recherche RIChARD CoRDAux gènes sauteurs a près des études de biologie à Poitiers et Paris, Richard Cordaux a effectué son doctorat d’anthropologie évolutive à l’Institut Max Planck à Leipzig (Allemagne) puis un stage post-doctoral à Bâton Rouge (Louisiane). Depuis 2006, il est chargé de recherche CNRS au laboratoire écologie évolution symbiose de l’Université de Poitiers (LEES UMR 6556), possédant une grande expérience de l’association entre le cloporte et la bactérie Wolbachia féminisante. Ses thèmes de recherche s’articulent autour d’une approche évolutive de la diversité génétique, en utilisant pour cela des méthodes issues de la génétique évolutive, de la génétique des populations et de la génomique comparative. Ses travaux portant sur les éléments transposables de façon générale, d’abord dans le génome de l’homme et des primates, désormais chez les bactéries endosymbiotiques de type Wolbachia, ont été récompensés par une médaille de bronze du CNRS. Les éléments transposables sont des gènes capables de sauter d’un point à l’autre du génome. Parfois responsables de maladies, ils jouent aussi un rôle considérable dans de nombreux processus. En terme de recherche appliquée, les bactéries endosymbiotiques auxquelles Richard Codaux s’intéresse peuvent avoir un intérêt agronomique et biomédical. Il est donc important de comprendre comment leurs génomes fonctionnent et comment ces bactéries interagissent avec leurs hôtes arthropodes (insectes et crustacés). Laetitia Rouleau LuDovIC ThILLy Matériaux nano-structurés e n 2009, la médaille Jean-Rist de la Société française de métallurgie et de matériaux (SF2M) a été décernée à Ludovic Thilly, maître de conférences à l’Université de Poitiers et exerçant au laboratoire de physique des matériaux (PhyMAT, UMR CNRS 6630). Ingénieur en physique des matériaux, Ludovic Thilly a d’abord été doctorant à Toulouse avant de poursuivre ses travaux à Nancy puis d’être recruté à Poitiers en 2001. Il partage aujourd’hui ses activités de recherche entre deux thématiques : d’une part la déformation des matériaux complexes sous pression de confinement, d’autre part la plasticité des matériaux nano-structurés. C’est cette deuxième activité qui a été récompensée. Les matériaux nano-structurés sont composés de grains de taille nanométrique ; à cette échelle les propriétés mécaniques des matériaux sont fortement modifiées. Elles sont par exemple souvent bien meilleures que celles des matériaux à gros grains. Cependant, cet effet de taille est encore mal compris et difficile à maîtriser. L’originalité des travaux du chercheur réside Noémie Pinganaud dans l’utilisation des grands instruments (synchrotrons et sources neutrons) pour développer des techniques innovantes de déformation in situ sous neutrons et rayons x de haute énergie. Des aspects fondamentaux des mécanismes physiques de la déformation des conducteurs nanostructurés (utilisés pour la génération de champs magnétiques intenses) ont ainsi été découverts. Outre la connaissance des aspects fondamentaux de la déformation de ces matériaux, des applications futures pourraient être envisagées dans l’utilisation des bobines supraconductrices des accélérateurs de particules ou pour l’imagerie IRM. L. R. 4 ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 86 ■ Noémie Pinganaud recherche LAuRENT vIDAL Les larmes de Rio P rofesseur d’histoire contemporaine à l’Université de La Rochelle, Laurent Vidal poursuit son exploration des villes en déplacement. Il y a trois ans avec Mazagão, la ville qui traversa l’Atlantique, il racontait l’histoire de cette place forte portugaise de la côte marocaine dont toute la population, avec armes et bagages, avait été transférée au Brésil en 1769 pour y créer une ville nouvelle. Avec Les larmes de Rio, l’historien s’intéresse à la journée du 20 avril 1960, qui vit Rio de Janeiro perdre son rang de capitale du Brésil au profit de Brasilia. «L’idée de ce livre vient de ma thèse, “De Nova Lisboa à Brasilia, l’invention d’une capitale”. Je me suis demandé ce qui se passait à Rio ce jour-là, et j’essaie de raconter cette journée particulière. Traditionnellement, l’histoire étudie la relation entre pouvoir et villes sous l’angle de l’entrée du pouvoir, mais on s’attache rarement à la sortie.» Laurent Vidal retrace cette semaine pendant laquelle la ville sera dépouillée de tous ses pouvoirs, à partir du 12 avril 1960, et qui culminera le 20 avril avec le départ en avion du président Juscelino Kubitschek et de