Christian Vignaud - Musées de Poitiers
Exit Astérix
Un colloque international se tient du 17 au 20 mai 2007 à Chauvigny pour faire le point sur l’archéologie de l’âge du Fer entre Loire et Dordogne. Le colloque est complété par une exposition au donjon de Gouzon. Mais à quoi correspond l’âge du Fer ? Qui sont les Gaulois ?
Par Anh-Gaëlle Truong QUAND LA GAULE N’EXISTAIT PAS
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Grand vase ovoïde à pied, terre cuite, premier âge du Fer, Aslonnes (Vienne), Musées de la ville de Poitiers et de la SAO.
e nombreuses découvertes ont été réalisées ces dernières années, enrichissant considérablement les connaissances des scientifiques sur cette période, sans que la diffusion de ces nouvelles données ne soit effective auprès du grand public. De fait, Astérix parasite encore les représentations que nous avons des Gaulois. Ce colloque mais plus encore l’exposition organisée en parallèle ainsi que la publication de son catalogue viennent à point nommé pour balayer grandes moustaches blondes et banquets de sangliers de nos esprits.
Qu’appelle-t-on l’âge du Fer ? «Dans tous les pays du monde, à un âge du Cuivre et de l’Or succède un âge du Bronze puis un âge du Fer», explique Alain Duval, conservateur général du patrimoine à la Drac Poitou-Charentes et fondateur de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer (Afeaf). «Notons que certaines civilisations comme celles rencontrées en Amérique (alors à l’âge du Cuivre et de l’Or) ou en Australie (alors au Néolithique voire au Mésolithique) au moment de l’arrivée des Européens ont été anéanties avant qu’on puisse vérifier si la succession dans la maîtrise de techniques métallurgiques est universelle et inéluctable : on ne sait pas comment elles auraient pu évoluer.» Cette succession dans la maîtrise de techniques métallurgiques se vérifie en Eurasie et sur le pourtour méditerranéen mais ne s’effectue pas aux mêmes moments. Aussi l’âge du Bronze correspond-il aux débuts de l’Ancien Empire en Egypte tandis qu’en Italie il prend fin environ 1 000 ans avant J.-C. Sur le territoire qu’occupe aujourd’hui la France, l’âge du Fer commence aux alentours des IXe et VIIIe siè-
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
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âge du fer
cles avant J.-C. Mais, globalement, tout le territoire européen, des îles Britanniques à l’Ukraine, amorce le tournant de l’âge du Fer à la même époque et ce avec une composante importante : une unité culturelle étonnante compte tenu de l’absence d’unité politique. «Bien sûr quelques nuances existent mais les évolutions agricoles, architecturales, métallurgiques, urbaines, les coutumes funéraires, etc. se ressemblent toutes dans cette Europe dite celtique. Quand une nouvelle technique ou mode apparaît, comme par exemple une manière inédite de porter son arme, elle traverse le continent en vingt-cinq ans !», s’étonne encore Alain Duval. En même temps, «la cité, avec son territoire, la civitas, est la plus grosse entité politique connue», continue Patrick Maguer, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Pictons, Arvernes ou autres Bituriges s’allient ou s’affrontent au gré de la protohistoire. Les uns sont dirigés par des rois tandis que les autres élisent un sénat ou un chef. De fait, la Gaule, à cette époque, n’existe pas. «C’est un concept inventé par César correspondant au territoire compris entre le Rhin et l’Aquitaine mais qui ne correspond à aucune structure politique ou territoriale qui permette de la distinguer du reste de l’Europe.»
