Prom’haies les haies, conservatoires de biodiversité ordinaire a vec le développement de l’agriculture intensive, les haies ont rapidement présenté plus de contraintes que d’avantages : les cultures sont moins rentables à leurs abords, elles exigent de l’entretien et empiètent sur des espaces cultivables. Françoise Sire, directrice de Prom’haies, se souvient d’un agriculteur qui ne voulait plus voir d’arbres de Sauzé-Vaussais à la Nationale 10. Ces vœux furent quasiment exaucés. Mais de nombreux habitants de ce territoire rural ne reconnaissaient plus leur paysage et ont créé en 1989 l’association Prom’haies pour replanter des haies et restructurer leurs lignes d’horizon. Le travail de l’association en faveur de l’arbre et de la haie se mène sur plusieurs fronts : actions de sensibilisation et information bien sûr, actions de plantations aussi, mais également actions de conservation des vieilles haies en collaboration avec les collectivités et les propriétaires (l’entretien d’une haie demande des connaissances particulières). Et expérimentation. prunier sauvage dans une haies près de la grotte à calvin. «Pour sensibiliser les propriétaires, souvent des agriculteurs, nous insistons sur l’intérêt général des haies : elles présentent non seulement des intérêts écologiques mais également de nombreux intérêts économiques», explique Françoise Sire. En effet, les haies protègent les cultures du vent, ce qui augmente la production à l’intérieur des parcelles et compense la perte de production aux abords des haies. Les cultures sont ainsi moins exposées aux risques de verse mais aussi aux produits phytosanitaires des voisins. La haie protège également le bétail et abrite les auxiliaires de culture. Elles régulent les écoulements d’eau, captent les surplus d’azote et limitent l’érosion. «Ce sont aussi des gisements de bois à valoriser dans un contexte de développement du bois-énergie.» Côté écologique, les haies sont, avec les forêts, un élément fondamental de la préservation de la biodiversité en milieu rural. Elles sont constituées de végétaux adaptés aux conditions climatiques et aux sols formant ainsi un conservatoire génétique local. Elles fournissent gîte, couvert, lieu de reproduction et voies de circulation entre les bois et les forêts à tous les animaux. «Les haies auront donc un rôle prédominant à jouer dans la genèse du grand projet de trame verte issu du Grenelle de l’environnement.» Le Grenelle a en effet reconnu les limites des espaces protégés focalisés sur des espèces ou des habitats remarquables et marque la volonté de raisonner en terme de maillage intégrant la mobilité des espèces et de la biodiversité ordinaire. Pour porter la voix des défenseurs des haies au niveau national et dans le cadre de projets tels que la trame verte ou la politique agricole, Prom’haies a fondé en 2007 avec d’autres associations l’Association nationale en faveur des arbres et des haies champêtres. Autre action de Prom’haies : depuis dix ans, l’association teste les plants d’origine locale. «Les recherches scientifiques montrent qu’ils sont les mieux à même d’affronter les changements climatiques. Or, les graines et boutures utilisées par les pépiniéristes ne sont pas d’origine connue.» Les techniciens de Prom’haies parcourent donc la campagne à la recherche de vieux arbres dont ils prélèvent les graines pour les confier à des pépiniéristes. Enfin, à côté des haies, au milieu des prés, au bord des chemins ou aux abords des fermes se trouvent souvent des arbres isolés tels qu’un orme, un noyer ou un cormier. «Nous avons choisi de promouvoir des espèces d’arbres utiles et identitaires qui structurent le paysage et sont particulièrement adaptées à nos terroirs.» Aussi l’association distribue ou vend des plants de ces espèces pour les faire réapparaître dans le paysage. Prom’haies Maison de la forêt et du bois Le Piolet 79190 Montalembert www.promhaies.net Anh-Gaëlle Truong sauvons le corMier le cormier ou sorbier domestique est un arbre qui a souvent été planté aux abords des fermes pour son bois et ses fruits. Dur, dense et très homogène, Sorbus domestica est une essence idéale pour l’ébénisterie, la tournerie, la sculpture ou la marqueterie. Ses fruits se mangent blets ou en compotes au goût très prononcé. Depuis 2005, l’association Prom’haies prélève des graines en Poitou-Charentes, les élève et distribue des plants à ses adhérents et partenaires. 73 Marc Deneyer ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■