classicisme
Par Jean-Luc Terradillos
Peintures redécouvertes L e XVIIe siècle a tellement été balisé par les études de toute nature qu’on pourrait croire qu’il n’a plus rien à donner. Pourtant, quand la curiosité, le hasard et la connaissance se télescopent, le Grand Siècle peut offrir de belles surprises. Ainsi en est-il en Charente. En 2001, lors d’une visite de l’église de S a i n t - A m a n t - d e - B o i x e , Dominique Peyre, conservateur régional des monuments historiques à la Drac PoitouCharentes, remarque «un tableau posé à plat sur l’armoire de la sacristie». La peinture, de taille moyenne (78 x 100 cm), représente l’extase de sainte Thérèse dont la composition est inspirée par celle du Bernin. Le conservateur juge qu’elle mérite d’être restaurée. Et peu à peu, cette honorable peinture de fonds de sacristie va changer de statut et de place. «Il a d’abord fallu convaincre de l’intérêt de restaurer le tableau afin d’en obtenir le financement, note Dominique Peyre. Ce fut possible en 2004 et 2005 et la restauration a révélé l’œuvre, d’une grande qualité picturale.» Les historiens d’art consultés y ont vu quelque chose qui ressemblerait à la peinture de Gérard de Lairesse. Né à Liège en 1640, mort à Amsterdam en 1711, c’est un peintre important, on l’a surnommé le «Poussin hollandais». Il s’agirait donc d’une bonne copie. Pourrait-il en être autrement dans cette petite église charentaise ? Mais il se trouve qu’un historien d’art, Alain Roy, a consacré sa thèse au peintre, au début des années 1990. Il a formellement identifié ce tableau comme un authentique, peint vers 1670-1675, dont le dernier signalement en date était à Liège en 1810. «Comment expliquer la présence d’une telle œuvre à Saint-Amant-de-Boixe ? s’interroge Dominique Peyre. Peut-être le don d’une famille aristocratique, comme souvent, mais rien ne le prouve.» Que faire maintenant de ce tableau qui représente une petite fortune ? Impossible de l’exposer dans l’église pour des raisons de sécurité. Il pourrait enrichir avec éclat le futur musée rénové d’Angoulême mais la commune dépositaire qui a participé au financement de la restauration en veut pas s’en séparer. Pour l’instant, la superbe Extase de sainte Thérèse est conservée en lieu sûr mais invisible au public. Autre exemple moins prestigieux : deux bustes reliquaires d’un grand retable de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers sont actuellement entre les mains expertes d’Aude Vieweger de Cordoüe. Avec des outils de dentiste, la restauratrice est en train de mettre au jour la peinture originale du XVIIe siècle qui avait été recouverte, certainement au XIXe siècle, d’une ignoble couche de peinture à la céruse grise. L’imposant retable avait été construit pour le couvent des Dominicains, en 1671, par Jean Bardou, sculpteur poitevin. Après restauration, les bustes-reliq u a i r e s , qui représentent Thomas d’Aquin et Pierre de Vérone, ne seront pas remis en place mais exposés dans le trésor de la cathédrale. Il arrive aussi que le chef-d’œuvre soit sous nos yeux, tellement familier qu’on n’y fait plus attention. A Poitiers, la chapelle des Jésuites (surnommée chapelle Henri-IV) accueille de temps à autre des expositions qui ont au moins le mérite d’ouvrir les portes et d’inciter à jeter un œil sur le grand retable baroque. Imaginons les lieux sans la poussière… Une étude préalable à la restauration de la chapelle a été lancée par Dominique Peyre. «C’est un ensemble exceptionnel, dit-il, unique en France. En effet, lors de l’expulsion des Jésuites leurs biens ont été dispersés mais à Poitiers un groupe de pression a permis de conserver la chapelle en l’état. L’édifice possède donc son décor d’origine, en particulier le grand tableau central de la Circoncision (342 x 201 cm) peint en 1615 par Louis Finson, un disciple du Caravage.» La savante composition du tableau s’inscrit dans l’architecture de la chapelle et, en donnant l’impression de prolonger la nef, elle crée un effet de perspective. Un énorme tabernacle a été placé devant la partie inférieure du tableau en 1684. D’autre part, un décor peint en trompel’œil est dissimulé sous le badigeon qui recouvre les murs. Il existe donc une relation organique entre l’architecture, la peinture et les objets, relation conçue dans le dessein théologique des Jésuites comme une «composition théâtrale» et qui n’a pratiquement pas bougé depuis le XVIIe siècle.
Aude Vieweger de Cordoüe qui restaure le bustereliquaire de Thomas d’Aquin. Page de droite :
Extase de sainte Thérèse (détail), par Gérard de Lairesse, 16701675, tableau découvert à Saint-Amantde-Boixe. Photo : Conservation des antiquités et objets d’art de la Charente. J.-L. T.
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