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JOSEPH CRASSOUS DE MÉDEUIL
Franc-maçon, républicain et négrier L
es journaux de bord et de traite de Joseph Claude Augustin Crassous de Médeuil ont été exhumés des Archives municipales de La Rochelle par Alain Yacou en 1996. Ce professeur de civilisation hispano-américaine à l’Université des Antilles et de la Guyane travaillait alors au projet de maison-musée de l’enfermement de l’esclave pour la ville du Moule en Guadeloupe. En pistant ce marin rochelais né en 1741, il a trouvé d’autres documents aux Archives départementales de la Charente-Maritime, à la médiathèque Michel-Crépeau et au service historique de la marine à Rochefort. Ces journaux, qui ont fait l’objet d’une analyse publiée en 2001, constituent un témoignage exceptionnel sur le commerce négrier pratiqué du port de La Rochelle à la côte de Guinée et aux Antilles. Crassous participe à deux expéditions, celle du Roy Dahomet (1772-1774), en qualité de lieutenant, et celle de la Suzanne Marguerite (1774-1776) en qualité de second capitaine. Il note avec précision l’inventaire de la cargaison embarquée au départ (cauris, fer, pipes, couteaux, eau-de-vie, armes à feu, parures, chapeaux, étoffes et habits), en distinguant bien la cargaison officielle de troc et la pacotille. Puis il raconte en détail le repérage des lieux de traite, les négociations avec les chefs de guerre et potentats locaux, les opérations de traite, les transbordements des «captifs», les escales de ravitaillement, les maladies… jusqu’au régime alimentaire lors de la traversée de l’Atlantique (poisson et bananes au début, puis ignames, puis fèves, farine de manioc, maïs, riz, noix de coco). La deuxième expédition est un échec : sur les 566 esclaves acquis seulement 393 seront vendus à Saint-Domingue, les autres ayant succombé à la variole, au scorbut, aux diarrhées et à de mystérieuses maladies face auxquelles les chirurgiens de bord sont impuissants. Plus quelques cas de folie et de suicide. «Ces documents sont exceptionnels à un autre titre, indique Alain Yacou. En effet, pour cet homme cultivé, qui a vécu au siècle des Lumières finissant, l’Afrique est comme la découverte d’un autre monde. Il note sans cesse en “sociologue” et en “anthropologue”. Risquons une hypothèse : Crassous rédige ses journaux comme l’a fait Christophe Colomb, sous l’angle de l’observation des gens et des lieux.» Il est également frappant de constater que tout le monde cherche à tirer profit de la traite, et pas seulement les puissants : à La Rochelle, des petits épargnants prennent part au capital des expéditions. De même en Afrique, chacun prend sa commission. Sous la pression de la demande européenne, des Etats négriers ont vu le jour. «Ce n’est pas faire injure à l’Afrique de rappeler qu’elle a abrité en son sein des esclaves, souligne Alain Yacou. L’esclavage, sous quelque forme que ce soit, n’at-il pas été la chose la mieux partagée dans les deux Mondes ? En ce qui concerne les Etats négriers, largo et stricto sensu, les écrits de Crassous sont édifiants dès la première escale à Chama où des piroguiers africains participent au transbordement des esclaves et des marchandises. Et Crassous aura beau jeu de vilipender l’inconséquence des Africains, depuis lesdits piroguiers jusqu’au Yovogan ou ministre du commerce du royaume de Juda. Si l’on doute encore de l’existence d’Etats négriers en Afrique et des multiples façons de devenir esclave, je renvoie au livre d’Elikia M’Bokolo, Afrique noire, histoire et civilisation jusqu’au XVIIIe siècle (Hatier, 1991).» Franc-maçon, homme éclairé, bientôt au service de la Révolution française – il sera malgré tout guillotiné à Rochefort en 1793 par pure méprise –, Crassous blâme le comportement des Africains mais il ne renonce pas pour autant à son statut de négrier. C’est, comme le relève Alain Yacou, «l’un des paradoxes du siècle des Lumières».
Jean-Luc Terradillos
Alain Yacou, Journaux de traite et de bord de Joseph Crassous de Médeuil, Karthala-CERC, 2001. Rodolphe Damon, Joseph Crassous de Médeuil : marchand, officier de la marine royale et négrier, Karthala, 2004.
J + M photographes
RHUM HORS D’ÂGE
La famille Crassous était originaire de Montpellier mais le père du marin est né à la Martinique en 1707 et mort à La Rochelle en 1791, ville où il fut notaire royal et procureur au siège présidial. Peu de Rochelais ont entendu parler de cette famille. Pas à la Martinique : il existe un Rhum JM hors d’âge «Les héritiers de Crassous de Médeuil».
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La ville du Cap Français à Saint-Domingue vue de la mer, de Louis Nicolas van
Blarenberghe, gouache sur carton (43 x 70 cm), 1778. Collection du musée du Nouveau Monde à La Rochelle.
Page de droite :
Le rébellion d’un esclave sur un navire négrier, d’Edouard Antoine Renard, huile
sur toile (99 x 83 cm), 1833. Collection du musée du Nouveau Monde à La Rochelle. J + M photographes.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
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