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Le récit par Eric Brothé du destin exceptionnel de l’amiral rochelais Victor-Guy Duperré (1775-1846) offre une plongée dans l’histoire maritime, sociale et politique de la France dans une période charnière, entre l’Ancien Régime et la seconde Restauration Par Mireille Tabare
Victor-Guy Duperré Un héros moderne l’heure où La Rochelle célèbre le 160e anniversaire de la disparition du plus emblématique de ses marins, un livre paraît, consacré à Victor-Guy Duperré. «Le personnage m’a toujours fasciné pour ses exploits maritimes et militaires et pour sa carrière exemplaire, explique l’auteur, Eric Brothé, officier spécialisé dans la Marine à Brest. Sorti du rang, il a gagné ses galons à l’épreuve du feu, pour parvenir jusqu’au poste suprême de ministre de la Marine. Et sa devise – “Mousse, capitaine, amiral” – est toujours présente dans les esprits, à La Rochelle comme dans la Marine.» Eric Brothé est lui-même rochelais d’origine. Comme Duperré, c’est en tant que simple matelot qu’il est entré dans la Marine. Il n’existait jusqu’à ce jour qu’une seule biographie de Victor-Guy Duperré, publiée en 1848 et basée essentiellement sur ses propres écrits, donc d’une objectivité limitée. Le présent ouvrage va bien au-delà d’une simple biographie. Ecrit dans un style fluide, agrémenté d’images et de récits d’époque, il apporte un éclairage historique nouveau sur la personnalité et l’itinéraire du grand marin. «Je me suis attaché à rechercher l’homme derrière l’uniforme, à prendre en compte le personnage dans sa globalité, à resituer chaque événement de sa vie dans son contexte maritime, matériel et humain. Pour cela, j’ai mené un véritable travail d’investigation scientifique pour rassembler un maximum d’informations, de documents et de témoignages – des pour et des contre – afin de restituer l’image la plus fidèle de la réalité, et présenter toutes les facettes du personnage.» Un personnage au parcours riche en faits d’armes, mais aussi en opportunités, en relations, en rencontres. «Il y a déjà ce creuset familial privilégié. Victor-Guy est né en 1775 à La Rochelle (au n° 31 de l’actuelle rue Albert Ier), dans une famille aisée, qui compte parmi ses proches des hommes comme Charles Jean Marie
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Eric Brothé : Victor-Guy Duperré, mousse, capitaine, amiral, 1775-1846 , Le Croît vif, 2006, 464 p., 30 €
L’amiral Duperré par Claude Jacquand, musée d’OrbignyBernon, La Rochelle.
Alquier, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos – son futur beau-frère – ou Samuel de Missy, cette génération de politiciens rochelais qui ont siégé aux Etats généraux et à la Convention, qui ont marqué l’histoire locale, et certainement contribué à forger la personnalité et le destin du jeune homme. Ainsi, quand la situation familiale se dégrade, suite au décès du père, forçant l’adolescent à interrompre ses études au collège des Oratoriens de Juilly, près de Paris, c’est grâce à l’armateur de Missy qu’il fait ses débuts dans la Marine à 16 ans, et qu’il est engagé comme mousse sur un voilier de commerce, pour une campagne dans l’océan Indien.» Victor-Guy est d’emblée séduit par le métier, pour lequel il montre de grandes aptitudes dès son premier embarquement. En 1793, quand la République française déclare la guerre à ses voisins, il n’a d’autre choix que d’embrasser la carrière d’officier de la Marine d’Etat. Il y fait ses premières armes, se retrouve notamment pendant deux ans captif en Angleterre, il se distingue sur tous les océans et acquiert la réputation d’habile marin, de fin stratège et de bon capitaine. Sa carrière suit son cours, sous le regard bienveillant de Laclos, devenu politicien en vue. Marin de l’Empire à partir de 1805, Duperré sert sous les ordres de Jérôme Bonaparte – ancien élève du collège de Juilly – et il est promu capitaine. En 1810, il offre à l’Empereur sa seule grande victoire navale contre les Anglais en remportant la bataille de Grand-Port, dans l’île de France (l’actuelle île Maurice), au cours de laquelle il est gravement blessé. «Cet exploit marque un tournant dans la carrière de Duperré : il reçoit le titre de baron d’Empire et le grade de contre-amiral. Vingt ans plus tard, à la tête d’une flotte de 700 bâtiments, il dirigera avec succès l’opération de débarquement en Algérie. Il y gagnera la reconnaissance de la Marine et du pouvoir royal, et son bâton d’amiral de
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Thierry Girard
La statue en bronze de Duperré trônant sur le quai éponyme à La Rochelle a été inaugurée le 17 octobre 1869, suite à l’initiative d’un comité ayant motivé une souscription nationale. Cette œuvre a été réalisée par les sculpteurs Pierre Hébert (statue) et Emile Hébert (bas-reliefs), père et fils, Thiébault (fondeur) et Joly (entrepreneur).
