recherche Surpêche la solution participative Dans une baie du Costa Rica, Hans Hartmann développe une méthode participative avec les pêcheurs et les habitants pour aboutir à une gestion durable. Entretien Alexandre Duval termes à la mode. Seulement, dans les faits, il ne se passe rien. Les législateurs organisent des réunions avec les pêcheurs où ils leur disent ce qu’ils doivent faire. C’est notamment l’attitude de l’État au Costa Rica où nous menons une partie de nos recherches. Or, la cogestion, ce n’est pas du tout ça. h ans Hartmann a effectué son doctorat en océanographie sur le plancton, à Seattle (Washington). Aujourd’hui, à l’Université de La Rochelle, au sein de l’équipe de recherche Dyfea (Dynamique fonctionnelle des écosystèmes côtiers anthropisés) du Lienss, il développe notamment un travail de sensibilisation aux problèmes environnementaux tels ceux posés par la surpêche. Son travail de terrain auprès des acteurs locaux repose sur une approche participative. L’Actualité. – En quoi consistent vos recherches concernant la conservation et la gestion des écosystèmes côtiers ? hans hartmann. – votre champ d’étude est-il lié à une zone géographique ? Non. Je travaille autant dans les estuaires que dans les eaux douces. La zone d’étude peut aussi bien être située dans le golfe de Gascogne, dans le golfe de l’Alaska ou encore dans une petite baie située dans la région du Golfo Dulce au Costa Rica. pour mettre en place la cogestion, comment contactez-vous les pêcheurs ? hans hartmann. Avec Viginie Duvat-Magnan de l’équipe de recherche Agîle, nous menons un projet de doctorat qui porte sur les méthodes de cogestion. Il a pour but d’étudier la manière dont ceux qui pratiquent la pêche artisanale peuvent gérer les stocks de poissons qu’ils exploitent. Dans les pays tropicaux, les liens entre l’État et les petites communautés locales sont très distendus. Faute de moyens, la pêche n’est pas contrôlée. Entre ce type de gestion et celle imposée par l’État, la cogestion apparaît comme le moyen terme. Aujourd’hui, beaucoup de lois portant sur la pêche et l’aquaculture sont mises en place. Dans ces textes, la cogestion ou la gestion participative sont mises en avant car ce sont des Bien souvent, il n’y a pas de fédération. Il existe des petits groupements locaux mais tout le monde n’y participe pas. La plupart des pêcheurs sont toutefois conscients qu’il faut faire quelque chose. Le problème est le suivant : comment les assurer qu’ils pourront continuer à vivre de leur activité tout en travaillant en direction de la conservation de l’écosystème ? C’est d’ailleurs très compliqué de savoir combien la pêche rapporte à l’ensemble de la communauté. Prenons l’exemple d’une communauté avec 40 pêcheurs. Sur cet ensemble, 20 pêcheurs sont organisés en groupe et sont en lien avec un acheteur régulier. L’autre moitié vend de manière beaucoup plus aléatoire. Ils revendent directement le fruit de leur pêche aux restaurateurs. Or, nous ne pouvons pas suivre partout ces pêcheurs, ce qui complique d’autant notre démarche. à partir de quels éléments tangibles pouvez-vous convaincre l’ensemble des pêcheurs de la communauté de ne pas pratiquer la surpêche ? Alexandre Duval C’est un sujet très délicat. Pour qu’il y ait un schéma d’action qui se dégage, il faut disposer de beaucoup 56 ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 89 ■ d’informations. Or, ces informations n’existent pas partout. En Amérique centrale, c’est difficile car historiquement rien n’a été fait ou les statistiques officielles sont peu fiables. Que faire devant ce vide ? Pour répondre à cette question, des spécialistes halieutiques ont prévu de mener des campagnes d’échantillonnage. Ils vont ainsi pouvoir déterminer comment sont composées exactement les populations dans la région et indiquer quelles sont les espèces surpêchées et celles qui ne le sont pas. Mais ce type de recherche demande des moyens énormes et plusieurs années de travail. Or, nous ne pouvons pas attendre cinq ans avant d’avoir un résultat qui fasse le point sur la situation biologique. Pour obtenir rapidement des données, nous réalisons notamment un inventaire écologique rapide. En l’espace d’un an, nous pouvons déterminer le nombre d’espèces pêchées à tel endroit. Une