huguenots
André Benoist évoque la vie rurale entre Niort, Saint-Maixent et Melle, foyer protestant qui a durement subi les dragonnades en 1681 et 1685
Entretien Alexandre Duval
Cultures et religions des paysans
O
riginaire de La Crèche dans le sud des DeuxSèvres, l’historien André Benoist a consacré deux ouvrages aux paysans de sa région d’origine. Il revient sur deux de ses principaux axes de recherche : l’histoire agraire et le protestantisme au cours du XVIIe siècle.
L’Actualité. – Comment caractériser le sud des Deux-Sèvres au André Benoist. –
XVIIe
siècle ?
André Benoist a publié chez Geste éditions en 2005 et 2006 deux livres issus de sa thèse d’histoire moderne : 1. Paysans du SudDeux-Sèvres, XVIIeXVIIIe siècle. La terre, les traditions, les hommes.
Il s’agit tout d’abord d’une région de plaines, c’est-à-dire selon la terminologie de l’époque le contraire d’une région bocagère. Alors que dans la moitié nord des Deux-Sèvres, c’est-à-dire en Gâtine et dans le bocage bressuirais, tous les champs sont entourés de haies, ceux de cette région du sud, comprise entre Niort, Saint-Maixent et Melle, sont ouverts. Là, on cultivait du blé et de l’orge de printemps alors appelé baillarge selon le principe de l’assolement triennal. En raison de cette mise en valeur spécifique de la terre, chaque paysan du sud des Deux-Sèvres devait pratiquer le même type de culture que son voisin. Quand tous les champs étaient incultes, les troupeaux du village se promenaient librement sur la jachère collective selon le principe de la vaine pâture, encore appelée droit de parcours. En raison des haies, ceci n’était pas envisageable en Gâtine et dans le bocage bressuirais. Les coutumes y étaient donc beaucoup plus individualistes.
Comment était structurée la vie d’un village ?
étaient loués à certaines foires dites d’accueillage afin de travailler dans des métairies. Ils étaient payés autant pour les trois mois d’été que pour les neuf autres mois de l’année. Durant l’été, le travail était plus dur, concentré sur une durée plus courte et entraînait par conséquent moins de frais de la part du maître de la métairie vis-à-vis de la subsistance du domestique. Les fils de fermiers commençaient eux-mêmes comme domestiques, soit chez leur père, soit dans une autre métairie. Le plus souvent, la métairie appartenait à un bourgeois campagnard ou à un noble qui habitait parfois très loin. Certains métayers étaient toutefois assez riches, les plus fortunés étant ceux qui élevaient des mules, qui se vendaient alors cinq à six fois plus cher que les chevaux.
Quelle rôle a pu jouer la religion ?
2. Paysans du SudDeux-Sèvres, au XIXe siècle. L’esprit de progrès (17891880).
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L’étude de la population rurale du sud des Deux-Sèvres à cette époque révèle qu’il n’existait pas de catégories bien tranchées en son sein. Par exemple, il n’y avait pas de domestiques de père en fils. C’était d’ailleurs impossible. Pour se marier, les domestiques devaient attendre de quitter cette condition, c’est-àdire devenir notamment journaliers, situation moins mal rémunérée mais très précaire. Les domestiques
Tandis que les agriculteurs du nord des Deux-Sèvres étaient en majorité catholiques, le sud était surtout peuplé de protestants depuis le XVIe siècle. En 1681, les dragonnades officiellement envoyées par le roi ont débuté dans le Poitou avec un objectif très précis : obliger les protestants à abjurer. Ce moyen de pression était déjà employé pour obliger les gens à payer leurs impôts ou pour réprimer une sédition. Comme dans les campagnes, il n’existait pas de caserne, les troupes étaient logées chez les habitants, dont on souhaitait obtenir l’obéissance, jusqu’à ce que les impôts soient payés ou que le calme soit revenu. Suite à une querelle entre le gouverneur de Niort et celui de Poitiers, la cité des Deux-Sèvres avait déjà été le théâtre d’une dragonnade en 1662. En 1681, les protestants durent eux-mêmes supporter les frais entraînés par l’hébergement de régiments entiers de dragons envoyés dans le sud des Deux-Sèvres. Au fur et à mesure des abjurations, ces soldats venaient grossir les rangs à la table des familles qui ne s’étaient
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pas encore converties au catholicisme. Bien souvent, les dragons se montraient brutaux avec leurs hôtes et les effets d’une telle pression ne se sont pas fait attendre. En 1681, environ 36 500 personnes abjurèrent suite aux dragonnades menées dans le Poitou. Quatre ans plus tard, les dragons sont revenus afin de pousser à la conversion ceux qui s’y étaient refusés en 1681 et qu’on appelait alors «opiniâtres». Les effets ont été radicaux : presque tous ont abjuré à l’instar de ce qui se produisait à l’échelle du royaume. En 1685, Louis XIV, estimant que les protestants étaient maintenant en nombre négligeable, révoqua l’édit de Nantes avec les conséquences que l’on connaît : l’interdiction du culte protestant et l’obligation pour les pasteurs de quitter la France.
Quel éclairage nous donne l’étude des dossiers fiscaux sur cette période ?
les agriculteurs protestants convertis voyaient leurs impôts ramenés à un montant pratiquement nul. C’est le cas par exemple du métayer Allix à Cherveux dont les impositions directes chutent de 130 livres en 1680 à 5 livres en 1683. A l’échelle d’un village, il y avait une somme totale d’impôts à payer. Par conséquent, à chaque abjuration, la charge fiscale des «opiniâtres» augmentait d’autant. Lors de leur retour en 1685, les dragons disposaient, grâce à ces rôles de la taille, de la liste de ceux qui ne s’étaient pas convertis. Au besoin, les curés se chargeaient de les renseigner.
Quelles ont été les conséquences de ces diverses pressions ?
Certains historiens prétendent que les impôts des protestants étaient déjà plus lourds que ceux des catholiques avant 1681. Personnellement, je ne l’ai pas constaté. En revanche les impôts furent un moyen de pression très fort entre 1681 et 1685. Les protestants ayant abjuré dès 1681 ont été appelés «nouveaux convertis». Cette classification «NC» se retrouve sur les rôles d’imposition, plus précisément de la taille, en marge du patronyme de certains chefs de famille. En face des autres, il y a la lettre «H», qui correspond à «hérétique» ou à «huguenot». Durant cette période,
Les habitants du sud des Deux-Sèvres ont gardé la mémoire de ces persécutions et notamment de celles qui ont eu lieu suite à la révocation de l’édit de Nantes. Les dragons ont en effet réprimé l’Eglise du désert, c’est-à-dire ces assemblées secrètes tenues la nuit par des prédicants protestants dans des lieux reculés. Autant de mauvais souvenirs qui expliquent en partie pourquoi les protestants ont adhéré facilement à la Révolution et à ce qu’elle entraînait : la chute de la royauté. Ils se sont engagés massivement dans des milices pour lutter contre les Chouans alors que les habitants du nord se sont rapprochés des Vendéens. Aujourd’hui encore, on peut noter dans les Deux-Sèvres des différences notables à chaque élection entre un sud qui vote le plus souvent à gauche et un nord à droite. ■
Les nouveaux missionnaires,
gravure d’Engelmann, 1686. Musée de la France protestante de l’Ouest, Chantonnay.
Marc Deneyer
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