recherche DIDIER PoToN Entretien Aline Chambras La «hollandomania» des communautés atlantiques d idier Poton de Xaintrailles est professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université de La Rochelle. Il a codirigé, avec François Souty et Pieter Emmer, et participé avec quinze auteurs à l’écriture du livre Les Pays-Bas et l’Atlantique (1500-1800). Nouvel espace d’échanges économiques, l’Atlantique devient aussi un espace politique de conflit : les guerres de religion qui voient s’affronter l’Espagne catholique aux communautés protestantes françaises, anglaises ou néerlandaises se déroulent aussi sur la mer océane. Concurrence coloniale entre les puissances européennes, affrontements pour la domination en Europe et guerres religieuses s’imbriquent et l’écheveau n’est pas difficile à démêler. L’Actualité Poitou-Charentes. – quelle est la genèse de ce livre où textes et illustrations apportent un regard neuf sur cette histoire particulière ? la plus ancienne des Provinces-Unies. Des professeurs, des étudiants, des artistes néerlandais y viennent et découvrent la France du Centre-Ouest. On n’a pas hésité à parler de «hollandomania» pour désigner ce goût pour les vêtements, les objets et œuvres d’art «hollandaises». Ce phénomène de mode s’explique par le fait qu’à cette époque les «Hollandais» (la Hollande n’est qu’une des provinces des Provinces-Unies) passaient pour un peuple très particulier que l’on Peinture de Ludoph bakhuyzen (1631-1708), 50 x 67 cm, Musée d’art et d’histoire de La Rochelle. Les Pays-Bas et l’Atlantique (1500-1800), sous la direction de Pieter C. Emmer, Didier Poton de Xaintrailles et François Souty, Presses universitaires de Rennes, 274 p., 120 ill., 34 € 4 Ce livre est le résultat d’un double mouvement : à la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines de l’Université de La Rochelle, nous travaillons, depuis quinze années, à la mise en œuvre d’une histoire renouvelée du monde Atlantique. Ainsi, François Souty, qui a codirigé le livre, est spécialiste de l’histoire des compagnies hollandaises de commerce et de l’économie néerlandaise aux xviie et xviiie siècles et s’est affirmé comme un des tous meilleurs spécialistes sur la dimension atlantique de l’histoire des Pays-Bas. De même, l’autre codirecteur, Pieter Emmer, professeur à l’Université de Leyde, a largement participé à un renouvellement de l’historiographie néerlandaise quant à l’histoire coloniale des Pays-Bas. Quant à moi, en tant que spécialiste de l’histoire du protestantisme, je m’intéresse à l’Atlantique en raison des nombreuses pérégrinations des huguenots français au xviie siècle, notamment quand ils fuyaient la France après la révocation de l’édit de Nantes (1685). Or, l’Atlantique qui a permis aux protestants fugitifs de gagner les Provinces-Unies n’a pas été suffisamment perçu comme une route directe pour les huguenots picto-charentais, surtout les marins, vers le Refuge caraïbéen et nord-américain. Et ce, grâce à l’accueil des Néerlandais dans la Caraïbe, véritable sas d’entrée de l’Amérique d’où ils repartiront ou seront rejoints par ceux qui sont passés par Amsterdam ou une autre ville néerlandaise. didier Poton. – N’est-il pas difficile de définir l’Atlantique comme un espace historique ? J+M photographe Comment définir les relations entre les Pays-bas et les communautés protestantes de la façade atlantique ? Avec la découverte de l’Amérique (1492), l’économie atlantique connaît un fort développement dans lequel les commerçants protestants, implantés en nombre sur le littoral allant de l’estuaire de la Loire à celui de la Gironde, ont joué un rôle plus important que leur poids réel dans les provinces atlantiques à l’exception de La Rochelle et des ports dans sa mouvance. À partir des années 1560-1570, la solidarité d’armes entre protestants français et hollandais (calvinistes comme eux) évolue et devient une solidarité intellectuelle et culturelle : des échanges importants ont lieu entre les communautés, les pasteurs et les élites de ces deux pays. Ainsi, des livres imprimés aux Pays-Bas se répandent dans la communauté protestante atlantique. Les imprimeurs protestants de Saumur, de La Rochelle vendent aux Pays-Bas et petit à petit ce ne sont plus seulement des bibles ou des œuvres de prédications que s’échangent protestants hollandais et huguenots mais des récits de voyage, des tableaux, des dessins, des gravures, des faïences, etc. De plus, la grande université protestante de l’Ouest qu’est Saumur au xviie siècle a été construite par son fondateur, Philipe Duplessis-Mornay (un militant de la cause néerlandaise en France) sur le modèle de la jeune université de Leyde aux Pays-Bas, peut qualifier de «peuple-monde» puisque présent sur tous les continents connus grâce à ses compagnies de commerce et à la première marine de commerce du monde au xviie siècle. trouve-t-on des traces de ce passé hollandais en terre atlantique ? L’héritage laissé par les protestants néerlandais est surtout familial : dès le xviiie siècle et transmis de génération en génération, on trouve dans les inventaires après décès, des peintures de «paysage à la flamande», des représentations de ports, des portraits et de nombreuses natures mortes, des faïences, des livres qui témoignent de ce goût pour le siècle d’or néerlandais. Certaines de ces œuvres se trouvent aujourd’hui dans les musées comme ceux de La Rochelle, dans des châteaux comme à La Roche-Courbon. L’iconographie du livre témoigne de la richesse de cet héritage dans les villes qui avaient noué des relations mercantiles, religieuses, culturelles avec les Pays-Bas. ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 87 ■ recherche YvES JEAN Actualités du rural et de l’Europe a vec deux nouveaux ouvrages parus, L’Europe, aménager les territoires, qu’il a codirigé avec Guy Baudelle et Géographie rurale, la ruralité en France, coécrit avec Michel Périgord, Yves Jean, directeur de l’UFR de sciences humaines et arts de l’Université de Poitiers, décrypte pour les étudiants mais également pour les acteurs territoriaux et les citoyens, notamment, les évolutions géographiques à l’œuvre aujourd’hui, que ce soit au niveau européen dans le premier ou au niveau du rural français dans le second. L’Europe, aménager les territoires, consacré à la question de la construction européenne, souligne non seulement combien l’aménagement des territoires est désormais influencé par cette nouvelle échelle européenne, mais aussi à quel point se met en place une tendance «incontestable» au développement d’une Europe des régions, signe qu’un «troisième pouvoir» se met en place aux côtés des institutions centrales et européennes. Illustrée par des exemples anglais, italiens, espagnols, etc., cette tendance prouve que la géographie et le politique s’imbriquent de manière complexe pour donner à la question de l’aménagement du territoire toute sa portée, entre enjeux économiques, écologiques ou sociaux dans une Europe politique en construction. Cet ouvrage questionne l’impact territorial des politiques de cohésion, de la politique agricole commune, de la politique environnementale ou de celle des transports sur les espaces européens, des déserts nordiques à la lointaine Turquie. Dans le second ouvrage, il est question de «ruralité», notion qui, comme le confessent les deux auteurs, pourrait «apparaître comme un objet de recherche désuet», à l’heure où «l’urbanité» de nos modes de vie et de nos territoires est largement dominante. Pour autant, ils s’attachent à montrer combien la question rurale fait aujourd’hui débat, dans une France où les paysages ruraux ont connu, en moins de cinquante ans, de profondes mutations ayant nettement complexifié la traditionnelle relation ville-campagne. Ainsi, comme le rappellent, entre autres, les auteurs, les agriculteurs ne constituent plus l’ultra-majorité des habitants des territoires ruraux de ce début du xxie siècle ; de plus en plus de citadins s’y installent, certains dans une visée résidentielle, d’autres dans une perspective de «retour à la terre», beaucoup du fait de l’étalement urbain et de la pression immobilière. Enfin, le développement du tourisme a aussi profondément modifié ces espaces empreints de «nature». De telles évolutions sociologiques, démographiques et économiques peuvent être source d’innovations sociales et organisationnelles (développement des TIC, des Amap, etc.) mais aussi de conflits. Car comme le notent les auteurs, dans ces espaces ruraux, la question de la «nature», de notre rapport à celle-ci, y est vive et renvoie à des conceptions antagonistes très actuelles entre partisans d’une campagne perçue comme un cadre de vie, un espace récréatif ou encore un lieu de production et de développement économique. Avec, en toile de fond, la question des politiques publiques à mettre en œuvre afin de répondre au mieux à ces évolutions, les auteurs s’interrogent sur la manière dont ces transformations géographiques, sociologiques et économiques posent aussi la question du vivre ensemble et de la citoyenneté dans ces espaces. Aline Chambras L’Europe, aménager les territoires, dir. Yves Jean et Guy Baudelle, Armand Colin, 2009, 424 p., 35 €. Géographie rurale, la ruralité en France, Yves Jean et Michel Périgord, Armand Colin, 2009, 128 p., 9,40 €. au-delà du paysage marc Deneyer et Claude Pauquet ont réalisé une mission photographique sur les paysages du PoitouCharentes. Leurs images sont exposées au musée d’Agesci à Niort, du 20 janvier au 31 mars. la dynamique de la violence Approches croisées de la violence par des historiens, philosophes, sociologues et psychologues, sous la direction de frédéric Chauvaud, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Poitiers, avec la collaboration de ses collègues jeanClaude Bourdin, Ludovic Gaussot et Pascal Keller. L’ouvrage est bâti en quatre chapitres : «Décrire», «Catégoriser», «Contextualiser», «Comprendre». A paraître fin février aux Presses universitaires de Rennes. ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 87 ■ 5 Claude Pauquet