recherche Archéologie mérovingienne Wisigoths et Francs autour de la bataille de Vouillé S ’il est établi que Clovis a vaincu Alaric II, roi des Wisigoths, à Vouillé en 507, aucune preuve matérielle n’a été mise au jour. Et ce ne fut pas faute de chercher. Au point que l’on pourrait douter que cette bataille, l’une des grandes dates de l’histoire de France, eût jamais lieu ! La présence même des Wisigoths au ve siècle pourrait être mise en cause vu le peu d’objets trouvés dans le Centre-Ouest de la France. L’Actualité (n° 76) a déjà abordé les questions soulevées par la célèbre bataille et la présence de ces envahisseurs venus de l’est (notamment de l’actuelle Roumanie), dans un dossier réalisé en prélude aux Journées internationales d’archéologie mérovingienne tenues à Vouillé et Poitiers en 2007. Les actes de ce colloque qui attira près de 250 chercheurs sont publiés dans un grand volume de 316 pages, Wisigoths et Francs autour de la bataille de Vouillé (507) (éd. Association française d’archéologie mérovingienne), sous la direction de Luc Bourgeois, maître de conférences à l’Université de Poitiers, membre du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale. Dans la première partie de l’ouvrage, des articles de synthèse explicitent les principales questions soulevées par le colloque et proposent des hypothèses intéressantes. Ainsi, Michel Kazanski affirme que les Wisigoths ne forment pas une population homogène en Gaule, qu’il y a parmi eux des Goths, des Ostrogoths de Vidimer, des Galindes venus de la Baltique, mais aussi des Taïfales, «peuple allié» qui «se serait établi près de Poitiers», et probablement des Alains. Ce sont des militaires pas des artisans. Ils forment une armée errante plutôt qu’un peuple. Il ne faut donc pas s’attendre à trouver les restes d’une culture matérielle qui leur serait propre puisqu’ils vivent en guerriers migrateurs : ils ne construisent pas de maisons, ils les réquisitionnent, ils ne fabriquent rien, ils achètent aux artisans locaux. Ce qui expliquerait pourquoi les archéologues trouvent si peu d’objets wisigothiques. Joan Pinar Gil, qui a étudié les tombes de femmes à fibules en tôle dans l’Ouest, émet une hypothèse séduisante  : cet ornement si largement diffusé en Gaule serait la preuve d’une mode vestimentaire. «La raison du succès et l’expansion de cette mode, écrit-elle, serait la grande mobilité et perméabilité culturelle des aristocraties de l’Antiquité tardive, où se mêlent beaucoup de traditions culturelles différentes et où l’appartenance ethnique n’est pas décisive en matière de vêtement, de langue ou d’art militaire.» Dans la seconde partie consacrée aux recherches récentes, Luc Bourgeois fait le bilan bibliographique de vingt ans de recherches sur le haut Moyen âge dans le Centre-Ouest de la France. Il constate que, malgré l’accroissement exponentiel des données archéologiques, le regard n’a guère changé sur l’espace et la société de cette période. Avec acuité, il pointe les problèmes des conditions dans lesquelles s’effectue la recherche archéologique, de sa diffusion et de sa vulgarisation, des relations entre archéologues et historiens… Citons in extenso sa conclusion : «Les archéologues semblent se satisfaire de monographies de sites et les historiens régionaux ne se sentent plus guère géographes. Il est sans doute temps que les archéologues mettent en série leurs résultats pour les rendre accessibles à une communauté plus large et qu’ils initient des programmes de recherche sur l’occupation du sol articulant tous les types de sources. Cela permettrait de replacer l’information éparse concernant le haut Moyen âge dans des perspectives plus larges : enquêtes dans la longue durée invitant à réfléchir sur les mutations de l’habitat antique, sur les phénomènes de désertion ou d’habitat dispersé et sur la naissance du réseau villageois, confrontations permettant de discerner l’originalité et les influences subies par cette région à mi-chemin entre “Nord” et “Sud”, histoire écologique d’espaces originaux mais cruciaux dans l’économie du haut Moyen âge, comme les marais de la côte atlantique. L’état des lieux dressé en 1989 apparaît aujourd’hui largement dépassé mais il reste à réussir le passage de l’archéologie à l’histoire.» Un vrai programme ! Jean-Luc Terradillos La Popelinière Denise Turrel, professeur d’histoire moderne à l’Université de Poitiers, et Paul-Alexis Mellet, maître de conférences à l’Université de CergyPontoise, organisent les journées La Popelinière les 21 et 22 octobre à la médiathèque de Poitiers. Denise Turrel a dirigé l’édition du premier volume de l’édition critique de L’Histoire de France (Droz), œuvre de l’historien poitevin et protestant imprimée à La Rochelle en 1581. Chevalerie et religiosité Martin Aurell, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Poitiers, et Catalina Girbea, maître de conférences à l’Université de Bucarest, organisent un colloque international sur la chevalerie et la religiosité aux xiie et xiiie siècles, les 5 et 6 novembre au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale. Notons la présence de quatre membres de l’Institut : Philippe Contamine, Pierre Toubert, André Vauchez et John W. Baldwin. Plaque-boucle wisigothique du vi e siècle, découverte à Chasseneuilsur-Bonnieure (Charente). Le droit de punir Sous la responsabilité scientifique de Frédéric Chauvaud, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Poitiers, une journée d’étude pluridisciplinaire sur «le droit de punir, du siècle des Lumières à nos jours » réunit des historiens, des juristes et des psychologues, à l’Espace Mendès France le 21 octobre. 