prix L’expérience originale des frères Berque L auréats du prix Corderie royaleHermione 2009 du film documentaire pour Huis-Clos sous les étoiles, Emmanuel et Maximilien Berque n’ont de cesse, depuis trente ans, de défier la mer. Nés en 1950, fils de Jacques Berque, professeur au Collège de France, et d’une artiste peintre, les jumeaux choisissent très vite de se consacrer corps et âmes à la mer. Pionniers du sea-sex-and-surf sur la côte landaise dans les années 1970, ils décident en 1980 de se lancer dans une traversée atypique de l’Atlantique, c’est-à-dire « sans sponsor, sans balise de détresse, sans GPS et sans communication radio» à bord d’un petit trimaran de 4,80 m qu’ils construisent eux-mêmes et baptisent Micromégas, en hommage à Voltaire. À bord de ce tout petit bateau qui n’a pas de cabine et ressemble au fond plus à un radeau, ils passent un an en mer, mais abandonnent finalement l’idée de traversée l’océan Atlantique, après avoir essuyé une tempête dans le golfe de Gascogne et terminent leur voyage, épuisés et brûlés par l’eau de mer aux îles Canaries. Mais ce n’est que partie remise. En 1996, à bord de Micromégas II, un canot encore plus petit, ils réussissent cette fois à atteindre Miami, après 11 000 km parcourus à la voile, toujours sans GPS, sans moteur, sans radio et sans balise de détresse. Heureux de leur performance, les jumeaux ne s’avouent pourtant pas satisfaits et, en 2003, ils se lancent dans une nouvelle aventure, encore plus démesurée : à bord de Micromégas III, ils décident de rallier l’île de La Désirade en Guadeloupe depuis l’île de Lanzarote aux Canaries, sans assistance (GPS, radio, etc.) comme les fois précédentes mais surtout sans aucun instrument de navigation moderne, c’est-à-dire sans boussole, sans carte, sans livre, sans sextant, sans loch, ni montre, «à la manière des Maoris qui, peut-être, ont ainsi traversé le Pacifique il y a 2 000 ans». Objectif : se déplacer uniquement grâce à l’observation des étoiles à l’œil nu, de la propagation du vent et de la houle ! Seule concession : ils se dotent d’une balise Argos afin de pouvoir comparer, une fois revenus à terre, leurs positions avec celles notées dans leur journal de bord. Rappelons que le système Argos ne permet pas à ceux qui l’ont embarqué de connaître leur position mais sert aux personnes restées à terre... En 27 jours, consommant 49 litres d’eau, 65 boîtes de sardines, 4 kg de lait en poudre, 2 kg de sucre et 8 kg de gofio, la farine grillée des pêcheurs canariens agrémentée de la chair crue des daurades coryphènes qu’ils pêchent, ils atteignent finalement l’île qu’ils visaient, après 6 000 km en mer ! Leur film Huis-clos sous les étoiles, tourné à bord avec une mini caméra DV, raconte cet exploit. A. C. www.sansboussole.com Océans de papier t rès beau livre, réalisé par le journaliste et navigateur Olivier Le Carrer, Océans de papier raconte l’histoire mondiale des cartes marines. Véritable voyage dans l’espace et dans le temps, il convoque à la fois l’histoire de la découverte des mers et celle de la cartographie de notre planète, évoquant les premières traversées guidées par des portulans approximatifs, la découverte de la longitude, l’invention du chronomètre ou des GPS les plus sophistiqués. Riche de cartes issues de la Bibliothèque nationale de France, cet ouvrage fascinant Océans de papier et L’Atlas essentiel, olivier Le carrer, Glénat. est un régal pour les yeux et une mine d’informations passionnantes. Du même auteur, L’Atlas essentiel donnera des réponses aux personnes désirant «comprendre le monde, l’amour et les grandes catastrophes», comme le précise, avec humour, son sous-titre. Illustré par des cartes aussi spectaculaires qu’esthétiques et des documents de toutes les époques, l’Atlas essentiel cultivera le curieux tout en le distrayant, en abordant des questions aussi variées que «à quoi ressemble l’intérieur de la maison Blanche ?», «comment sont réparties les températures à la surface de la Terre ?», «de quoi a l’air la face cachée de la Lune ?», «les grands fonds sous-marins peuvent-ils nous éclairer sur l’avenir de la Terre ?» ou encore «est-ce vrai que les rapports amoureux sont régis par une carte ?». Drôle et pédagogique, l’Atlas essentiel rend à la géographie et à la cartographie sa forte valeur historique, comme le montre la reproduction de ce plan de Léopoldville, l’actuelle Kinshasa, au Congo, qui prouve que les colonisateurs parquaient les indigènes loin du centre-ville qu’ils occupaient. Olivier Le Carrer n’oublie pas non plus d’aborder les mondes imaginaires, le pays des Amazones, l’Atlantide ou l’île au Trésor. Et bien d’autres représentations du monde encore. A. C. Lauréats du prix Corderie royaleHermione de la bande dessinée, pascal bertho et marc-antoine boidin signent avec Endurance une très jolie fresque qui relate l’expédition menée par Ernest shackleton, marin et aventurier irlandais en 1914 en antarctique, à bord du navire Endurance. Cette histoire vraie, celle d’ernest shackleton et de son équipage, animés d’une volonté de fer face à une mer démontée et glaciale, est brossée avec finesse, du point de vue du texte comme du dessin : les couleurs, bleus polaires, donnent une dimension réaliste qui, accolée à une narration parfaitement maîtrisée, fournissent suspense et palpitation au lecteur. Car si d’emblée il est clair que l’équipage ne réussira pas à traverser l’antarctique comme il le prévoyait, la question est de savoir si ernest shackleton parviendra à ramener tous ses hommes sains et sauf sur le continent européen. A. C. Endurance, Pascal Bertho et marcAntoine Boidin, Delcourt, 2009. 39 ENDuRANCE ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 89 ■