bande dessinée L’alchimie Dupuy-Berberian A Angoulême, le Festival ouvre «Deux» la grande exposition consacrée à l’œuvre à quatre mains de Philippe Dupuy et Charles Berberian, coprésidents de l’édition 2009 Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet « «Deux», exposition du 29 janvier à fin août. Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, 121, route de Bordeaux à Angoulême, 05 45 38 65 65 Commissariat : Dupuy, Berberian, Benoît Mouchart, scénographie : Mélanie Claude, production : Festival international de la bande dessinée. 16 e dessin, c’est comme la musique et contrairement à l’idée qui voudrait que le dessin annihile l’imagination, le dessin est évocateur ; il sous-tend l’imagination du lecteur et le porte.» Charles Berberian et son compagnon de création, Philippe Dupuy, ont été élus grands prix de la ville d’Angoulême en 2008. Les deux auteurs de bande dessinée coprésident, à ce titre, le jury du 36e festival et sont au cœur d’une grande exposition monographique intitulée «Deux». Sur 600 m2, avec force machinerie et des centaines de planches originales d’un graphisme élégant soumis, si nécessaire, à d’inventives distorsions, les pères d’Henriette et de Monsieur Jean dévoilent leur regard tendre, ironique, drôle, lucide sur leurs contemporains et sur eux-mêmes. Les deux auteurs célèbrent aussi, reconnaissants, les vertus d’un art vivant, théâtre d’une infinie liberté de création. Il y a, à côté d’eux sur cette scène féconde, Chaland, Denis, Benoit, Avril, Blutch, Menu, Gotlib, Giraud-Moebius... «Avec la bande dessinée, le plaisir de raconter est sans limites», reconnaît Philippe Dupuy. «Raconter en dessinant, c’est une manière de comprendre et de digérer le monde qui nous entoure», complète Charles Berberian. l Outre la particularité, intrigante, de travailler en chœur, sans rôle pré-établi et sans qu’il soit besoin d’explication – «on écrit tous les deux, on dessine tous les deux, cela tient un peu de la magie, le mot parfait est alchimie», confie Philippe Dupuy – les artistes disposent, à leur relatif jeune âge, d’une œuvre déjà vaste et multiple : histoires, chroniques du quotidien, récits autobiographiques, introspectifs, carnets de voyage (New York, Barcelone, Lisbonne, Tanger, Istanbul, publiés chez Cornélius), illustrations pour l’édition, la presse, la publicité, affiches de films... Les deux compères, de 48-49 ans, sont entrés voilà plus de deux décennies en bande dessinée. Après avoir lu – en plus de livres classiques – des comics, Pilote et Metal Hurlant. Des revues que Berberian qualifie de «carrefour culturel, porte d’entrée séduisante» vers toutes les disciplines artistiques. ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 83 ■ Dès l’enfance, confie-t-il, il a été attiré par les qualités spectaculaires, révolutionnaires du 9e art. Pour lui, Druillet était plus passionnant que Jules Verne, Blueberry plus idéal que n’importe quel western cinématographié et Gotlib étonnamment plus drôle que Louis de Funès. Formés aux arts, Dupuy et Berberian ont entamé leur parcours commun – aussi jalonné de productions individuelles dont le bouleversant et autobiographique Hanté (Cornélius, 2005) de Dupuy – en fréquentant le milieu des fanzines. Au début des années 1980, ils participent à la revue PLG puis au magazine Fluide glacial où ils créent le personnage d’Henriette. La justesse de ces histoires douces-amères qui parlent du mal-être pré-adolescent touche tous les publics. Naît ensuite Monsieur Jean, archétype de l’urbain rêveur. A travers lui et ses péripéties, les auteurs dressent un portrait plutôt tendre de la société. Depuis, leur trait s’est fait plus acide pour croquer, avec la même pertinence, de pathétiques bobos (Bienvenue à Boboland, 2008). En 1994, le duo se met en scène dans Journal d’un album. Le récit intimiste, semé de métaphores graphiques efficaces, est tour à tour grave et drôle, et publié par L’Association... lieu d’éclosion, avec d’autres, d’une nouvelle génération d’auteurs. «Les labels indépendants ont joué un rôle important à une époque où l’édition était monolithique. Ils ont amené la bande dessinée vers les lecteurs adultes que nous sommes devenus», constate Philippe Dupuy. L’exposition d’Angoulême, via une scénographie originale, offre à découvrir les multiples facettes et univers du tandem, lequel sera d’ailleurs présent pour réaliser une performance graphique quotidienne et actionner une machine géante... à dessiner à deux. n ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 83 ■ 17