culture
Entretien Astrid Deroost
ALEXANDRE CHEMETOFF
Un balcon ouvert sur la Charente
lexandre Chemetoff, architecte, paysagiste, grand prix national de l’urbanisme 2000, a redessiné le Champ de Mars, au cœur d’Angoulême. L’ensemble de la réalisation, conçue comme un parcours urbain, épouse la topographie de la ville et prolonge naturellement les cheminements existants.
A
L’Actualité – Votre intervention touche au cœur de la cité. Comment s’imprègne-t-on d’une identité urbaine ? Alexandre Chemetoff. –
Le projet du Champ de Mars est indissociable, dans ses conception et réalisation, du site tel qu’il était et de la ville telle qu’elle est. L’idée de créer un espace public en balcon ouvert sur la vallée de la Charente, est indissociable de la préexistence du site, de sa topographie... Tout dans la composition, la volumétrie, le dessin, le profil, le plan – et les matériaux –, est fait à partir de l’état des lieux, de leur identité, de leur texture, des différences entre un côté et un autre, entre un panorama et un autre. Cette manière de prendre position sur les lieux ne signifie pas un mimétisme par rapport à l’existant, un projet introduit toujours des différences et des nouveautés.
comme avant, une capacité de stationnement (500 places) et un espace public ouvert aux manifestations. Il y a aussi 19 logements... Toutes les fonctions de la ville contemporaine sont réunies : on est dans la recherche et la réalisation d’un programme composé, dans la mixité. Avant d’être un lieu de représentation comme l’étaient parfois les places, le Champ de Mars avait et garde sa vocation particulière qui est d’accueillir des événements. La grande place est composée et conçue techniquement pour recevoir le public. L’espace, autrefois encombré par les voitures, est devenu presque entièrement piéton. On a voulu que cet esprit d’espace public moderne pouvant recevoir des manifestations soit au cœur du projet. On a créé, non un centre commercial, mais une rue marchande en prolongement de l’axe principal... On a ajouté une rue dans la ville et une place ouverte sur le paysage, la lumière de la Charente.
Vous évoquez l’invention de formes nouvelles...
est une forme de cohérence entre le parti pris d’intégration et le fait que la construction soit la mise en valeur des traces de la fabrication de chaque chose. La charpente visible, le bois rétifié, la pierre appareillée avec un système de maçonnerie coffrée, le béton de site, le rapport de tous ces éléments entre eux, le fait de ne pas se référer à l’idée d’un décor ajouté mais faire en sorte que la mise en œuvre des matériaux devienne la thématique du décor... On est sur un léger décalage. Dans le centre, on est à l’intérieur d’un bâtiment et en continuité avec la ville, c’est dû à la façon dont c’est construit. L’idée de nouveauté tient aussi au fait de s’interroger : qu’est-ce qu’un ensemble de commerces si ce n’est une ville... Comme dans une ville, il y a des paramètres non maîtrisés et pourtant le projet d’une ville est de créer un ensemble, qui sans être homogène, est cohérent.
Comment mesurer la pertinence d’une intention puis de sa réalisation ?
Vous avez souhaité une réalisation intégrée à l’environnement.
Il y a une volonté très forte d’intégration et le désir d’apporter un élément visiblement nouveau. C’est un programme de création de commerces au cœur d’Angoulême, en prolongement de parcours existants dans la ville, et il propose,
La roche visible dans le parking, la galerie avec un sol en émaux de Briare, des serres horticoles pour entrées, l’omniprésence de la lumière naturelle... On est dans la recherche d’une forme de naturalisme. Il y a une volonté d’utiliser des éléments durables, naturels, des matériaux qui ne sont pas toujours associés à l’image courante de ce que sont aujourd’hui les centres commerciaux, ni les parkings, ni véritablement les espaces publics. La nouveauté
J’ai été très attaché au fait que ce projet soit à la fois un projet de construction, d’aménagement d’espace public, de fabrication, de support de programme d’activités, un projet vivant et toutes ces dimensions réunies ont effacé les lignes de partage entre les disciplines, entre le dedans et le dehors, les niveaux de rue et les points d’entrée des bâtiments... On entre partout de plain-pied, ce qui semble simple mais cela veut dire que le projet lui-même est conçu comme un projet relatif, il n’est pas simplement un objet mais une continuité véritable avec des niveaux qui sont étudiés comme une relation à tout le site. Il faut pour cela être autant préoccupé par le dedans que par le dehors et par la manière dont les deux se rencontrent. Au prochain Festival de la bande dessinée, on aura, pour la première fois au Champ de Mars, les bulles (chapiteaux) et une activité commerçante, avec notamment la librairie, juxtaposée, plus le parking. Tout à coup il y a une concomitance : on imagine les signatures, les gens qui sortent, vont de la bulle à une brasserie, puis dans les rues voisines... J’aime ce mélange des fonctions et l’idée que ce soit la ville qui fasse le lien.
Alberto Bocos
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 78 ■
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04/10/2007, 19:23