culture CENTRE Du LIvRE ET DE LA LECTuRE Au service de la bibliodiversité F aire connaître les auteurs de la région Poitou-Charentes auprès des lecteurs mais aussi des libraires et des bibliothécaires, soutenir les éditeurs et les libraires dans leur rôle de transmission, valoriser les trésors des archives. Sa directrice Sylviane Sambor définit le Centre du livre et de la lecture comme un outil au service de la bibliodiversité. «Nous comprenons par bibliodiversité la diffusion du pluralisme des créations littéraires vers les plus larges populations.» Cette transmission est aujourd’hui mise à mal par les logiques financières qui ne favorisent que quelques best-sellers pendant que les autres œuvres ont besoin de temps et d’accompagnement pour rencontrer leurs lecteurs. Sylviane Sambor rappelle que de grands classiques de notre patrimoine n’ont eu, à leur parution, qu’un petit lectorat1. Aujourd’hui, la défense en Poitou-Charentes d’une «écologie culturelle» peut tourner à plein régime. «Nous avons ces derniers temps considérablement renforcé notre capacité à être aux côtés et au service de tous les acteurs de la vie du livre en Poitou-Charentes.» En effet, le Centre du livre et de la lecture est le L’exposition «Escales» sur les fonds patrimoniaux écrits et graphiques des bibliothèques et services d’archives du PoitouCharentes est visible à l’Espace Franquin, à Angoulême du 2 au 30 octobre. Ci-dessous, album amicorum de Jean-Jacques grübel (xviie siècle, ms 450 médiathèque de Poitiers), évoqué dans l’actualité n° 73 par Jean Hiernard, qui traduit ainsi : «La vraie bravoure c’est, par piété et amour des siens, de combattre pour ses autels et ses foyers.» Passeurs de Monde(s) l e festival Passeurs de Monde(s) se déroule du 14 au 23 octobre. Tout en préservant l’identité de la manifestation – régional et itinérant, le festival présente tous les acteurs de la chaîne du livre – l’édition 2009 est spéciale. En effet, les deux structures (Office du livre et ABCD) dont est issu le Centre du livre et de la lecture sont nées il y a 25 ans et le Centre clôt sa première année d’activité. Pour marquer ces anniversaires, «la programmation est à la fois une projection dans l’avenir et le reflet de ce que nous avons fait jusqu’alors». Aussi des cartes blanches ont-elles été accordées à Alberto Manguel, parrain du festival, qui a invité Manuel Rivas, à François Rivière qui a convié Serge Delaive et à quatre éditeurs (Le Temps qu’il fait, L’Escampette, Ego comme x et Geste Editions) qui ont fait venir Gaétan Soucy, Jean Teulé, Mauricio hasbùn et Jacques Perret. Le choix de trois auteurs (Michel Boujut, Jean-Claude Martin, Denis Montebello) parmi les 23 lauréats du prix du Livre et de trois auteurs (Anne Bouillaud, Rascal, Erri de Luca) ayant participé aux manifestations révolues telles que Anguille sous roche ou Ecrivains présents a été confié au comité de programmation. Isabelle Reinharez apportera en outre son expérience de traductrice et Tom Tinabosco celle d’auteur de bande dessinée. fruit d’une fusion/absorption opérée en 2008 de l’Office du livre et de l’agence de coopération ABCD, deux structures créées indépendamment en 1984. En outre, l’équipe s’est enrichie depuis 2006 d’une chargée de la vie littéraire (auteurs et organisateurs de salons), d’une chargée de l’économie du livre (libraires et éditeurs) et d’une chargée de communication. Impossible de citer, tant elles sont nombreuses, toutes les actions entreprises en 2009 pour soutenir la bibliodiversité. Notons cependant qu’elles s’adressent à tous les acteurs de la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur. Le site Internet extrêmement fourni permet d’en saisir l’ampleur et s’avère utile aux professionnels comme au grand public. Le soutien aux auteurs s’exprime par une promotion quotidienne. «Nous sommes en permanence en train de présenter les auteurs et les éditeurs pour qu’ils soient relayés.» Et, le Prix du livre permet chaque année depuis 1987 d’octroyer 3 800 € à un auteur mais surtout, depuis 2004, de lui faire bénéficier d’une importante promotion : une brochure imprimée présentant chaque lauréat est offerte aux populations à plusieurs milliers d’exemplaires à laquelle vient s’ajouter depuis cette année un DVD contenant son portrait vidéo. Le soutien aux métiers de la librairie et de l’édition fait l’objet d’une attention particulière «car ce sont les seuls dans la chaîne du livre qui appartiennent au secteur privé touché de plein fouet par la financiarisation». Le Centre du livre et de la lecture accompagne les libraires au moyen d’un dispositif, LIRE, particulièrement audacieux adopté l’année dernière par la Région Poitou-Charentes ; les éditeurs par le biais d’un autre dispositif d’aide régionale et en attribuant un prix de l’édition. Côté archives, dans le cadre du Plan d’action pour le patrimoine écrit (Pape) initié en 2004 par le ministère de la Culture et destiné à améliorer l’accès aux fonds patrimoniaux et à les rendre plus visibles, hélène de Bellaigue a été chargée d’inventorier les fonds patrimoniaux de la région. Alberto Manguel a carte blanche pour écrire plusieurs textes en lien avec ces trésors dégottés par hélène. Certains d’entre eux seront publiés dans L’Actualité Poitou-Charentes, tous seront mis en ligne sur le site du Centre du livre et de la lecture. Anh-Gaëlle Truong 1. Pour plus d’informations, voir dossier sur l’économie du live L’Actualité n° 66, octobre 2004. 