ADIEU SANGLIERS, COQS ET LAPINS
Outre ces notions, encore peu banalisées chez le grand public, les organisateurs de l’exposition (les musées de la ville de Chauvigny) et les commissaires (Isa-
belle Bertrand et Patrick Maguer) ont voulu diffuser plus largement les connaissances sur l’âge de Fer et espèrent ainsi un peu tordre le cou aux idées reçues. Aussi, les Gaulois ne portaient pas tous des nattes et des moustaches. Au contraire, la plupart des représentations connues les montrent imberbes ou portant juste une très fine moustache. Ils n’habitaient pas des cabanes au fond des bois mais de vastes maisons, souvent supérieures à 100 m2 et aux murs enduits, placées au centre de leurs exploitations agricoles. Le fossé technique entre les Gaulois et les Romains n’était pas si large qu’on pense. Alors qu’on a l’habitude d’attribuer la qualité du réseau routier aux Romains, Patrick Maguer précise que «la voirie romaine est venue se greffer sur un réseau déjà existant, très dense, mais non pavé, sans lequel César n’aurait jamais traversé la Gaule en trois semaines». Certes, les Romains ont apporté beaucoup (constructions en pierre, chauffage par hypocaustes, organisation p o l i t i q u e et administrative…), mais les Gaulois n’étaient pas dépourvus de techniques et, dans certains domaines comme la métallurgie ou l’agriculture, ils les devançaient. «De nombreux outils agraires comme la faux ou la serpe ont traversé les millénaires et sont les mêmes aujourd’hui.» Enfin, il convient de rappeler que les gallinacés ne peuplent les cours de fermes qu’à partir du IIIe siècle avant J.-C. et que le lapin n’apparaît, semble-t-il, qu’à la période gallo-romaine. Et Patrick Maguer fait voler en éclat le dernier cliché : «Les Gaulois ne chassaient pratiquement pas le sanglier…» ■
Anse de bassin étrusque, alliage cuivreux,
Ve - IVe
s.
av. J.-C., Le Fâ, Barzan (CharenteMaritime), Musée du Fâ. Fouilles Karine Robin 2000.
Empreintes gauloises
Torque, Civrayde-Touraine (Indre-etLoire), SaintGermain-enLaye, Musée des antiquités nationales.
Une exposition proposée du 15 mai au 14 octobre 2007 dans le donjon de Gouzon par le service des musées de la ville de Chauvigny rattrape le retard dans la diffusion des connaissances sur les Gaulois entre Loire et Dordogne. «Issus de fouilles récentes et jusqu’alors entreposés dans les divers dépôts de la région, la plupart des objets réunis pour cette exposition n’ont jamais été présen-
tés au public. De fait, le catalogue fera d’office référence pour la présentation de l’âge du Fer entre Loire et Dordogne», précise Isabelle Bertrand, assistante de conservation aux musées de Chauvigny et commissaire de l’exposition avec Patrick Maguer. Outre les découvertes réalisées sur le territoire, l’exposition accueille des collections empruntées à d’autres musées régionaux ou nationaux. Environ deux cents pièces seront présentées montrant l’étendue des matières travaillées par les Gaulois : la pierre, le métal, la terre cuite, le bois, et révélant de nombreux aspects de la vie quotidienne des Gaulois au fil du parcours : stèles et statues de pierre, objets en métal (pièces d’apparat, vaisselle en bronze), ateliers et vaisselle en terre cuite, artisanat du sel, habitats et espaces sacrés, pratiques funéraires et traces d’échanges commerciaux. «Sans réellement montrer de particularismes locaux, ces objets montrent que la région était parfaitement intégrée, con-
trairement à ce qu’on pensait, aux réseaux d’échanges commerciaux européens attestés sur le reste du territoire. Les importations d’Italie et du monde étrusque sont également représentées ici.» Le catalogue, édité par la ville de Chauvigny et coordonné par I. Bertrand et P. Maguer, contient une présentation de la période et de la région à travers les sites archéologiques, des synthèses thématiques suivies de notices sur les objets exposés. L’ensemble est le fruit de la collaboration d’une trentaine d’archéologues et est destiné tant aux spécialistes qu’au grand public pour se mettre à la page de l’actualité gauloise entre Loire et Dordogne.
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MAN - Loïc Hamon
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K. Robin