bande dessinée
Après une douzaine de séjours à Hanoï, Gérald Gorridge raconte sa relation de «cœur et d’artiste» avec le Vietnam
Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet
Gérald Gorridge ancrage vietnamien
v e c Les Fantômes de Hanoï, Gérald Gorridge nous embarque dans son périple préféré, au bord et au-delà du fleuve rouge qui sinue à travers la capitale vietnamienne. L’auteur, professeur de bande dessinée à l’Ecole européenne supérieure de l’image d’Angoulême, publie un récit autobiographique, aquarellé, où la rencontre tient lieu de trame. Où une part très belle est faite aux femmes, Tham, Hop, Xuân, Hoa... «Parce qu’au Vietnam, explique l’artiste, toute la vie repose sur ces héroïnes du quotidien.» Et déjà point l’hommage de celui qui confesse son «impression d’être débiteur». En 1992, Gérald Gorridge visite un Vietnam à peine ouvert et loin, encore, de la ratification à l’Organisation mondiale du commerce. La fascination pour ce pays le fait s’envoler une seconde fois en 1999. Depuis lors, Hanoï fait partie de ses emplois du temps professionnel, artistique et personnel. Lesquels s’imbriquent, forcément. Au cours de cette deuxième expédition, le prof-auteur connaît de jeunes artistes vietnamiens. Et presque aussitôt, avec le concours du Centre culturel français, il organise des master classes BD, pour six puis quinze étudiants... sous surveillance politique. Après le second programme qui s’étale sur trois ans, une bande dessinée collective naît, objet très peu répandu au pays des rizières et de la cybercensure. Intitulé Ké Moï, l’ouvrage va «de l’imagerie populaire à la bande dessinée». Une nouvelle aventure et un tome 2 sont en préparation. L’album de Gérald Gorridge, publié chez Casterman, est donc le récit d’un ancrage fait de vraies rencontres. De chocs culturels aussi, vite désamorcés par le plaisir de connaître l’autre ou de déchiffrer une villepalimpseste. «Mon propos est de représenter Hanoï aujourd’hui, de montrer la façon dont les Vietnamiens se sont appropriés tout un passé (idéologi-
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Les Fantômes de Hanoï, dessin et scénario de Gérald Gorridge, éd. Casterman. Présence de l’auteur au stand et exposition prévue au cours du festival. Gérald Gorridge participe avec dix-neuf autres auteurs à l’exposition «BD Reporters» présentée à Paris (centre Pompidou) jusqu’au 23 avril.
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que, architectural) et la manière dont ils se démènent au quotidien pour exister.» Le dessin est à cet égard l’arme la plus séduisante qui donne à l’étranger en déambulation, temps et prétexte à l’échange. Page après page, d’un trait libre comme la rue, Gérald Gorridge livre la vie, les gestes des femmes, les édifices, les couleurs de la ville, et surtout des visages, complices furtifs ou amis. «Ce livre, je l’ai fait grâce aux gens que j’ai rencontrés... Là-bas, malgré les difficultés (dues au contexte politique), un vent favorable souffle sur ce que j’entreprends», confie le dessinateur qui, en ce moment, imagine une fiction dans le même et lointain décor. A Angoulême, entre deux voyages, l’auteur garde un œil sur Hanoï et sur des fantômes... finalement très protecteurs. ■
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 75 ■
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