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Par Céline Rault
L’évolution du port de Saint-Martin port Saint-Martin G râce à différents plans de SaintMartin-de-Ré datés du XVIIIe siècle, une étude sur l’évolution du port a pu être réalisée. Ils se trouvent dans la série 12 J des archives du génie de La Rochelle conservées aux Archives départementales de la Charente-Maritime. Cette série peu exploitée regorge pourtant de documents très intéressants. Le port de Saint-Martin, au XVIIe siècle, revêt un aspect complètement différent de celui qu’on lui connaît aujourd’hui. D’ailleurs, le terme de port n’est pas approprié. Il s’agit plutôt d’un «havre» selon les termes de l’époque, qui aurait été creusé en 1597. En 1627, ce n’était en fait qu’un large chenal qui se terminait par un fin lambeau de terre sur lequel se situaient un petit pont de bois et un moulin à marée. Ce moulin séparait le chenal de son bassin d’éclusage autrefois appelé «petit réservoir pour servir au nettoyement du havre». Le havre d’Ars fonctionnait de la même manière. Les seuls plans connus du moulin à marée de Saint-Martin-de-Ré datent de 1715 et au-delà. Il servait à réguler le débit d’eau que l’on faisait sortir à marée basse du petit bassin d’éclusage. Appelé chasse, ce phénomène permettait d’entretenir le chenal et d’éviter qu’il ne s’envase. Le havre n’était pas protégé des assauts de la mer. La côte arrivait directement au pied des maisons qui se trouvaient le long du littoral. C’est seulement après avoir terminé la citadelle et une partie de l’enceinte de la ville que l’on revêtit le port de pierres de taille – amélioReprésentations du havre de Saint-Martin en 1627 (en haut) et dans les années 17501760 (en bas). Document daté de 1763, réalisé par l’ingénieur militaire Bonanaud. (AD 17 - 12 J 120 art. 21)
ration due à l’intendant Arnoul. A partir de 1685, les quais sont revêtus de maçonneries, les matériaux utilisés proviennent en partie de l’église en ruine. On construit également des quais et des cales car jusqu’à présent les bateaux ne pouvaient accoster correctement à l’intérieur du havre. Le 6 juillet 1685, les sieurs Boyer et Lezeaux obtiennent la charge des revêtements et de l’entretien des quais. Et l’on
Plan et coupe du moulin à marée du havre de Saint-Martin, 1715. Auteur inconnu. (AD 17 - 12 J 128 art. 13)
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Deux projets d’estacades censées protéger l’entrée du port de Saint-Martin. (AD 17 - 12 J 130 art. 54)
peut désormais parler de port, car le havre est maçonné et compte deux bassins distincts au lieu d’un seul réservoir d’éclusage. Le petit réservoir a d’ailleurs été agrandi jusqu’au rempart nouvellement construit. Le rempart entourant les deux réservoirs a exigé un travail considérable car il empiète sur la mer. Entre les deux bassins, une digue avec un pont servit au transport de la terre pour former les remparts. Vauban ordonna de détruire la digue une fois les fortifications terminées afin de donner un plus grand volume d’eau. L’aménagement du port en 1685 fut réalisé aux frais des habitants, et plus particulièrement ceux qui demeuraient autour du havre. En contrepartie, chaque maison située le long du chenal pouvait posséder une cale à charge de l’entretenir. En comparant les plans et le plan-relief de Saint-Martin, on compte une vingtaine de cales de tailles différentes. C’était
le premier port marchand de l’île de Ré. A partir de 1715, l’actuel îlot de SaintMartin commence à se développer et l’on crée une petite écluse en avant du moulin à marée afin d’améliorer son fonctionnement. Cette écluse sera détruite au XIXe siècle puis remplacée par un pont. Le second bassin était desservi par une rue qui facilitait ainsi l’accès à une grande quantité d’eau en cas d’incendie des magasins proches. En 1759, le petit bassin se comble de plus en plus car les immondices et décombres de la ville y sont jetés. A partir de 1685 et jusqu’ au XVIIIe siècle, le port était composé d’un chenal et de deux bassins annexes mais il existait également un autre réservoir d’eau appelé é g a l e m e n t flaque et composé d’eau douce. Cette flaque se situait face à l’arsenal, actuel musée Ernest-Cognacq, à l’emplacement du parc de la Barbette. Devant à la fois contrôler le flux de mar-
