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Tonneaux et canons En septembre, l’association La route des tonneaux et des canons du Périgord-Limousin-Angoumois vers l’Atlantique célèbre les échanges qui se faisaient jadis entre terre, mer et fleuve au port l’Houmeau d’Angoulême Par Astrid Deroost Photo Marc Deneyer
Les 7 et 8 septembre 2007, La route des tonneaux et des canons du PérigordLimousinAngoumois vers l’Atlantique propose une série d’animations sur le thème des rencontres et des échanges au port l’Houmeau d’Angoulême. Programme complet sur www.la-rtc.org 98
vec la rigueur des explorateurs et la bonne humeur attachée à l’entreprise bénévole, les membres de l’association La route des tonneaux et des canons du Périgord-Limousin-Angoumois vers l’Atlantique invitent à la redécouverte de l’histoire. Celle qui, portée par la construction de l’arsenal de Rochefort à partir de 1666, fit du bassin de la Charente et des campagnes alentour – périgourdine, limousine – une florissante zone d’activité. La stratégie colbertienne profita en effet des ressources naturelles (minerai de fer, bois, énergie hydraulique) disponibles sur place et de l’industrie sidérurgique subséquente, répartie dans de très nombreuses forges-fonderies. Le fleuve, quant à lui, s’offrait, navigable d’Angoulême à Rochefort. Et protecteur en son estuaire. «A Rochefort, il n’y avait que des habitants et de la vase, explique Jean-Pierre Réal, président de l’association. L’arsenal sortait de terre, tout ce qui était nécessaire à la construction, à l’avitaillement et à l’armement des bateaux passait par cette route économique.» Moins d’un siècle plus tard (1751), le marquis de Montalembert rationalisait d’ailleurs offre et demande en canons et autres boulets en créant la fonderie royale de Ruelle-sur-Touvre... actuelle unité de la Direction de la construction navale (DCN) échouée, pour cette raison, en pleine terre. Les canons et les tonneaux, produits emblématiques de savoir-faire locaux traditionnels, ont donc inspiré à l’association la remise en mémoire d’une route terrestre, fluviale, maritime à des fins touristiques et culturelles.
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En septembre prochain, l’association propose sa troisième manifestation historico-festive. Pendant plusieurs jours, des gabares et autres gréements remonteront la Charente. Depuis l’amont, une vingtaine d’attelages les plus divers – tirés par des chevaux, des ânes, des bœufs, des chèvres – viendront des campagnes. «On a lancé un appel à toutes les communes afin qu’elles fassent des charrettes porteuses de leur identité, de leur patrimoine (clous, cloches, couteaux...), de vieux métiers», précise Jean-Pierre Réal. Bateaux et équipages convergeront vers Angoulême et son port, l’Houmeau, jadis point de rencontre entre terre, fleuve et mer et lieu de tous les échanges. Les charrettes et fardiers y déversaient des canons de marine, du bois destiné à la charpenterie de marine, d e s merrains pour les tonneaux, indispensables packagings au transport de la poudre, de l’eau, du vin, des eaux-de-vie, des viandes salées... De l’Houmeau, la batellerie de gabares transportait les biens et denrées jusqu’à Rochefort, non sans rentabiliser la «remonte» du fleuve en acheminant, vers les hautes vallées du Périgord-Limousin-Charente, du sel, du poisson ou des saveurs épicées venues d’outre-Atlantique. L’installation des canons à bord des vaisseaux de la Royale de Louis XIV se faisait ensuite à l’île d’Aix. Aujourd’hui encore on trouve des canons de la région un peu partout et notamment dans les forts caribéens. Outre l’activité marchande, qui déclina à la fin du XIXe siècle, la redécouverte de la route dévoile toute une architecture liée à l’industrie sidérurgique – forges, maisons de maîtres de forge, hauts-fourneaux, lavoirs, halles à charbon – parfois préservée comme à Etouars, Javerlhac, Feuillade... Et la physionomie du fleuve Charente – tracé, écluses, ports – prend tout son sens. «Tout est lié à cette route économique, constate JeanPierre Réal. Elle a ouvert notre région au monde.» ■ A lire : Au temps où le Périgord-Limousin-Angoumois canonnait en Atlantique, du fer et des canons pour Sa Majesté, par Christian Magne, ethnologue et directeur du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement du Périgord-Limousin.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
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Le sérieux de l’histoire Valoriser un patrimoine, avec la participation active des communes (une soixantaine) de Dordogne et des deux Charentes traversées par la route des tonneaux et des canons (RTC) du Périgord-LimousinAngoumois vers l’Atlantique, fédérer des initiatives avec pour fil rouge, le sérieux de l’histoire... telles sont les aspirations des membres fondateurs de la RTC. Créée en 2001, l’association a organisé son premier événement en 2003, de Nontron (24) à Rochefort. Les bénévoles ont traversé villes ou villages avec fardiers et chevaux, puis descendu le fleuve en gabare afin de livrer matériaux et armement au chantier de la frégate Hermione. En 2005, les attelages sont partis de Nontron et de Combiers pour rejoindre Angoulême. Les marchandises embarquées sur les gabares ont, cette fois, fait route fluviale et maritime jusqu’à l’île d’Aix. En plus des manifestations destinées à propager un passé retrouvé, l’association a formé des groupes de recherche – ferraille, batellerie fluviale, attelage, arsenal militaire, outre-mer – et projette d’élargir son champ d’action au-delà des mers, par exemple d’Angoulême à la Nouvelle Angoulême, nom donné en 1524 à la baie de New York par le navigateur italien, Giovanni da Verrazano, en hommage à François Ier financeur de son expédition. Un jumelage entre le fleuve Charente et la rivière Richelieu, affluent du Saint-Laurent, est également prévu pour 2009 et la RTC sera présente pour saluer le départ de l’Hermione vers l’Atlantique, programmé pour 2011.
Au bord de la Charente à Rochefort, le jardin des Retours, créé par Bernard Lassus à la Corderie royale.
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