Antarctique
STÉPHANIE JENOUVRIER
L’aventurière australe voir vécu deux ou trois siècles plus tôt et pouvoir découvrir, aux côtés des grands explorateurs, des terres sauvages et inconnues, tel est le rêve de Stéphanie Jenouvrier. Il n’est guère surprenant, alors, qu’après des études de biologie et d’écologie, son goût de l’aventure et de la découverte, sa passion pour les animaux et les milieux polaires l’aient entraînée dans le sillage de Kerguelen et de Dumont d’Urville.
A
Le continent Antarctique a toujours fait l’objet de convoitises de la part des pays qui y ont posé le pied. Il est protégé par un arsenal juridique de grande ampleur, le traité sur l’Antarctique (signé par douze nations à l’origine, en 1959, quarantecinq aujourd’hui), complété en 1991 par le protocole de Madrid. Ces traités déclarent solennellement l’Antarctique «réserve naturelle consacrée à la paix et à la science». Un principe auquel adhère totalement Stéphanie Jenouvrier. Très sensible à la protection de l’environnement, elle a fait de l’écologie un choix idéologique et a étudié pendant son doctorat l’impact des modifications climatiques sur la démographie de trois espèces 14
d’oiseaux en Antarctique (le fulmar antarctique, le pétrel des neiges et le manchot empereur). Stéphanie a effectué sa thèse au Centre d’études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres). Ses trois années de recherche ont été ponctuées de trois campagnes de deux à trois mois, d’abord à Kerguelen, puis en Terre Adélie où elle a rejoint les hivernants qui travaillent dans un isolement total pendant six mois (aucun bateau pendant l’hiver). Là-bas, compter les oiseaux, les baguer, contrôler les éclosions faisaient partie de son quotidien, avec en plus, des moments uniques, comme une petite baignade par - 2 °C, au milieu des éléphants de mer, «pour me détendre…» Le voyage représente déjà une aventure et une expérience exceptionnelles. Pour rejoindre les îles sub-antarctiques (Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul), il faut d’abord prendre l’avion jusqu’à la Réunion, puis embarquer à bord du Marion-Dufresne pour dix à quinze jours de traversée. Le voyage pour la terre Adélie est un peu plus court puisqu’il ne faut compter «que» cinq à six jours pour parcourir les 2 700 km qui la séparent de l’Australie. Au départ du port d’Hobart en Tasmanie, la base Dumont-d’Urville est desservie par l’Astrolabe, bateau ravitailleur pouvant embarquer cinquante passagers et plusieurs centaines de tonnes de vivres et de matériel. Coupée du monde en hiver par des centaines de kilomètres de banquise, la base n’est accessible que durant l’été austral (de novembre à mars). Ces dessertes, exclusivement maritimes, rythment la vie des bases et confèrent à ces expéditions le charme suranné d’une époque ancienne. «Il se dégage une ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, on est à la fois hors du monde et du temps.» Quant à la vie sur place, «c’est une aventure à la fois scientifique et humaine qui ne peut laisser personne indifférent». A lieux différents, expériences différentes. «A Kerguelen, il existe une base, mais une grande partie du travail des ornithologues s’effectue à l’extérieur. Nous partons alors à deux ou trois, sécurité oblige. Plusieurs jours de marche avec un gros sac à dos sont nécessaires
pour accéder aux cabanes ou installer la tente. Là, ni eau courante, ni confort, les conditions sont assez difficiles. Mais la nature est préservée, on peut même boire l’eau des souilles (sortes de marais parfois assez profonds) malgré la couleur quelquefois douteuse au premier abord. Pouvoir marcher des kilomètres dans ce décor sauvage sans aucune autre présence humaine que la nôtre est quelque chose de réellement unique, on éprouve un vrai sentiment de plénitude. Et les animaux, peu farouches, se laissent facilement approcher. Ce sont des moments inoubliables.» Les noms, à eux seuls, sont déjà évocateurs. Certains, tels rivière des Macaronis1, mont des Fées ou anse de la Canicule feraient presque oublier que les îles Kerguelen, situées entre les 40e rugissant et les 50e hurlant, s’appelaient jadis îles de la Désolation… D’autres, comme île du Cimetière, rocher du Désespoir ou baie de la Désolation évoquent mieux le caractère inhospitalier de ces territoires. «En terre Adélie, par contre, tout est situé sur la base. Nous avons de l’eau, des repas chauds, beaucoup plus de confort, mais très peu d’intimité, car toute la communauté vit dans un espace limité et cette promiscuité peut s’avérer parfois difficile. Mais des relations très intenses se créent entre les personnes ; la solidarité et l’entraide sont très fortes.» Des sentiments qui font qu’à chaque fois, Stéphanie était «heureuse d’y partir, triste de rentrer !», comme presque tous ceux qui ont déjà vécu cette expérience. En avril 2006, Stéphanie a bouclé une fois d e plus ses valises. Direction : le Massachussetts (USA). Elle y poursuivra pendant deux ans ses recherches à la Woods Hole Oceanographic Institution grâce à une bourse L’Oréal-Unesco récompensant les travaux réalisés pendant sa thèse. «Ce projet nous permettra d’établir des scénarios prédictifs quant à l’influence du réchauffement climatique sur la dynamique des populations d’oiseaux marins en Antarctique.» Axelle Partaix 1. Les macaronis sont une espèce de manchots.