tout son gouvernement pour Brasilia, inaugurée solennellement le lendemain. «La journée du 20 avril a été pensée dans ses moindres détails, et d’ailleurs le président Kubitschek s’est entouré d’une équipe de communicants pour travailler l’opinion, ce qui était une nouveauté à l’époque. Ainsi il se rend à l’aéroport pour accueillir comme un chef d’Etat le légat pontifical, qui célébrera la messe d’inauguration de Brasilia.» Le président brésilien et ses conseillers n’ont pas lésiné sur les symboles : le représentant du pape est porteur de la croix en fer de Pedro Alvares Cabral, le découvreur du Brésil, utilisée lors de la première messe célébrée au Brésil le 26 avril 1500, et qui servira le lendemain à Brasilia. La date du 21 avril n’a pas non plus été choisie au hasard, c’est l’anniversaire de la fondation de Rome, et surtout celui de l’exécution en 1792 de Tiradentes, le héros de l’indépendance brésilienne. Avant de quitter la ville, Kubitschek prend un dernier café avec les fonctionnaires de la présidence. «Tout est mis en scène, dit Laurent Vidal. Kubitschek va jouer ça comme un drame antique. Sur une photo, reproduite par toute la presse, on le voit descendre l’escalier, alors que d’ordinaire on représente les politiques qui montent les marches. En quittant le palais présidentiel, le Catete, il ferme solennellement le portail à clé. Ce geste m’avait intrigué, pourquoi prend-il la peine de fermer à clé ?» des beaux-Arts de La rochelle, du 17 octobre au 18 janvier. n «Jacques Barraband, peintre des oiseaux (1768-1809)», au musée du nouveau monde à La Rochelle, jusqu’au 9 septembre, et «L’expédition en Floride», planches illustrant les Voyages de découverte en Amérique de Théodore de Bry (1591), jusqu’au 23 novembre. n «dessins d’histoire, histoires de dessin», exposition sur la collection Babinet, aux musées de Poitiers, du 4 décembre au 21 mars. Kubitschek l’expliquera dans ses mémoires. «C’était signaler, avec un geste, la fin d’une ère du Brésil. A ce moment, le Catete cessait d’être le siège du gouvernement. Il était fermé symboliquement.» Laurent Vidal a rencontré des acteurs de l’événement, des conseillers de Kubitschek, sa fille, qui avait 16 ans à l’époque, des habitants de Rio. «Je voulais savoir comment le peuple avait réagi, comment l’événement avait été perçu. Curieusement, cette journée du 20 avril avait disparu des mémoires. C’est une journée engloutie. Il y a eu un carnaval de l’adieu, le soir, les gens que j’ai rencontrés ne s’en souvenaient pas.» Pourtant, même si ce déménagement, contrairement aux craintes du président brésilien, ne provoque pas de troubles, la perte du statut de capitale n’est pas populaire chez les Cariocas. Les caricatures et les poèmes que publient les journaux expriment l’amertume de la population. «Ancienne Rio, Rio éternelle, Rio océan, Rio amie, le gouvernement s’en va ? Qu’il aille ! tu resteras et moi avec», écrivait Carlos Drummond de Andrade, le plus grand poète brésilien de l’époque, en février, alors qu’une samba de José Massias publiée le 21 avril évoquait «la capitale réelle de la beauté brésilienne». «Les larmes de Rio, dit l’historien, c’est la ville merveilleuse qu’était Rio, qu’on range dans les poubelles de l’histoire. Rio, qui était tout sauf une ville provinciale, avec 3 millions d’habitants, alors que Brasilia en avait à peine 130 000, redevenait province. C’est peut être à ce moment là que l’expression de “Rio ville merveilleuse” va s’imposer, et la ville se transformer en capitale du tourisme.» Jean Roquecave Les Larmes de Rio, de Laurent vidal, Aubier, 256 p., 27 € exPositions exposition au centre régional Résistance & Liberté, à Thouars, ainsi que des conférences et des films du 5 novembre au 4 décembre. n «Et avant Parthenay ?», exposition sur le site pré-gaulois des terres rouges, au musée municipal de Parthenay jusqu’au 1er février 2010. n «Marie Stuart, une figure romantique ?», exposition sur la destinée artistique de la reine d’écosse au xixe siècle, au musée n «berlin, le mur de la honte», géogRAPHiE Yves Jean, professeur de géographie et directeur de l’UFr sciences humaines et arts de l’Université de Poitiers, vient de publier avec son collègue Michel Périgord, Géographie rurale. La ruralité en France (Armand colin, coll. «128»). Avec Guy Baudelle, il a dirigé L’Europe. Aménager les territoires (Armand Colin, coll. «U»), ouvrage qui fait suite à celui publié en 2009 sur la France. 5 ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 86 ■