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MONSEIGNEUR AUGOUARD
Un Poitevin roi du Congo L
a revisite contemporaine du passé colonial de la France devient plus que jamais un objet de recherche, parfois de curiosité de la part des intellectuels français. Ce retour vers un passé enfoui s’accompagne d’un désir profond, celui de poser un regard neuf sur le mouvement colonial français, sur son poids dans l’histoire mondiale des XIXe et XXe siècles. Cet élan nouveau me paraît limité puisqu’il n’aborde que les aspects liés à la toute p u i s s a n t e administration coloniale, oubliant le rôle combien important de certains acteurs clés du microcosme colonial. En dépoussiérant ces tiroirs, on retrouve un amas de dossiers sur les missions catholiques françaises du XIXe siècle : des hommes et des femmes qui ont non seulement exporté la religion catholique mais aussi et surtout propagé l’image de la France loin de leurs terres. Ces religieux n’ont pas connu la même popularité dans les médias et les sciences humaines. Il en est ainsi de Monseigneur Augouard (1852-1921), religieux à multiples facettes, apôtre, humaniste et nationaliste de premier plan, qui sort de l’oubli grâce au livre de Maurice Mathieu : Monseigneur Augouard, un poitevin roi du Congo. Maurice Mathieu écrit avec intelligence et clarté. L’objectivation que représentent ses analyses, loin de figer le mouvement d’un esprit en perpétuelle recherche, en souligne au contraire le dynamisme et la constante imprévisibilité. Tout à la fois comme un roman historique où se côtoient biographie et hagiographie. Très lisible avec un cheminement linéaire. La première partie commence par une étude historique approfondie du réveil missionnaire au XIXe siècle – la Révolution ayant auparavant pris le pas sur la religion. Les missions extérieures sont à la mode, amplifiées par une publicité abondante. Puis l’auteur évoque le jeune Prosper Philippe Augouard, sa vocation, son envoi en mission en Afrique, sa personnalité hors du commun, ses premières impressions sur la nature de l’homme noir et de sa vie quotidienne… Cette partie se termine par le voyage du missionnaire au cœur du continent mystérieux dans le but d’ouvrir une mission à M’Foa (et non M’fa). C’est à ce moment aussi que le jeune Augouard se frotte à la diplomatie de l’époque, celle des appétits des nations européennes sur le bassin du Congo. La deuxième partie mentionne les difficultés liées au milieu naturel et à l’appropriation difficile de l’homme. Ici, l’auteur souligne les épreuves qu’a endurées le Poitevin («le soleil qui me fait que brûler»). Une nature ingrate, hostile à la pénétration et à la circulation tant des missionnaires que de la foi. Cette foi se heurtant aussi aux pratiques (fétichisme, sorcellerie, polygamie…) qui font obstacle à l’évangélisation. Il aborde aussi l’épineuse question des rapports entre l’administration et les missions catholiques, de la compétition entre les différentes congrégations religieuses, enfin, la question de la p r o p a g a n d e islamique que le jeune Augouard va s’employer à atténuer. Dans la troisième partie, Maurice Mathieu pointe les controverses de l’action éducative et civilisatrice au cœur du projet missionnaire qui n’améliorent pas l’image du missionnaire au Congo franPhoto extraite de 44 années au Congo, t. IV, lettres de Mgr Augouard 1905-1921 : «Le singe cynocéphale à la tête de lion. Mission de la Sainte-Famille (Bessou).»
çais. Le «pacte de Clovis» suit le missionnaire jusque dans les confins de l’Afrique à travers la doublette «Croix et drapeau» – Augouard ne s’imaginant pas parler de foi sans faire référence à sa patrie. L’auteur fait aussi une part belle aux «bienfaiteurs poitevins» qui soutenaient l’action du Père Augouard. Ce dernier dispose d’un carnet d’adresses qui lui permet de tenir tête à l’administration coloniale. Il imprime ainsi sa marque à toute la colonie. Ce qui n’a pas toujours été du goût de tout le monde. Dans l’ensemble, l’auteur ne se détache pas de la grandeur du personnage. Comme pris entre deux feux : critiquer ou auréoler le personnage, d’où sa conclusion sur la pointe des pieds. C’est vrai qu’il évoque l’autoritarisme d’Augouard et sa tendance à tout embrasser même dans les sphères hors de son périmètre d’action. Visiblement son action se confond avec celle des colons. Ainsi, à la question : Augouard religieux ou colonisateur ? Maurice Mathieu reste prudent, il préfère lui coller la soutane que le casque colonial. On regrettera cependant qu’il n’ait pas pris le temps de souligner les violences physiques et morales des missionnaires d’Augouard sur les nouveaux convertis. En pays de mission, la violence n’était pas l’exclusivité de l’administration coloniale et des concessionnaires. Ce livre constitue une riche base de données. Les réflexions essayées et les points de vues avancés deviennent autant de dossiers ouverts, invitant à mener la réflexion plus loin, à travailler encore et pour de nouveaux profits sur les missions catholiques du XIXe siècle en Afrique.