France. S’ouvrira alors pour lui une carrière politique et administrative. Nommé pair de France, membre du Conseil de l’Amirauté, il occupera par trois fois le poste de ministre de la Marine, qu’il assumera avec une grande compétence.» Au fil des pages et des événements, derrière le militaire et le politicien, se dessine le portrait d’un être à la fois volontaire et courageux, intransigeant et proche de ses hommes, rude dans l’action et cultivé dans les salons, fidèle et respectueux dans ses relations, indépendant d’esprit en politique comme en religion. «Il est ainsi partisan de l’abolition de l’esclavage. Ses opinions libérales, il les a acquises dans le creuset rochelais et familial, au contact d’hommes comme de Missy, enclins à une grande ouverture d’esprit, ou peut-être encore en Angleterre durant sa captivité, ou directement sur le terrain au travers de sa propre expérience
des colonies, Antilles et île de France.» L’auteur nous fait pénétrer également dans l’entourage du personnage, dans son riche réseau de relations – dont quelques grandes figures de la Marine, de la politique, de l’art –, il nous fait revivre l’esprit d’une époque. Héros rochelais, Victor-Guy Duperré a entretenu toute sa vie des liens étroits avec sa ville natale, qui lui décerna l’épée d’honneur pour sa victorieuse expédition en Algérie, et fit ériger à sa gloire, après sa mort (1846), une statue que l’on peut toujours admirer sur le quai face à la Grosse Horloge. Pourtant, dans la mémoire des Rochelais, le souvenir de Duperré s’est un peu effacé. «Avec ce livre, je souhaite faire redécouvrir aux habitants tout un pan de leur patrimoine. Car le patrimoine d’un lieu, ce ne sont pas seulement les monuments, mais aussi les hommes qui ont contribué à écrire son histoire.» ■
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MARIE-DOMINIQUE MONTEL
Laclos, les liaisons de l’île d’Aix C ’est une véritable enquête à laquelle n o u s convie Marie-Dominique Montel, auteur-réalisateur et nouvelle directrice de l’Académie de Saintonge, avec son documentaire Laclos, les liaisons de l’île d’Aix. L’intrigue est posée d’entrée de jeu : où et comment sont nées Les Liaisons dangereuses, roman épistolaire de Choderlos de Laclos narrant le duel pervers et libertin de deux aristocrates du XVIIIe siècle ? «A la sortie du livre, même le nom de l’auteur est un mystère. Sur la première page, on peut juste lire M. C. de L. Son identité est vite percée, mais on est si pressé de chercher qui se cache derrière ses personnages scandaleux que l’on oublie de se demander : où, quand, pourquoi, comment ?» Pour obtenir une réponse à ces questions, Marie-Dominique Montel se lance dans les investigations. De l’île d’Aix à Paris, en passant par Rochefort, Fouras et Amiens (ville natale de Laclos), elle interroge les «témoins», recueille les indices, accumule les découvertes. Historiens, biographes, conservateurs, écrivains, descendants de Choderlos de Laclos… chacun apporte son témoignage accompagné de pièces à conviction. «Tous avaient en leur possession des parcelles d’informations intéressantes, mais qui n’avaient jamais été regroupées !» Dans le film, on découvre donc des documents inédits, cartes anciennes, correspondance
et même un opéra écrit avec le chevalier de Saint George, disparu depuis la Révolution. «Cet opéra, Ernestine, joué une seule fois, fut un échec cuisant, ce qui a profondément meurtri Laclos. Grâce à la participation de la chanteuse lyrique Caroline Casadesus, nous sommes les premiers depuis Marie-Antoinette à en entendre quelques airs.» Quant au «lieu du crime», nul doute que ce soit l’île d’Aix où Laclos passe trois ans. Capitaine d’artillerie, il est chargé
Détails de l’édition originale (1782) conservée à la médiathèque de Poitiers.
Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers
par le marquis de Montalembert de la construction d’un fort extraordinaire, entièrement en bois, destiné à barrer la route aux Anglais et qui, espère-t-il, fera sa renommée. Mais, point de frégates anglaises à l’horizon, Laclos «se passionne, puis s’ennuie. Il se révolte, il écrit. De sa belle carrière d’officier, il garde le goût des combats et des places fortes que l’on conquiert, qui résistent, se rendent et tombent». Ce sera le vocabulaire des Liaisons dangereuses, publié en 1782, quelques mois après son départ de l’île, et considéré aujourd’hui comme un chefd’œuvre de la littérature française. L’enquête s’achève, l’énigme est résolue, tout concourt à la même conclusion : Les Liaisons Dangereuses ont été écrites, en grande partie si ce n’est en totalité, sur l’île d’Aix. Une satisfaction, teintée d’émotion, pour Marie-Dominique Montel, fortement attachée au pays charentais. Et l’espoir d’une reconnaissance pour Laclos, trop peu présent dans les livres d’histoire et les musées régionaux. Axelle Partaix Produit par France 3 Limousin-PoitouCharentes et VAB Productions, avec le soutien de la Charente-Maritime et de la région Poitou-Charentes, le documentaire a été diffusé le 24 octobre 2006 sur France 3. Il doit être rediffusé dans la région en 2007.
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