9 Olivier Neuillé ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 86 ■ culture Les Carnets secrets du bernin l a fontaine des Quatre Fleuves, la colonnade de la place Saint-Pierre et le baldaquin de la basilique Saint-Pierre : autant d’œuvres baroques sans lesquelles la ville de Rome ne serait pas digne de sa grandeur. Loïc Aubry, amoureux de l’art italien, rend hommage au maître de la sculpture et de l’architecture. Les Carnets secrets du Bernin est une biographie romancée, des notes imaginaires écrites à la première personne, comme si Le Bernin dévoilait lui-même ses plus intimes émotions. Le lecteur est emporté à travers les ruelles de Rome, dans un xviie siècle baroque. Comparé à son époque à Michel-Ange, Gian Lorenzo Bernini est né en 1598 à Naples. Son talent est reconnu dès son plus jeune âge par le cardinal Scipion Borghèse, grand collectionneur d’art. Au service du pape Urbain VIII Barberini, son meilleur mécène, Le Bernin participe à la politique de «grands travaux» menés à Rome. De 1624 à 1633, il dirige la construction d’un baldaquin de bronze au-dessus de l’autel de Saint-Pierre. En 1627, on lui commande le tombeau du pape. Favori des papes Paul V, Grégoire xV et Urbain VIII, il est moins apprécié sous Innocent x, mais son succès est international sous Alexandre VII. Loïc Aubry a enseigné les lettres classiques à l’Université de Poitiers. Au fil des pages, le lecteur s’aperçoit de l’immense travail de recherche qui a précédé l’écriture. Dans les moindres détails, sans que l’on puisse différencier précisément le vrai de la fiction, Loïc Aubry raconte comment Le Bernin devint l’un des plus grands sculpteurs de son siècle. Au détour de réflexions sur l’art, sur la matière et l’espace, le narrateur dévoile ses sensations intimes. Sans pudeur il exprime toute sa passion du corps, et particulièrement du corps féminin qu’il découvre en même temps que le sentiment amoureux. Les évocations sensuelles de ses rencontres amoureuses sont un véritable éloge de la beauté féminine, que le personnage apprécie et caresse comme si l’une de ses plus belles sculptures avait pris vie. Le Bernin meurt en 1680, laissant une œuvre majestueuse dans les rues de Rome et quelques peintures. Avec Les Carnets secrets du Bernin, Loïc Aubry nous fait rencontrer les papes, les cardinaux, mais aussi les peintres Vélas- quez et Rubens, l’astronome Galilée et les grands maîtres Raphaël et Léonard de Vinci. Ce roman est riche de références et demande parfois une bonne connaissance du xviie siècle italien. On se laissera toutefois porter par curiosité, par envie de comprendre les étapes de réalisation des œuvres, et par passion de Rome et de l’histoire de l’art baroque italien. Camille Lecoq Les Carnets secrets du Bernin ou la Vérité dévoilée, Loïc Aubry, 2009, éditions Bordessoules, 384 p., 22 € FRAC PoitoU-CHARENtES Hors Champ a urélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître, s’effacer en une semaine. Le terme est surprenant pour un homme, mais c’est bien le mot exact. «Expulsé de l’apparence», écrit Sylvie Germain. Son dernier roman, Hors Champ, est étonnamment envoûtant. Au départ, on pense à un malentendu. Si Aurélien a l’impression d’être «flou» c’est sûrement qu’il est mal réveillé. Si des Tadeusz Kluba passants le bousculent, c’est sans aucun doute par inattention. Mais cette simple sensation se complique le jour où sa petite amie lui devient brusquement indifférente, puis sa mère et ses collègues, qui peu à peu ne se souviennent plus de lui. Il disparaît réellement, lentement, de façon angoissante. Impuissants, nous sommes témoins de cet effacement progressif d’un homme, si banal qu’il pourrait être l’un de nous. Sylvie Germain réussit le tour de force de saisir profondément le lecteur, contraint d’assister au désastre de la vie d’un homme. Hors Champ est magnifique et inquiétant. «On ne meurt pas complètement tant qu’il reste au moins un vivant pour se souvenir de vous – de qui vous étiez, que vous avez existé – quand vous-même avez disparu», écrit l’auteur. Sur une trame métaphysique, Sylvie Germain parvient à discerner la crainte que nous avons tous de disparaître sans laisser de trace. C. L. Hors Champ, Sylvie Germain, 2009, Albin Michel, 196 p., 15 € Un nouveau site du Fonds régional d’art contemporain ouvre le 24 octobre à Linazay, sur la RN 10 entre Poitiers et Angoulême, où sont conservées les 779 œuvres des collections constituées depuis plus de vingt ans. Plus de 300 artistes français et étrangers sont représentés. Autour de la monumentale Colonial Tea Cup de Paul McCarthy sont exposées des œuvres de Urs Lüthi, Pierre malphettes, david renaud, Ugo rondinone, ernest t. Colonial tea Cup de Paul McCarthy. d’autre part, le Frac continue ses activités à Angoulême, dans ses locaux situés au bord de la Charente. Une exposition monographique consacrée à Rémy Hysbergue – «d’ici on pourrait croire que la vue est imprenable» – est visible jusqu’au 12 décembre. 05 45 92 87 01 www.frac-poitou-charentes.org 10 ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 86 ■