Jean Aimé Loemba Geste éditions, «Archives de vie», 292 p., 23 € Jean Aimé Loemba est doctorant en histoire contemporaine de l’Université de Poitiers. Il effectue sa thèse sur les missions catholiques du Congo (1850-1930), sous la direction de Frédéric Chauvaud. Il a écrit «Mgr Augouard, 44 ans au Congo» dans L’Actualité n° 73 «Explorateurs et grands voyageurs», juillet 2006.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
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04/04/2007, 15:54
culture
MARGUERITE-WAKNINE
Le livre pour objet
éverine Gallardo, Franck Guyon, Yves Laffont, Gilles Grangier sont littéraires, philosophes ou plasticiens. De leur rencontre, à Angoulême, est née la maison Marguerite-Waknine éditions. Un titre romanesque dont la sonorité féminine a pour dessein précis d’intriguer et de séduire. Quant à la forme – ou fond –
S
Franck Guyon et Séverine Gallardo.
des livres publiés, présentés dans la transparence de coffrets CD ou DVD, elle a pour objectif de susciter la création inédite et la surprise du lecteur. Parmi les trois collections proposées – littérature, art contemporain, MW –, la seconde est sans nul doute la plus emblématique de la possible confusion contenant-contenu : les artistes pouvant user de la forme DVD comme objet enveloppant de leur création... ou en faire l’objet de leur création. Instigatrice de la collection et artiste contemporaine, Séverine Gallardo évoque «la possibilité d’éditer ainsi de très jeunes artistes et l’opportunité pour eux de présenter leurs travaux». Elle parle aussi des rencontres artistiques, captivantes et int e r n a t i o n a l e s , via le site http:// m a r g u e r i t e w a k n i n e . f r e e . f r . Puis de l’œuvre finale, garante, en ces temps immatériels, «du rapport tactile aux choses». La collection littérature, dirigée par Franck Guyon, est également singulière. Sans distinction de genres, elle accueille des textes nés, explique-t-il, «du rapport particulier qui s’instaure entre l’écriture et un objet d’art». Les livres, présentés dans une enveloppe CD, contiennent un écrit original limité à une soixantaine de pages et la reproduction de l’œuvre choisie. Les trois premiers, sortis fin mars, sont
signés Jean-Paul Chabrier (La jeune fille de Verazzano), Franck Guyon (Les Amants de Bellini) et Philippe Sergeant (Promenade ou une enfance de Sophocle). Les prochains pourraient l’être de Michel Onfray et Michel Butor. La troisième collection MW laisse à l’auteur, dont la proposition n’entre pas dans les deux précédentes, le choix de la forme. D’abord réuni par l’idée de monter des expositions ou des événements artistiques, le quatuor – organisé en association promotrice de l’art depuis juin 2006 – a donc naturellement glissé vers la forme éditoriale. Les livres-objets, aussi inspirés par la modicité de leur coût de fabrication et donc de vente (entre 5 et 8 €), seront publiés au rythme de neuf volumes par an (trois dans chacune des collections) et diffusés en librairie. Pour en savoir plus, il suffira de guetter la campagne-happening de communication imaginée par Séverine Gallardo : une pluie de post-it fluos, imprimés au tampon-encreur, de nature à propager le mystère de l’audacieuse et novatrice Marguerite Waknine.
Astrid Deroost Marguerite Waknine éditions, 05 45 68 76 44, 19, rue RaymondAudour, 16000 Angoulême.
Claude Pauquet
LIONEL-EDOUARD MARTIN
Deuil à Chailly « L
a grille enclôt le jardin, le ferme à la rue.» Dans ce jardin, le narrateur qui «n’écrit pas mais taille un arbre» apprend par la voix de son père la mort d’un vieil oncle, la canicule et son grand âge l’ont emporté. Deuil à Chailly est le récit des quelques jours qui suivent cet instant où l’on ne sait finalement pas qui l’emporte de l’entêtante odeur de civet de lapin du laurier-sauge coupé ou de cette mort soudaine mais prévisible. Pas de douleur. De l’organisation des obsèques au partage du maigre héritage, le récit entremêle plusieurs récits pour n’en faire qu’un, celui de la vie simple et sans relief, la vie des gens de peu chers à Pierre Sansot. Nous sommes dans un
village du Poitou. «Là-bas, c’est la Gartempe», personnage sinueux mais central du livre qui coule, «et ce n’est pas une grande rivière ; elle est de celles qui se jettent câlinement dans les bras d’une autre un peu plus abondante…», rivière dans laquelle la tante Ernestine se précipitera et s’engloutira, les poches lourdes de pierres. On songe au beau livre de François Bon, L ’ E n t e r r e m e n t , mais chez LionelEdouard Martin la phrase est à l’instar de la Gartempe plus sinueuse, elle épouse, comme le cours d’eau son lit, la vie et le temps des gens d’ici et d’ici-bas. Son ton n’est jamais grave. L’auteur qui est poète avant d’être romancier prête sa voix ou plutôt donne une voix à des êtres sans
paroles, ceux de «la race» des paysans comme aimait à les définir Jean Giono, il dit la vie qui fut la leur. «En ces terres de haute pudeur», on dit peu. On ne dit pas grand-chose des êtres, on ne dit pas non plus les cœurs meurtris, ni les blessures. C’est un monde clos, fini, que l’auteur revisite pour une dernière fois. D’aucuns trouveront que certes il ne grandit pas ceux qu’il dépeint là avec leur haleine «sentant le vin tout juste supérieur» mais il nous les rend familiers, ils sont des nôtres. Nous les croisons. Et du Poitou à l’universel, la vie n’est jamais si grande que quand elle nous paraît petite.
Stéphane Emond Ed. Arléa, 96 p., 15 €
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
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