recherche YVES JEAN la république des territoires y ves Jean, professeur de géographie et directeur de l’UFR sciences humaines et arts de l’Université de Poitiers, a codirigé La France, aménager les territoires (préface de Jean-Louis Guigou), ouvrage destiné aux étudiants de géographie, aménagistes, candidats au Capes et aux agrégations. L’Actualité Poitou-Charentes. – quel est le principal bilan de la décentralisation à la française ? yves jean. – L’ancien triptyque commune-département-Etat a été remplacé depuis près de vingt-cinq ans par le trio intercommunalité-région-Europe. En quelques années seulement, les communes ont transféré huit compétences aux structures intercommunales et ces dernières couvrent quasiment l’ensemble du territoire (33 636 communes appartiennent désormais à une structure intercommunale). Pourtant les intercommunalités sont les seules institutions qui prélèvent l’impôt sans que leur assemblée n’ait été élue au suffrage universel. Or, on peut considérer que construire une communauté nécessite une véritable représentation politique des citoyens. territorial de l’Etat s’accompagne d’un désengagement financier alors même que les transferts de compétences vers les régions, les départements, les communes et les intercommunalités sont en nette augmentation. Pour le géographe, il n’y a pas de découpage vertueux : les espaces d’action publique seront toujours en décalage par rapport aux mutations démographiques, économiques, sociales et culturelles des territoires ! L’enjeu ne consiste pas à redécouper tous les cinq ans le territoire mais à favoriser des politiques publiques basées sur l’articulation et la coordination des échelles d’action publique afin de renforcer les fonctions des territoires. Comment définiriez-vous les rapports entre l’Etat et les pouvoirs locaux ? quels sont les enjeux majeurs de l’aménagement des territoires aujourd’hui ? les vies D’anthelme collet jean-marie Augustin, historien du droit pénal à l’Université de Poitiers, raconte la vie d’Anthelme Collet, surnommé «le plus insigne escroc de france» en son temps, auteur d’innombrable délits, vols, usurpations de titres, et insaisissable dans sa fuite. L’histoire est basée sur des archives judiciaires mais aussi sur les propres mémoires de Collet. S’aidant de dizaines de gravures et de dessins d’époque, l’auteur replace le récit et les dialogues avec une grande précision dans le contexte historique de la france du xixe siècle. Les vies d’Anthelme Collet, escroc, bagnard, pédophile… geste éditions, 340 p., 22 e Il existe trois enjeux majeurs. Le premier consiste à articuler les échelles d’action publique, du local à l’Europe, en développant des projets territoriaux dont la finalité est d’améliorer le «vivre ensemble» à partir de concepts tels que l’équité, la solidarité, la laïcité, l’égalité. Cette articulation entre la mondialisation et le local doit valoriser les territoires, sans tomber dans le «tribalisme local» : si la République a besoin du territoire, le territoire doit être porteur des valeurs de la République. Le second défi concerne la nécessaire péréquation entre espaces riches et espaces pauvres afin de permettre à chaque habitant, quel que soit son lieu de résidence ou son statut, d’avoir les mêmes possibilités d’accès à l’éducation, à la culture, à la santé. Le troisième défi consiste à parvenir à ce que les habitants s’approprient les enjeux de la cité. que vous inspire le projet de réforme des collectivités locales prôné par le gouvernement ? Olivier Richet L’Etat a des difficultés à prendre au sérieux les nouveaux rôles des collectivités locales. Trop souvent, il impose ses décisions, se désengage, obligeant les collectivités à financer de nouvelles actions. Ce qui, au final, induit une méfiance grandissante des acteurs locaux. Au fond, l’Etat fonctionne trop souvent de façon vectorielle, verticale, alors que nous avons besoin d’un Etat animateur, garant de l’intérêt général, capable de développer des approches transversales, de coélaborer sur plusieurs années les politiques locales. Pour cela, une véritable mutation culturelle de l’Etat est nécessaire. Recueilli par Aline Chambras La France, aménager les territoires, dir. Yves Jean et martin Vanier, Armand Colin, 2008, 336 p., 28,50 e. les allégories dE LA RéPUbLiqUE Le comité Balladur et les premières propositions du Président de la République concernant la question de la bonne taille des départements et des régions françaises est un double leurre. D’une part, parce que cela permet de masquer la politique de déménagement du territoire (nouvelle carte de la santé, de la justice ou des armées) impulsée par l’actuel gouvernement, qui affaiblit les fonctions des villes, petites et moyennes. D’autre part, le désengagement L’étude des monuments aux morts du Poitou-Charentes a relevé 79 représentations allégoriques de la