expérience Le CNRS de Chizé prévoit de poser 4 000 nichoirs entre 2007 et 2010 dans la plaine céréalière du sud de Niort. Le projet intitulé «Des nichoirs dans la plaine» sensibilise les élèves des écoles primaires à la régression de trois espèces d’oiseaux : la huppe fasciée, la chouette chevêche et le hibou petit-duc. Entretien Hannah Robin 4 000 nichoirs dans la plaine s huppe fasciée. ylvie Houte est ingénieure d’études au laboratoire du Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC CNRS UPR 1934). En collaboration avec l’équipe pédagogique du parc zoologique Zoodyssée et l’Institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement (Ifrée), elle coordonne le projet expérimental. L’Actualité. – Quel est le raisonnement scientifisylvie houte. – Nous étudions les conséquences des changements de l’environnement sur la dynamique de la biodiversité dans les milieux agricoles notamment ceux de la plaine céréalière au sud de Niort qui s’étend sur environ 450 km². Même si les paysages ruraux ont considérablement évolué sous l’effet de la politique agricole commune (PAC), les villages et leurs réseaux routiers ont été globalement peu modifiés. Ils abritent un certain nombre d’espèces d’oiseaux utilisant cet habitat comme site de reproduction, trouvant des cavités de nidification dans les murs, les vieux arbres ou encore les tas de pierres. Depuis 1999, nous suivons particulièrement la chouette chevêche, le hibou petit-duc et la huppe fasciée qui sont en déclin dans presque toute l’Europe depuis les années 1950. La distribution du hibou petit-duc en France par exemple se contracte vers le sud : il était autrefois nicheur en Normandie, en Ile-de-France, en Alsace, en Picardie et en Champagne, d’où il a presque totalement disparu. La raison couramment avancée est la régression de leurs ressources alimentaires, principalement les insectes. Or, nous effectuons des mesures sur l’abondance de ces derniers depuis une dizaine d’années à Chizé et nous n’enregistrons pas de diminution particulière. Nous avons donc rejeté cette hypothèse. Sur notre zone d’étude, nous avons constaté une forte transformation du bâti et de la gestion des haies et des arbres pouvant entraîner la réduction du nombre de cavités où les oiseaux pouvaient nicher. Nous avons alors formulé une prédiction : si on augque à l’origine du projet ? Jean-Yves Piel 56 ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■ mente le nombre de nichoirs artificiellement, les trois espèces d’oiseaux pourront se reproduire et les populations devraient augmenter. C’est ce que nous avons décidé de tester. de la fabrication des nichoirs aux résultats enregistrés, quels sont les acteurs locaux associés ? En quoi l’échelle locale est-elle pertinente pour une action de ce type ? Les nichoirs en bois sont fabriqués par l’Institut médical éducatif (IME) de Melle et par le chantier d’insertion du Conseil général des Deux-Sèvres, basé à Zoodyssée. Parallèlement, des projets pédagogiques ont démarré dans les écoles des vingt-sept communes de la plaine de Niort. Les enseignants proposent à leurs élèves sept animations au cours de l’année, par exemple sur les métiers de la recherche sur l’environnement ou sur la diversité des oiseaux en France. A la première séance, j’interviens pour insister sur le caractère expérimental du programme scientifique puis d’autres animations sont données par le parc de Zoodyssée. Les enfants prennent le relais en installant les nichoirs dans leurs jardins selon des consignes précises. Ils observent l’habitat en inscrivant le temps d’observation, les indices retrouvés tels qu’une pelote de réjection, des plumes ou encore les chants d’oiseaux entendus. Les données que les enfants saisissent sur internet sont directement transmises au CNRS de Chizé. Les objectifs et les démarches de la conservation de la biodiversité sont communs à tout le monde. Malheureusement, on parle de plus en plus d’actions à grande échelle, européenne ou mondiale. Pourtant, l’échelle locale est le meilleur moyen de sensibiliser les citoyens au rôle qu’ils ont à jouer pour favoriser la biodiversité dans, et autour de leurs villages. De plus, cela crée des relations sociales entre les habitants : certains qui ne s’étaient jamais rencontrés partagent leurs expériences avec leurs nichoirs dans les réunions organisées dans chaque commune. C’est d’ailleurs grâce à ces échanges que le projet fonctionne ! CNRS la chouette chevêche. le hibou petit-duc. les premiers résultats obtenus sont-ils en accord avec la prédiction scientifique ? Nous n’avons pas encore assez de remontées d’informations. Les participants oublient peut-être d’enregistrer leurs observations et dans ce cas nous irons faire nous-mêmes un échantillonnage cet été. De toute façon, il faut attendre pour analyser les résultats car les oiseaux occupent rarement les nichoirs la première année. Mais le volet pédagogique du projet est très important. Les bilans dans les écoles montrent des résultats très positifs. Les enfants parlent du hibou petit-duc avec enthousiasme et en savent souvent plus que n’importe quel adulte ! De nombreuses personnes se sont investies autour des «Nichoirs dans la plaine». Les étudiants du BTS en gestion protection de la nature du lycée agricole de Melle ont organisé un concours de bande dessinée. Un film documentaire sur la participation des enfants et des enseignants a été réalisé par les étudiants du master Réalisation de documentaire option cinéma animalier de l’Institut français de formation au cinéma animalier de Ménigoute (Iffcam). L’Institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement (Ifrée) travaille sur des outils pédagogiques qui seront mis sous forme de CD-Rom à la fin du programme afin d’être utilisables par d’autres régions. Nous sommes d’ailleurs sollicités pour une collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle qui met en place un programme similaire dans Paris intitulé «biodiversité en ville». C’est très encourageant ! Nous voulions montrer qu’un tel projet est réalisable ailleurs grâce aux collectivités, à l’Education nationale, à la presse et aux citoyens. Si la composante biologique de la biodiversité est connue, sa composante sociale est tout aussi intéressante. n ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■ 57 le projet sert-il d’exemple ? J. Auger