bande dessinée Sébastien Chrisostome présence de malice Sébastien Chrisostome, auteur de bande dessinée en résidence à Angoulême, associe l’humour à la magie de la création Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet Nage libre, dessin, scénario, couleurs de Sébastien Chrisostome, éd. Sarbacane. Revue Au fil du Nil, n° 16, revue de l’EESI, 2006. 14 alicieux et aussi bondissant que les saumons de l’histoire qui, malgré moult péripéties, malgré le courant et le niveau d’eau, remontent les rivières jusqu’à leur zone de frayage... Avec Nage Libre, ouvrage de bande dessinée sorti au printemps, Sébastien Chrisostome a plongé avec humour dans l’océanesque sujet du sens de la vie. «Cette histoire animalière m’a permis de me concentrer sur ce qui, en l’homme, m’intéresse : sa primitivité. Tout ce que l’on fait répond au besoin primaire de se reproduire, de survivre», explique l’artiste de 28 ans, en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême. Marsha et ses deux acolytes plus aguerris, Josi et Monsieur Nale, saumons grands migrateurs – que l’on suppose atlantiques – sont donc les héros parodiques d’une aventure au long cours. Quête d’une mer salvatrice, semée de questionnements, d’échanges vifs et drôles, de dangers... même la mort de certains personnages, servie par un trait brutal et exutoire, prête à rire. Car pour Sébastien Chrisostome, l’humour est une manière de restituer le monde, ses expériences, et la bande dessinée lui semble, à cet égard, une complice idéale. Hypothèse : le 9e art, longtemps marginalisé, en aurait conçu une dimension humoristique, critique, intrinsèque. Ce qui n’exclut aucunement de son champ les sujets graves ou tragiques. L’auteur y lie sa propre m histoire : celle de l’adolescent qui, en classe, s’adonne à la bande dessinée satirique pour échapper à l’autorité scolaire. «On remplissait des cahiers de strips, d’aventures pas du tout réalistes, se souvient-il. Utiliser des séquences d’images pour exprimer des idées m’apparaît comme un procédé extrêmement naturel.» Tout enfant, Sébastien Chrisostome voulait déjà «faire de la bande dessinée». Il lit d’abord, surtout des romans d’aventure anglosaxons dont ceux de Jack London, dispose de peu de bande dessinée mais trouve «hypnotisant» le dessin de Franquin. Plus tard, il découvre Gotlib, Goossens, Blutch... dans Fluide Glacial, puis Baudoin et surtout Trondheim qu’il considère comme un auteur important, joueur et toujours inventif. Certains superhéros comme Watchmen, X-men ou Spiderman nourrissent également son imaginaire. De sa prime jeunesse à la publication de son ouvrage, Sébastien Chrisostome a toujours dessiné. Un temps attiré par la peinture, il a ensuite a travaillé, notamment comme graphiste, avant d’entrer – pour la BD – à l’Ecole européenne supérieure de l’image d’Angoulême dont il est sorti diplômé en 2006. Pour Nage libre, il a, dit-il, libéré plume et pinceaux des courants, s’est laissé bercer par les estampes de Katsushika Hokusai, les taches noires de Jack Kirby et les souvenirs chromatiques, acidulés, de l’enfance. Quant à l’humour dont il fait un langage, il en connaît, à l’heure d’ébaucher une nouvelle aventure grinçante sur le dernier couple de dodos, la fonction essentielle. «Je dois, pour être satisfait de mon travail, ressentir une magie, avoue Sébastien Chrisostome. Et cette magie survient rarement sans que je me fasse rire.» n ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 82 ■