telle enquête ne coûte pas cher car nous pouvons tracer les ressources avec l’aide des pêcheurs. Quand une personne pêche depuis vingt ans, elle connaît forcément le milieu. Ces prélèvements biologiques nous permettent de signaler qu’il vaut mieux arrêter de pêcher telle ou telle espèce de poisson parce que les individus sont trop petits par rapport à leur cycle reproductif. Existe-t-il une méthode spécifique pour faire aboutir des programmes de cogestion ? Dans ce type d’approche, quelle est votre position en tant que chercheur ? Contrairement à la plupart des chercheurs, nous ne nous plaçons pas comme des spécialistes qui savent tout et qui vont donner l’information. Nous prenons du recul, nous laissons les gens être les acteurs et nous sommes plutôt les observateurs. Cela demande un changement d’attitude et surtout une certaine humilité. Suite à l’exposé des bilans réalisés à partir des prélèvements biologiques, la discussion peut s’engager et rebondir avec les propositions des pêcheurs. Ensemble, on peut envisager soit la mise en place de zones de non-pêche, soit l’interdiction de pêcher telle espèce dans une certaine zone, soit encore la fermeture d’une zone pendant un an. Cela donne parfois des résultats peu réalistes du point de vue de leur mise en application sur le terrain. Nous n’avons en effet pas réellement les moyens d’appliquer ce qui ressort de certaines discussions. Mais c’est quand même très important que nous ayons en main cette information que nous allons ensuite pouvoir intégrer parmi toutes les autres propositions qui existent. quelles sont les autres axes de recherches dans le domaine de la pêche ? Avec les pêcheurs, nous développons l’approche participative au sein d’ateliers. Cette approche fonctionne très bien car elle permet à toutes les personnes présentes d’échanger et de partager les connaissances, les intérêts et les préoccupations concernant l’environnement. Avec la méthodologie que nous développons, nous faisons en sorte que chacun puisse s’exprimer. Nous travaillons en petits groupes et nous demandons aux gens de dessiner des cartes. Ensuite, nous rassemblons ces données afin de définir les priorités pour aller dans le sens d’une gestion durable. Il existe un autre sujet très intéressant et très actuel auquel personne ne pense. Celui-ci concerne le commerce et la pêche liés à l’aquariophilie. Les poissons d’eau douce, surtout tropicaux, sont la cible de ce type de pêche qui est très peu réglementée. La pression est forte et la demande croissante concernant certaines espèces jugées attractives. Nous devons prendre conscience que ça ne peut plus continuer ainsi car parmi les poissons capturés, la mortalité est énorme. Je vais d’ailleurs probablement diriger une thèse sur ce sujet. Une étudiante française est partie au Mexique travailler avec une communauté sur la côte Pacifique où ce type de pêche existe. Il s’agit d’observer cette activité afin de déterminer quels sont les taux d’exploitation qu’on peut vraiment admettre pour telle ou telle espèce. n Cette photo a été prise à la fin d’un atelier participatif dans le village de zancudo, en juin 2007, avec quelques participants. Ces pêcheurs artisanaux ne sortent pas avec le type de bateau que l’on voit derrière. C’est un chalutier pour pêcher des crevettes, illégal dans le Golfo Dulce. Il vient du nord du pays (250 km à vol d’oiseau). La photo représente donc le conflit entre les pêcheurs artisanaux et les crevettiers. Le chalutier était là pendant deux ou trois jours, aucun garde pêche lui interdisant de pêcher. un scénario qui se répète régulièrement. parmi les gens, il y a Roberval (avec canne). Ce n’est pas un pêcheur, mais un community leader, un Brésilien qui avait commencé à travailler dans les communes d’en face (puerto Jiménez, La palma) pour la protection des populations de jaguars. Lors de ce travail, il a perdu une grande partie de sa Néanmoins, il continue à mener des projets. Sa venue était déterminante pour fédérer la plupart des villages du Golfo Dulce dans une fédération d’organisations de pêcheurs artisanaux. La fédération a été créée en septembre 2007. Hans Hartmann vue, quand il manipulait les fèces des jaguars, très caustiques. ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 89 ■ 57