chandises et se protéger de l’extérieur, le port possédait un système de fermeture, à savoir une chaîne. Deux autres systèmes de clôture plus efficaces furent également soumis. Ces systèmes sont appelés estacades. On ne sait pas lequel de ces deux systèmes fut retenu et même s’il fut réalisé. Mais des documents les illustrent parfaitement. L’étude du port est bien plus explicite grâce aux plans et documents iconographiques qui précisent et illustrent parfois ce que les textes survolent. L’entrée du port de Saint-Martin et la chaîne permettant de le fermer au XVIIIe
siècle. (AD 17 - 12 J 130 art. 53)
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maquette
Par Céline Rault
Le plan-relief de Saint-Martin-de-Ré L e plan-relief est un outil ou plutôt une source trop souvent négligée lorsque l’on réalise une étude historique et topographique. Il a cependant l’avantage de permettre une visualisation en trois dimensions de la topographie d’un bourg et de ses bâtiments aujourd’hui disparus ou ayant subi des modifications. L’expression «plan-relief» est une terminologie administrative utilisée depuis le XIXe siècle. Aux XVIe et XVIIe siècles, on parle de modèles, de plans ou simplement de reliefs. C’est une maquette de ville fortifiée représentée ou non avec sa campagne environnante mais cela peut être aussi un élément isolé tel qu’un fort. Les plansreliefs sont apparus avec la fortification bastionnée, ils offrent une vision aérienne et globale des lieux qu’ils représentent. La collection des plans-reliefs commence en 1668 avec la commande que Louvois, secrétaire d’Etat à la guerre, passe à Vauban du plan-relief de Dunkerque. Les premiers plans-reliefs ont pour objectif d’accompagner les travaux de fortifications menés par les ingénieurs du roi dans les places fortes des Flandres espagnoles obtenues à la fin de la guerre de Dévolution (1667-1668). Les plans-reliefs des places et des forts de la façade atlantique (Château-d’Oléron, fort de la Prée…) sont construits entre 1700 et 1705. C ’ e s t à l’ingénieur Jean-François Montaigu que l’on doit la réalisation du plan-relief de Saint-Martin-de-Ré en 1703 (restauré en 1771, 1920 et 1936). Il ne reste malheureusement aucun document préparatoire à sa fabrication car, avant toute création, une série de plans, coupes, profils et de mémoires étaient réalisés. L’étude de l’objet mériterait d’être approfondie. Quelques éléments intéressants y figurent. Tout d’abord l’enceinte bastionnée qui entoure la ville et qui illustre le premier système fortifié de Vauban. Edifiée de 1681 à 1685, l’enceinte fut renforcée dans son angle nordest par la construction d’une citadelle. Celle-ci possède sa propre «maquette», datant du XIXe siècle. Les portes de la ville sont minutieusement représentées. Ainsi on remarque un pont de bois devant la porte des Campani, le pont de pierre sera réalisé en 1780. On aperçoit au niveau de la place d’Armes, actuelle place de la République, le couvent des Dominicains et son cloître qui seront totalement détruits lors d’incendies de 1891 à 1940. Un des éléments les plus étonnants est sans conteste l’église : son orientation est différente de celle d’aujourd’hui, l’entrée principale se situe sur la façade nord et le clocher est placé dans le transept sud mais celui-ci est peut-être resté à l’état de projet. En effet la construction d’un clocher sur le transept sud est proposée en 1700 mais, sept ans plus tard, le curé insiste pour que l’on dote l’église Saint-Martin d’un clocher lorsque le campanile en bois de l’église Saint-Louis s’effondre en 1707. Le plan-relief nous permet de voir l’église Saint-Louis qui servit également de lieu de culte protestant. Située à côté de l’église Saint-Martin, elle fut démolie en 1852 par Cognacq-Bernard, entrepreneur en maçonnerie. Notons un autre élément surprenant : l’emplacement de la poudrière… à l’opposé de sa situation réelle. Plusieurs plans du XVIIe siècle ont cependant démontré que le projet d’une deuxième poudrière avait été émis à plusieurs reprises mais resta à l’état de projet. Cela rend relative la véracité du plan-relief, d’autant que des ajouts ont été réalisés après sa création. Il n’en reste pas moins que les plansreliefs sont de véritables sources d’études et de merveilleux objets d’exposition.
Le plan-relief de Saint-Martin (5,36 x 3,73 m). www.museedesplansreliefs.culture.fr
Musée des Plans-Reliefs - Christian Carlet
Musée des Plans-Reliefs - Christian Carlet
Thierry Girard
Céline Rault a étudié la représentation cartographique de l’île de Ré aux et XVIIIe XVIIe
siècles, dans le cadre de son
master d’histoire (dir. Didier Poton) à l’Université de La Rochelle. 40
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