République sous les traits d’une femme aux symboles multiples. Mèrepatrie coiffée d’un bonnet phrygien levant le glaive victorieux, veuve voilée pleurant ses soldats disparus… Le service régional de l’inventaire nous invite par cet ouvrage à examiner les nombreux visages de la mémoire de la Grande Guerre. Les allégories de la République sur les monuments aux morts en PoitouCharentes, geste Editions, 72 p., 8 e 6 ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 83 ■ culture La justice en deux-Sèvres du Moyen-Age à 1958 l e catalogue La Justice en Deux-Sèvres du Moyen-Age à 1958 prolonge et complète l’exposition qui se tient aux Archives départementales, à Niort, jusqu’au 30 avril 2009. Cordonné par Brigitte Pipon, directrice des archives, ce projet collectif fait intervenir de nombreux spécialistes issus notamment de l’Université de Poitiers. L’évolution du système judiciaire français y est retracée en deux grandes périodes chronologiques, l’Ancien Régime et 1789-1958, tandis l’innocence poursuivie par le crime, bernard d’Agesci, 1803, tribunal de grande instance de Niort. qu’une troisième partie réunit des articles thématiques sur les peines et châtiments infligés aux condamnés. Au xive siècle, les premiers textes de droit sont consignés dans la Coustume du Poictou. Les diverses instances ecclésiastiques, royales et seigneuriales forment un ensemble très hétérogène. Jusqu’à l’harmonisation apportée par la Révolution, qui marque la séparation des pouvoirs, la justice rendue au nom du peuple français et non plus de Dieu, et la création des codes civil et pénal. Gravures, peintures, extraits de registres, les illustrations sont nombreuses et de qualité. L’analyse est ponctuée de coups de projecteurs sur les grands noms de la justice deux-sévrienne : la famille de magistrats Rouget, le juge résistant Delphin Debenest, le bourreau Anatole Deibler. De sordides faits divers sont relatés, comme les escapades meurtrières de Marseil Sabourin et la fusillade déclenchée en plein marché de Niort par Joseph Lauer, dernier condamné à mort du département, guillotiné en 1935. Aude Debenest La Justice en Deux-Sèvres du MoyenAge à 1958, geste éditions, 128 p., 23 e. 31e rencontres internationales Henri-Langlois l e festival international des écoles de cinéma, organisé au théâtre et auditorium de Poitiers (TAP) en décembre, a été marqué par la difficulté à départager les 23 réalisateurs en compétition et leurs courts métrages. Un exemple qui illustre la qualité des œuvres présentées est le documentaire Vayla (Bleu petrole) d’Elli Rintala, qui décrit la pollution de la mer par les navires pétroliers. Clean Up de Sebastien Mez, film explorant le système pénitentiaire des Etats-Unis avec un regard sarcastique, est un autre exemple de la qualité de la sélection. La nouvelle robe de Sergi Perez et The line de Kent Basset ont également marqué la compétition par l’intelligence de leur scénario. En ce qui concerne le palmarès, le prix du jury étudiant a été attribué à Brises d’Enrique Ramirez, une œuvre expérimentale qui aborde l’histoire du Chili avec un regard poétique. Auf der Strecke (Fausse route) de Reto Caffi a touché le public qui lui a décerné son prix. D’ailleurs, le film a également remporté le prix de la meilleure photographie. Espalhados pelo ar (dispersées dans l’air) de Vera Egito a été primé par le prix de la Découverte française pour sa légère mélancolie et son regard sur la féminité. Le court-métrage L’Innocence d’Adrien Charmot, étudiant en master Creadoc d’Angoulême, a reçu le prix du meilleur scénario pour la pertinence de sa narration et de son montage. Le documentaire Miyuki de Mink Liu a remporté le prix de la mise en scène pour son élégance et son originalité. En outre, le prix spécial du jury a été attribué à Forbach de Claire Burger, étudiante de la Femis, pour son juste équilibre entre fiction et documentaire, mais aussi pour la force de ses acteurs. Enfin, le grand prix du jury s’est vu par- tagé entre Stand Up de Joseph Pierce et Nagle na zawsze (soudain pour toujours) de Zbigniew Bzymek. Le premier film a su toucher les spectateurs par sa mise en scène vertigineuse et ses dialogues imprégnés de sarcasme. D’ailleurs, en remportant aussi la mention spéciale du jury du syndicat français, il aura la chance d’être présenté au Festival de Cannes. Quant au deuxième court métrage primé, il s’est distingué par sa mise en scène intelligente et son scénario poignant. Comme elles l’ont prouvé à nouveau cette saison, les Rencontres Henri-Langlois représentent une véritable fête du cinéma qui reflète l’intérêt de la ville de Poitiers pour le 7e art. C’est un festival qui soutient les jeunes réalisateurs et qui doit être soutenu par les jeunes spectateurs, grâce à leur présence devant le grand écran. Victoria Gerontassiou 7 ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 83 ■