images question d’échelle « q uand on commence à faire du documentaire animalier, on a toujours tendance à vouloir faire du gros plan», explique Nicolas Vrignaud. Avec ce type de cadrage, le spectacle de la nature s’offre alors dans le moindre détail et l’infiniment petit investit la totalité de l’écran. Dans son film d’étude, le réalisateur issu de l’Iffcam (Institut francophone de formation au cinéma animalier à Ménigoute) suit à la loupe les évolutions de son personnage principal : le bigorneau. Peu enclin à interviewer des spécialistes, Nicolas Vrignaud a envie que «ce soit l’image animalière qui parle». Sa palette de plans ne se limite pour autant pas au gros plan et l’un des principaux intérêts d’Une spirale dans l’océan est bien de varier les échelles. Entre la spirale du cosmos et celle que dessine la coquille du gastéropode marin, son documentaire suggère analogie et continuité. Dans cet équilibre entre macrocosme et microcosme, il y a un hiatus que l’on commence à connaître : l’action de l’homme. «C’est difficile de réaliser un documentaire animalier sans parler de l’activité de l’homme nicolas vrignaud et le bigorneau. qui perturbe son milieu», explique Fabien Mazzocco qui fut de la première promotion de l’Iffcam (2004-2006). Tourné dans la Brenne, son film d’étude La soif du Marais met en cause la gestion de l’eau liée à la mise en culture de cette zone. Qu’ils dénoncent un fait précis ou donnent à voir de manière plus poétique la fragilité de l’équilibre naturel, les documentaires sur l’environnement sont «éminemment politiques» selon Dominique Brouard, directeur de l’Iffcam. «L’environnement est un thème qui dérange. Quand on aborde ces questions, on pose un certain nombre de problèmes qui touchent des intérêts aussi bien économiques qu’électoraux, et qui impliquent des changements de pratique.» Consciente de l’âpreté du parcours pour les jeunes réalisateurs et des difficultés pour les productions non standardisées et les documentaires engagés en particulier pour se faire diffuser en télé, la direction de l’institut est devenue plus sélective dans son recrutement. La promotion actuelle ne compte que 8 étudiants contre 12 lors de l’ouverture en 2004. Cet institut sans réel équivalent dans le monde est né dans le sillage du Festival international du film ornithologique de Ménigoute et bénéficie du partenariat de l’Université de Poitiers. Côté réalisateurs, différentes sensibilités se côtoient. Quand il intègre l’Iffcam en 2004, Olivier Barbier est un cameraman confirmé, qui travaille pour la production audiovisuelle. A l’âge de 43 ans, il souhaite se former en tant que réalisateur. Depuis 20 ans, il travaille à Paris et se rend bien compte qu’il a alors perdu le contact avec la nature auprès de laquelle il a grandi en Haute-Savoie. Suite à son passage à l’Iffcam, il estime s’être «découvert un intérêt pour l’environnement». Son film d’étude est un zoom sur le ver de terre : Les intestins de la terre. Il démontre de manière très éclairante le rôle majeur de cette petite bête dans la régénération des sols et l’écoulement de l’eau. Diffusé dans une trentaine de festivals nationaux et internationaux, il a reçu pas moins de sept prix. «Durant la réalisation du film, j’ai été surpris d’apprendre à mon âge des choses aussi fondamentales sur la vie», se rappelle Olivier Barbier. Son camarade de promotion Nicolas Vrignaud a suivi un parcours pratiquement opposé. Depuis son enfance dans l’île de Ré, il a toujours pris un grand plaisir à contempler la nature. Récemment, il est resté en veille 48 heures dans son jardin, à Poitiers, afin de capter en images le bref moment – cinq minutes – où la larve du papillon machaon forme sa chrysalide. Naturaliste dans l’âme, il a trouvé dans la vidéo un moyen d’exprimer sa vision du monde et ses convictions. «Dans mes films, j’ai envie de faire des parallèles entre notre comportement et celui des bêtes. De l’insecte à l’oiseau, tous font leur toilette comme nous. C’est un peu le contre-pied de l’anthropomorphisme.» En s’attardant sur la nature, la caméra de ces réalisateurs remet l’homme à son échelle : celle de vivant parmi les vivants. Alexandre Duval iMages de sciences sciences de l’iMage page de droite, prunier sauvage en Alexandre Duval fleurs. Photographie de Marc deneyer pour la Biennale internationale d’art contemporain 2009. la deuxième édition «Images de sciences - Sciences de l’image» se tiendra du 19 au 23 octobre 2009 et aura pour thème la biodiversité. Créée en 2008, cette opération de communication scientifique est mise en place par l’Espace mendès France. Dans le domaine de l’audiovisuel, elle reprend le principe de «la science se livre» en mettant en jeu un réseau d’établissements scolaires dans l’ensemble de la région. Il leur est proposé de choisir un film parmi une dizaine de productions (films diffusés en salle ou issus des services audiovisuels d’organismes tels l’IRD ou le CNRS), l’Espace mendès France se chargeant de trouver un intervenant (chercheur, réalisateur...) pour accompagner la diffusion. Nicolas Vrignaud s’est prêté au jeu l’an passé avant de rejoindre le comité de sélection. En 2008, cette opération avait touché 2 000 personnes. Contact : christine.guitton@emf.ccsti.eu www.maison-des-sciences.org Nicolas Vrignaud 10 ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■