur laissant croire que la crise écologique pourra se résorber grâce à de légers aménagements. Or, pour ces deux militants, l’impératif aujourd’hui n’est autre que d’en finir avec le capitalisme néolibéral, sans quoi le mouvement écologique ne pourra dépasser le stade de la mystification. Un parti pris radical qu’ils assument, expliquant qu’il est indispensable, dans le contexte actuel, d’aller «à la racine des choses». Aussi proposent-ils, dans le dernier chapitre de ce livre, les solutions adéquates à cette réorganisation politique qui passe par «la sortie pure et simple du capitalisme néolibéral, qu’il faut remplacer sans hésiter par un socialisme écologique et républicain». Lucides, ils précisent que «cette sortie ne doit rien laisser au hasard» et en exposent les principales conditions : «Un protectionnisme écologique et social, la relocalisation des activités, le droit opposable à l’emploi, la Charte de La Havane, les mesures de solidarité internationale, la désobéissance européenne…» Avant de conclure, sans circonvolution : «C’est ce programme, dont chaque mesure donne de véritables cauchemars aux tenants de la mondialisation, que devra porter la grande force politique de gauche que nous voulons contribuer à construire.» Une lecture stimulante, qui fait la part belle aux alternatives. Aline Chambras Alain Persuy vient de publier chez Belin le Guide des arbres et arbustes de France (224 p., 16,90 e), ouvrage de format poche pratique à utiliser en randonnée qui s’adresse à tous les publics. Dans la même collection : Guide des fruits sauvages. Fruits charnus, de Gérard Guillot et Jean-Emmanuel Roché. Guide des arbres usqu’en décembre, le Centre Pompidou donne une carte blanche à Gilles Clément, jardinier, paysagiste, écrivain, qui invite des personnalités de tous horizons (Thierry Fontaine, Bernard Bertrand, Philippe Descola, Susan George, Patrick Viveret…). Six rendez-vous avec des «inventeurs d’avenir» : «Je propose de considérer la “diversité” comme une condition heureuse de l’évolution et le “brassage planétaire” comme son mécanisme principal. Constatant l’attentisme Saskia Sassen docteur honoris causa Professeur de sociologie à l’Université Columbia, spécialiste de la globalisation, Saskia Sassen est distinguée par le titre de docteur honoris causa de l’Université de Poitiers, dont elle fut étudiante il y a une quarantaine d’années. Elle était venue suivre les cours de Jacques D’Hondt sur Hegel. 6 politique et les atermoiements du projet écologique à venir, je suggère d’ouvrir un meilleur champ aux actions directes et concertées. Face au naufrage et à l’entêtement de l’économie dirigeante, reflet d’une pensée unique et simplificatrice, je cherche les rares propositions alternatives basées sur une vision systémique et complexe du monde. Enfin, je me tourne vers les inventeurs d’avenir, quel que soit le bien-fondé de leurs utopies, considérant que l’imaginaire des penseurs et des scientifiques rejoint, par le rêve, la puissance de l’art.» Signalons que les entretiens avec Gilles Clément publiés par L’Actualité sont en accès libre sur le site d’archives http://pdf. actualite-poitou-charentes.info. D’autre part, le pôle numérique de l’EMF a mis en ligne le film de l’interview de Gilles Clément par Jean-Luc Terradillos réalisé en 2000 sur http://vimeo.com/ tag:lieumultiple. Marc Deneyer Selon Gilles Clément J Sur le thème «Péninsules et Méditerranée(s)», le Centre du livre et de la lecture organise dans 24 communes du Poitou-Charentes, du 13 au 22 octobre, des rencontres avec des éditeurs, Rosie PinhasDelpuech (Bleu autour), Farouk Mardam-Bey (Sindbad - Actes Sud), éric Hazan (La fabrique), et des écrivains, Hoda Barakat (Liban France), Jeanne Benameur (France), Gastão Cruz (Portugal), David Dumortier (France), José Carlos Fernandes (Portugal), Golo (France - Égypte), Elias Khoury (Liban), Waciny Laredj (Algérie - France), José Luís Peixoto (Portugal), Leïla Sebbar (Algérie - France), Eyal Weizman (Israël - Grande-Bretagne). www.livre-poitoucharentes.org Passeurs de mondes ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ Musée du papier Mémoire industrielle sur le fleuve Charente A près six mois de rénovation, le Musée du papier d’Angoulême vient de rouvrir son premier niveau, situé en rez-de-Charente et accueillant son exposition permanente. «L’objectif était de rendre cet étage plus attractif en revoyant la scénographie et de l’ouvrir à de nouvelles thématiques», explique Denis Peaucelle, conservateur du musée depuis son ouverture en 1988. Installé dans un des nombreux bâtiments qui composaient jusqu’en 1970 l’usine de papier à cigarette Joseph-Bardou «le Nil», le musée enjambe la Charente. Ce bâtiment-pont abritait les six roues à aubes procurant l’énergie nécessaire à la fabrication de la pâte à papier. Aussi, le visiteur se déplace-t-il dans le bruit assourdissant de l’eau se déversant dans les coursiers. Les scénographes, Catherine Chabrol et Dominique Clergerie, ont réussi à redonner du peps aux vieilles pierres humides en jouant sur les éclairages qui mettent en scène les éléments architecturaux et techniques, en apportant des touches d’un rouge roboratif, en calibrant raisonnablement les textes et en laissant une part belle à l’iconographie (les photographies et les gravures plus ou moins anciennes montrent avec bonheur l’évolution de ces bords de Charente grouillants d’activité depuis le xvie siècle). Le contenu est riche sans être lourd et donne une vision globale des relations entre le fleuve et l’industrialisation d’une activité traditionnelle en Angoumois, la papeterie. L’essor des autres industries telles que les tanneries, les fonderies ou la poudrerie est abordé avec des éclairages sur l’histoire de la classe ouvrière et ses conditions de travail. L’exposition montre comment les dynasties papetières et industrielles (les Lacroix, les Weiller, les Laroche-Joubert…) ont façonné le paysage urbain d’aujourd’hui. L’ensemble compose une formidable grille de lecture globale (historique, sociale, technique et architecturale) du site et le tout en accès libre et gratuit. Le contenu a, en outre, été enrichi d’une approche de l’industrie qui redonne aujourd’hui vie aux lieux et à la Charente : l’image et les nouvelles technologies portées par le Pôle Image. En effet, la ville d’Angoulême puis le syndicat mixte ont réhabilité un certain nombre de friches industrielles : les bâtiments en cascade de la brasserie Champigneulles (fermée en 1969) ont été revisités en 1991 par l’architecte Roland Castro pour devenir le CNBDI, l’ancienne usine à papier Bardou «le Nil» (fermée en 1970) est devenue d’une part l’école des Beaux-Arts en 1987, d’autre part le Musée du papier en 1988. De l’autre côté de la Charente, les usines de la COFPA (fermée en 1995) installées dans d’anciens chais, accueillent le Musée de la bande dessinée. La maison alsacienne de Lazare Weiller abrite Poitou-Charentes Tournage. Et, depuis 2008, une passerelle relie les deux rives à l’île Marquet, composant un espace où la Charente a désormais toute sa place et conduisant de nouveaux visiteurs (20 % de plus) à explorer le Musée du papier. L’établissement a accueilli 10 000 personnes en 2009. Anh-Gaëlle Truong Exposition et ateliers Le premier étage abrite les expositions temporaires : «Le papier d’hier et d’aujourd’hui» sera visible jusqu’au 31 mars 2011. Les visites-conférences permettent de développer des thématiques particulières telles que «la condition ouvrière au xixe siècle dans les papeteries charentaises», «le Nil, histoire d’un site industriel», «la Charente, industries et transport fluvial». Les ateliers offrent l’occasion de mettre la main à la pâte… à papier : création de motifs marbrés, approche des écritures, sensibilisation au collage artistique, origamis, découverte des techniques de gravure et d’impression, de la chaîne du livre et du mobilier en carton. 7 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■