collectif BENoîT PERRAuD L’utopie pour objectif U n plan fixe sur un squat. Voilà ce que Benoît Perraud découvre quand il récupère fin 2005 le développement d’une pellicule Super 8, dernier témoignage de son récent séjour en Espagne. Commentaire autocritique amusé du réalisateur : «J’essaie de faire un pseudo panoramique et puis je me rate. Du coup, je répète mon geste, et puis au moment où je commence à zoomer, plof ! la pellicule se finit.» Même écourtée et maladroite, cette image suffit à exercer sur lui une certaine fascination. «Elle m’a beaucoup parlé. Je me suis dit que si je ne connaissais pas les gens de ce squat, quelque chose me rapprochait tout de même d’eux.» Même plan fixe, même lieu. Voilà comment débute le film Nécessaire(s) Territoire(s) que Benoît Perraud réalise en 2006. A travers l’exemple du squat, son film porte sur l’utopie. Une notion qu’il estime très actuelle car ne renvoyant pas à un lieu à jamais inaccessible mais davantage à un mouvement vers une façon de vivre meilleure. Lui qui a fréquenté des squats mais n’a habité dans aucun évacue vite toute tentation théorique. Il assume une approche plus personnelle et sa qualité d’observateur intéressé. «Alimenter ce mouvement vers l’utopie par du symbole est une façon de se réapproprier les choses… Ma façon à moi d’occuper l’espace, c’était de faire un film.» Avec ce courtmétrage, il clôt son master documentaire de création (Créadoc) à l’Université de Poitiers. En première année, il a fait plusieurs rencontres décisives qui ont pour dénominateur commun la Famille Digitale. En accord sur l’orientation politique et la manière de concevoir des documentaires, il rejoindra en septembre 2006 ce collectif de réalisateurs et leur toit accueillant. Mise en commun des moyens par nécessité, alimentation des idées et coups de main par affinités, cette association s’inscrit dans une démarche où, de l’avant-projet à la diffusion d’un film, personne n’est indifférent au travail de l’autre. «Le fait d’être en groupe démythifie la réalisation d’un film.» Son interrogation sur les choix de vie qu’incarnent les squats n’est pas une œuvre strictement personnelle. Il la mène sur le terrain à travers la rencontre des membres du squat NUF666, «zone d’occupation temporaire» alors en train de se constituer à La Rochelle, et de témoins des squats d’activités politiques initiés plus tôt par le Dédal (Défense du droit au logement) à Limoges. Le reste, soit une bonne moitié des 21 minutes que compte ce film, est constitué d’images récupérées sur Internet. «C’était une manière de montrer qu’il y a des gens qui nous envoient des informations de partout et que nous pouvons nous les réapproprier à condition de prendre le temps de s’interroger sur ce que nous voyons et entendons.» On arrête tout, on réfléchit. Sans révérence excessive, Benoît Perraud assume l’héritage de 68 et plus largement des années 70. Un écho situationniste – voix off sur fond noir – plante le décor de Nécessaire(s) Territoire(s). Si le contexte a changé, il reste assez admiratif d’une époque où politique et esthétique étaient totalement imbriquées. «Aujourd’hui, on veut nous faire croire que la politisation est morte. C’est une bêtise. C’est juste que les mouvements s’organisent différemment.» En 2007, l’élection présidentielle est en vue et les 100 jours sont en marche. Cet ambitieux projet lancé par les Yeux d’Izo et soutenu par la Famille Digitale se propose de porter à l’écran la parole citoyenne sous la forme d’un compte à rebours précédant le scrutin. Côté caméra, Benoît Perraud donne la parole à Fatiha Drouche, membre de la CNT, sur la question de l’autogestion, et à voir un atelier de lecture réuni autour de l’œuvre de Marx. Formé également dans le domaine du son, il assure également la supervision technique des 100 jours. Cette action trouvera un prolongement avec les Actualités cinématographiques. Coordonné par les Yeux d’Izo, ce projet au sein duquel le jeune réalisateur s’inscrit naturellement a pour finalité une diffusion dans les salles de cinéma de la région à partir d’octobre 2009. Dans cette relecture engagée d’un genre ancien, l’ancrage local se fait évidence comme le plus court chemin vers l’utopie. Alexandre Duval festival raisons d’agir Du 9 au 11 avril, l’Espace mendès France accueille le Festival Raisons d’agir sur le thème : luttes, espérances, utopies (j’ai rêvé d’un autre monde). l’écrivain Annie Ernaux et le sociologue Gérard mauger sont invités (soirée du 9 avril) ainsi que de nombreux chercheurs en sciences sociales et documentaristes. Projection de Nécessaire(s) Territoire(s) et de 27 % (100 jours), de Benoît Perraud, le samedi 11 avril. Programme sur maison-dessciences.org 24 Alexandre Duval ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 84 ■