Katell Pierre - IPEV
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
Nunavut
JÉRÔME VERGNAUD
Prolongations nordiques J é r ô m e Vergnaud veut repartir. Réentendre le bruit un peu métallique des cristaux de glace baladés par le blizzard. Et surtout, reprendre – avant 2008 – le voyage humain entamé voilà huit ans. En attendant, le jeune professeur des écoles partage et prolonge ses impressions nordiques en classe. Chaque jour, dit-il, des nuances de blanc lui reviennent en mémoire. Après une maîtrise de géographie et un DEA sur le thème des nouvelles questions environnementales dans le village nord c a n a d i e n de Grise-Fiord, le jeune Cognaçais envisage une troisième expédition vers la même île d’Ellesmere, province autonome du Nunavut. Ses premiers séjours, longs de plusieurs mois, ont eu lieu en 1998 et en 2000. Son travail de thèse prendra la forme d’une monographie allant de l’origine du village à nos jours et intégrant les changements vécus par les hommes et les territoires. Grise-Fiord est en effet le résultat d’un «déplacement». En 1953, à des fins géostratégiques, l’Etat canadien y a installé sept familles Inuits qui vivaient 2 000 kilomètres au sud. «Ils ont été débarqués sur une plage de cailloux, explique celui que les Inuits ont surnommé Garbage Man, dans un endroit sans cours d’eau et sans assez de neige pour construire des igloos, ils ont dû changer de lieu, aller là où se trouve GriseFiord aujourd’hui...» Jérôme Vergnaud a expérimenté le froid, la nuit polaire, la banquise – gelée pendant plus de dix mois de l’année, sur laquelle il a campé – et son respect pour les habitants est à la mesure de l’hostilité du milieu. Il a même étudié l’inuktitut, langue parlée par plus de 60 % de la population du Nunavut. Depuis, lors de conférences ou d’interventions plus approfondies, le jeune homme partage son expérience avec les scolaires . «Il suffit de montrer le pôle, de situer sur la carte le village le plus septentrional et les enfants sont fascinés», explique Jérôme Vergnaud qui parle aussi, bien sûr, de chasse au bœuf musqué, à l’ours, à l’oie blanche, au lapin arctique... mais n’omet jamais d’évoquer la rudesse de la vie, l’histoire des gens, ni les problèmes d’environnement : pollutions venues du sud et réchauffement de la planète. L’an passé, le chercheur devenu instituteur a accompagné une véritable correspondance entre une classe de Cognac et l’école francophone des «Trois soleils» d’Iqaluit, capitale du Nunavut. Des colis et notamment des dessins sont partis par la poste et ont mis près de trois mois à atterrir sur la banquise... A la rentrée prochaine, l’enseignant devrait renouveler l’initiative à l’année, avec ses propres élèves. Ou encore animer des ateliers pédagogiques (via Internet) lors de son futur voyage à Grise-Fiord. Dans ce but et à des fins amicales, Jérôme Vergnaud a entretenu les contacts noués à force de confiance. Ses amis Maaki, Aaju et d’autres lui écrivent toujours du «toit de la Terre». «Là-bas, l’homme est remis à sa place. Le rapport entre lui et la nature implique une autre philosophie de vie, estime Jérôme Vergnaud. On écoute l’autre, on ne peut pas l’esquiver. Le chasseur chanceux partage avec celui qui ne l’a pas été... C’est tous les jours ce que vit un village du Jura isolé par la neige ou ce que l’on a connu – exceptionnellement – pendant la tempête de 1999.» Astrid Deroost
AUGUSTIN VIGNAUX, MARIN ROCHEFORTAIS Les Carnets de l’exotisme ont publié un volume consacré aux «Voyages inédits d’hier et d’aujourd’hui» (nouvelle série n° 4, février 2004, éd. Kailash). Le premier texte est un carnet de voyage retrouvé dans une valise et confié à Didier Catineau. Augustin Vignaux, marin rochefortais né en 1854, y raconte ses aventures, de l’Amérique latine à l’Afrique du Sud, de Terre-Neuve à Constantinople, de 1867 à 1893. Comme le marin ne se prend pas pour un auteur, il écrit avec sobriété et précision. Un témoignage précieux, plein d’anecdotes savoureuses, sur la vie nomade et dangereuse des marins à l’époque. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■ 15