centenaire
Entretien Victoria Gerontassiou Photos Christian Vignaud
Yvan Gallé
ent ans après sa naissance, le 15 avril 1907 à l’Isle-Jourdain, Yvan Gallé, un peu oublié du public poitevin, peut surprendre aujourd’hui par la quantité de ses dessins, mais aussi par la variété de styles employés. Depuis sa mort en 1975, ses peintures n’ont été exposées que deux fois, à Poitiers : au musée Sainte-Croix, en 1986, lors d’une exposition dédiée aux peintres régionaux puis à la galerie Carnot, en 1993, lors d’une rétrospective autour de son œuvre artistique. La maison du peintre, une sorte de musée privé, mais aussi un abri, un lieu de travail et d’exposition, constitue pour son fils un héritage précieux. Dominique-Ivan Gallé ouvre donc la porte de sa demeure, pour nous faire découvrir l’histoire toujours vivante de son père, un peintre à la fois talentueux et atypique par rapport aux attentes de la société de son époque.
peintre aux multiples visages
C
L’Actualité. – Quelle était selon vous la différence que votre père, Yvan Gallé, entretenait avec les autres peintres de sa génération ? Dominique-Ivan Gallé. –
UN ARTISTE PARADOXAL
Le portrait de l’artiste que nous livre son fils est détaillé dans le mémoire Yvan Gallé, un artiste paradoxal, de Jérémy Valadon, étudiant en histoire de l’art à l’Université de Poitiers : «Yvan Gallé a toujours été original. Le fait qu’il ne voulait pas rester enfermé dans une méthode fait partie de son caractère. En effet, il surprenait le public et déroutait les critiques qui n’arrivaient pas à le cataloguer. D’ailleurs, il a réussi à s’améliorer en adaptant plusieurs styles. Néanmoins, il a été plus novateur dans la publicité que dans la peinture, notamment dans sa manière d’organiser le contenu des affiches ou dans le titrage. Il était considéré comme un avantgardiste et aucune de ses publicités ne ressemble à une autre. Le courant de l’Art déco est celui qui le représentait le plus, mais là encore il changeait souvent de thématique. Par rapport à la société de son époque, nous pouvons dire qu’il avait un comportement excentrique. Il était en quête de modernité, d’une manière qui était en contraste avec le reste de la société. En effet, il aimait aller contre les conventions. Par exemple, il aimait le folklore poitevin, domaine que la plupart des locaux n’appréciaient pas. En outre, ses nus choquaient à l’époque le public, car pour eux ce type de peinture devait être académique...»
La société poitevine était assez bourgeoise, ainsi pour beaucoup d’artistes, la création et le travail étaient deux faits indépendants. En revanche, Yvan Gallé vivait de sa peinture. Sa passion constituait son travail principal. Il pouvait réaliser jusqu’à trois tableaux en une journée, selon les circonstances. Par ailleurs, ses peintures murales décoratives figuraient dans des lieux très divers. Sur un mur du restaurant Maxime à Poitiers il a peint la Bataille de Poitiers dans un style Art déco. La Chasse au Bitard est toujours visible sur un grand mur du restaurant universitaire Roche d’Argent. Un autre travail assez impressionnant est la décoration des appartements privés au château de Vayres. La fresque se situe dans la chambre où Jeanne d’Arc a dormi et le thème est directement inspiré de ce fait. Néanmoins, sa notoriété commence vraiment quand il a été choisi pour la décoration du pavillon du Poitou à l’exposition internationale de Paris, en 1937.
Quels sont les motifs récurrents de la peinture d’Yvan Gallé ?
Les sujets de ses œuvres sont aussi variés que les styles de peinture adoptés. Dans cette maison, le Cantique des cantiques constitue une œuvre dont le thème a été tiré de la Bible. Mais des éléments mythologiques sont souvent représentés dans les peintures d’Yvan Gallé, comme celle de la naissance de Vénus dans la salle à manger, la fresque évoquant l’âge d’or au rez-de-chaussée, ou encore le jardin des Hespérides dans la cage d’escalier. Les légendes de Poitiers ont aussi été un sujet d’inspiration pour Yvan Gallé, de même que l’histoire, la nature morte, ou des huiles ayant trait à la mer. Parfois quand il voyait un beau paysage, il le photographiait et essayait de représenter les couleurs. Il a fait quelques portraits, autoportraits ou nus qui ont été donnés aux amis ou qui ont été gardés dans la maison.
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Entre 1947 et 1950, Yvan Gallé a peint de grands décors muraux dans sa maison. La naissance de Vénus est représentée dans la salle à manger. La sculpture est signée Yvan Gallé ainsi que le mobilier, datant de la même époque.
Quels sont les différents styles de peinture adoptés par votre père ?
L’œuvre d’Yvan Gallé peut être divisée en deux périodes. La première est celle d’avant-guerre, pendant laquelle il a suivi son inspiration sans faire d’efforts pour plaire au public poitevin. Ainsi, la variété de styles montre une large gamme d’intérêts, qui ont tous un point commun, une tendance vers la peinture moderne qui n’intéressait alors pas beaucoup ses contemporains. Il a fait des gouaches de style onirique et cubiste (notamment pendant les années 1936-1942) ou encore futuriste et constructiviste, parallèlement à son travail de graphiste en publicité. Le trompe-l’œil l’a beaucoup intéressé et il a fait un certain nombre d’œuvres dans ce style. Tantôt il mettait l’ampleur sur les détails, tantôt sur le contraste des couleurs et sur la décoration. La deuxième période commence à partir de 1940, pendant laquelle il a pris une veine plus réaliste qui lui a apporté la notoriété. Toutefois, il a continué à employer cette diversité de styles dans des peintures qu’il réalisait pour lui et pour ses proches, tout en faisant à
la fois des œuvres plus conventionnelles. Pour ces dernières, qu’il a produites en quantités assez importantes pour être vendues à sa clientèle locale, il s’agissait notamment de fleurs, mais aussi de natures mortes, qui lui apportaient un plaisir particulier.
Quelle a été son expérience dans la publicité ?
A l’aube de sa carrière publicitaire, au début des années 1930, Yvan Gallé travaillait pour l’agence publicitaire Ariste. Au fil du temps, il a pu acheter l’agence et faire toutes sortes de publicités, pour des magasins de vêtements, des cafés, des restaurants, mais aussi pour la presse de l’époque. Il a fait des logos et des dessins publicitaires. D’ailleurs, à cette époque-là, il considérait la publicité comme la partie essentielle de son travail de dessinateur. «Une publicité sans dessin n’est pas une publicité», disait-il. Ainsi, il essayait d’approfondir ce domaine et de s’adapter aux courants de l’époque pour obtenir les meilleurs résultats. Comme à ce moment il était à son compte, son nom figurait presque partout, puisque tout ce qu’il faisait en publicité était obligatoirement signé. ■
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