Sahara
EUGÈNE FROMENTIN
Sous le soleil de l’Algérie ur les traces de Fromentin, Barbara Wright a présenté à La Rochelle son nouvel ouvrage sur l’écrivain et peintre rochelais, Beaux-Arts et Belles-Lettres : la vie d’Eugène Fromentin (Honoré Champion). Professeur de littérature française à Trinity College, à Dublin, Barbara Wright a publié de nombreuses études sur Fromentin. Principalement connu p o u r son roman Dominique (1862), Eugène Fromentin fut un voyageur, passionné par l’Orient. Trois voyages en Algérie le marqueront à vie et ponctueront son art d’un orientalisme qui fera tout son succès. De retour en France, il rédige Un été dans le Sahara (1857) et Une année dans le Sahel (1859). Né en 1820, Fromentin est le fils d’un médecin et d’une mère très croyante. Son envie de devenir un artiste n’a pas convaincu son père qui le destine plutôt à suivre la même voie que lui. Mais Eugène veut forger son propre destin avec la peinture et l’écriture, ainsi part-il en ca-
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chette pour la première fois en Algérie en 1846. Ce voyage est une révélation pour lui, et surtout pour sa peinture. L’Orient lui donnera définitivement envie de témoigner de toute la beauté qui s’offre à ses yeux par la peinture. L’insuffisance des mots à décrire les paysages dont il est l’observateur en Algérie, mais aussi en Egypte, le pousse à développer sa peinture afin de compléter les deux arts. Ainsi sa plume se transforme en pinceau afin de dépeindre ce que les mots ne peuvent pas dire et ses récits décrivent ce qu’une toile ne peut pas exprimer. Dès lors, Fromentin n’a cessé de retourner en Afrique du Nord. En 1847, il part une année en Algérie avec deux amis pour visiter les oasis du sud, et son troisième voyage à Mustafa, près d’Alger, de 1852 à 1853, est une commande d’Etat. En 1869, Fromentin assiste à l’inauguration du canal de Suez en Egypte. Tous ces voyages furent autant de sources d’inspiration pour sa peinture, alors
que les mots apparaissent comme un appauvrissement de la réalité. Le dynamisme de ses œuvres orientales dévoile l’intérêt qu’il porte aux mœurs et coutumes des peuples qu’il essaye de connaître. Barbara Wright explique que par la peinture, Fromentin «expose la perman e n c e de la nature en opposition à l’homme». Avec un talent qui sera reconnu en France, il parvient à peindre le mouvement du vent ou des tempêtes de sable. Trop adorateur de l’Algérie, Fromentin fut pris d’hallucinations à force de rester au soleil et, à regarder la lumière, il est pris d’une folie passagère. L’intensité de cette lumière lui fera croire, l’espace d’un instant, qu’il a perdu la vue. Plus tard, il perdra réellement un œil à cause de cet aveuglement de quelques minutes. Fromentin est un créateur de rêves, avant tout. Il laisse l’imagination de son spectateur s’élever au fil des mots, qu’il illustre dans ses nombreuses toiles représentant des scènes précises de ses récits. Plus âgé, comme il ne voyage plus, ses carnets de voyages lui servent d’inspiration, mais sa peinture n’est plus la même, Fromentin tourmenté par le doute de s’être trompé de carrière perd son inspiration. A la fin de sa vie, un conflit entre le peintre et l’écrivain s’installe. «Les deux arts coexistent, leur matière première est différente, il lui faut choisir entre l’un des deux moyens d’expression», affirme Barbara Wright. Mais il ne parviendra jamais à faire ce choix et, par besoin d’évasion, il part à Venise peu avant sa mort, fin juin 1870, où il tentera en vain de prolonger son talent de peintre. Les voyages de Fromentin lui ont donné un goût pour l’exotisme que toute sa vie il partagera à travers la pratique de deux arts. La dualité de son existence partagée entre peinture et écriture, Orient et Occident, fera de lui un grand artiste aux multiples facettes. Camille Lecoq
Arabe sur un mur, huile sur toile (41 x 32,5 cm). Musée des Beaux-Arts de La Rochelle. J + M photographes
MARC DENEYER recherche des paysages extraordinaires. Il est allé jusqu’au Groenland et au Japon. Ci-contre : Oulad Driss, sud marocain, 1998.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
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