4 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■ Marc Deneyer recherche patrimoine Inventaire de l’estuaire de la Gironde L ong de plus de deux cents kilomètres, l’estuaire de la Gironde est l’un des plus grands estuaires d’Europe. Qu’il s’agisse de gestion de l’eau, de tourisme, de pêche et de cultures marines, de paysages et de biodiversité, cet espace à la fois riche et fragile revêt une identité particulière, y compris sur le plan patrimonial. Ces spécificités ont déjà été soulignées, notamment dans le cadre de l’élaboration de la Charte paysagère et environnementale de l’estuaire de la Gironde, et à travers les actions des nombreux acteurs locaux comme le Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire (Smiddest), le Conservatoire de l’estuaire, etc. L’histoire de cet espace témoigne d’interactions et d’interdépendances, sur le long terme, entre l’homme et son milieu. L’estuaire est à ce titre un excellent terrain d’étude pour l’histoire de l’environnement ou écohistoire. Née dans les années 1970, considérablement développée depuis une ou deux décennies, cette branche de l’historiographie met en évidence non seulement l’évolution de la faune, de la flore et des paysages, mais aussi celle des relations entre l’homme et son environnement, surtout lorsqu’il s’agit, comme ici, d’un milieu aussi particulier. C’est forte de ces premiers constats que la Région Poitou-Charentes a décidé de lancer cette année un inventaire général du patrimoine culturel des seize communes riveraines de l’estuaire situées dans son ressort. Cette opération, prévue pour une durée d’environ trois à quatre ans, est menée en collaboration scientifique avec la Région Aquitaine qui conduit la même étude sur ses rives. L’inventaire a pour objectif de constituer un socle de connaissances sur le patrimoine de l’estuaire, préalable indispensable à l’application des différentes politiques locales (aménagement du territoire, développement économique, actions associatives, protection patrimoniale et naturelle, actions Les littoraux à l’heure du changement climatique Claude Pauquet L’estuaire au port de Vitrezay. touristiques, développement durable). En remontant du sud vers le nord, commune par commune, parcelle après parcelle, l’enquête appréhende tout le patrimoine bâti antérieur aux années 1960, plus les édifices publics et les aménagements urbains postérieurs à cette période. Elle prend également en compte l’évolution des paysages et les éléments du patrimoine qui témoignent des interactions entre l’homme et son milieu (aménagements fonciers, portuaires, ouvrages hydrauliques, etc.). Les objets sont étudiés uniquement lorsqu’ils se trouvent dans des édifices publics, les églises notamment. L’enquête allie observations de terrain, réalisées à l’aide d’une grille de description de chaque édifice ou objet, prises de vue photographiques et recherches dans les fonds d’archives et les bibliothèques. Les communes de Saint-Sorlin-de-Conac et de Saint-Thomas-de-Conac ont déjà été étudiées. Les résultats de l’inventaire pourront être portés à la connaissance de tous à travers, notamment, des publications et des conférences publiques. L’ensemble de la documentation produite sera consultable au centre régional de documentation du patrimoine, situé 102 Grand Rue, à Poitiers, et sur le site internet de l’Inventaire de la Région Poitou-Charentes : inventaire. poitou-charentes.fr. Conservateur du patrimoine Service de l’Inventaire général du patrimoine culturel Région Poitou-Charentes Yannis Suire Eric Rousseaux, spécialiste de la faune et de la flore, et Benoît Perrotin, dessinateur agréé LPO, ont publié le Guide de la nature dans le Marais poitevin (Geste éditions, 290 p., 25 e). Ce guide complet présente 239 espèces. Marais Poitevin Géophysiciens, géologues, historiens, climatologues, biologistes marins présentent leurs travaux à la Corderie royale de Rochefort et à l’Université de La Rochelle, et vont sur le terrain, à Brouage, du 18 au 20 novembre. L’événement climatique et ses représentations Journée d’études placée sous la responsabilité scientifique d’Anouchka Vasak-Chauvet, à l’Espace Mendès France le 10 novembre, avec la participation du laboratoire Forell de l’Université de Poitiers. Xynthia, le jour d’après Les photographies de Benjamin Caillaud réalisées en CharenteMaritime au lendemain de la tempête (publiées dans L’Actualité n° 89 spécial Mer) sont exposées à la Médiathèque de Rochefort du 12 novembre au 31 janvier 2011. 5 ■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 90 ■