exposition
Des insectes et des L’exposition conçue par Patrick Bleuzen et Patrick Prévost redonne toute leur importance, à la fois scientifique et culturelle, aux insectes Par Laetitia Becq-Giraudon Photos Marc Deneyer
hommes des entomologistes n’exercent pas un métier en rapport avec les insectes. Pourtant, le travail ne manque pas dans ce domaine. «Si des espèces disparaissent, souvent parce que l’homme exerce une importante pression sur l’environnement, d’autres sont encore inconnues et de nouvelles adaptations apparaissent, précise Patrick Prévost. Les hexapodes n’ont donc pas fini de dévoiler leurs secrets. Les insectes souffrent rarement d’infections car nombreux sont ceux qui produisent des peptides antimicrobiens. L’étude de ces molécules montre une action antibiotique, antifongique, voire anticancéreuse. Il s’agit pour les chercheurs de comprendre quelles substances interviennent dans cette protection, de les reproduire, de les améliorer si possible et de les utiliser dans nos médicaments. Parmi les espèces les plus intéressantes, on peut noter les insectes aposématiques qui arborent des couleurs prémonitrices (souvent le rouge) et sécrètent des substances répulsives à destination de leurs prédateurs.» Aujourd’hui, à défaut donc d’être un métier, l’entomologie est une passion. Après de nombreux voyages effectués à des fins d’étude, de récolte, de phot o g r a p h i e ou de tournage cinématographique en Asie, en Afrique et surtout en Amazonie, Patrick Bleuzen s’est spécialisé dans l’étude des familles d ’ i n s e c t e s xylophages (Fulgorides, Buprestides, Cérambycides) et de la canopée tropicale. Patrick Prévost, quant à lui, avoue une nette préférence pour les insectes coprophages, plus particulièrement ceux de la faune africaine, des coléoptères très sculptés, spectaculaires, peu étudiés et pourtant très utiles car ils agissent en agents fertilisants naturels des sols
F Ci-dessus : masque papillon, Samau (Burkina Faso) pour faire venir la pluie, années 1960. Masque heaume de mante religieuse, Gourounsi (Burkina Faso), années 19501960.
asciné par les insectes, particulièrement les fourmis dont la diversité d’espèces et de comportements est immense, Patrick Bleuzen possédait déjà sa propre petite collection à l’âge de sept ans. Il conçut sa première exposition au lycée à quinze ans. Patrick Prévost a lui aussi connu très jeune une attirance spontanée pour «les petites bêtes», dont il a appris à observer seul les formes et les structures. Tous deux sont les concepteurs de l’exposition «Des insectes et des hommes» dans le cadre de la manifestation «Le monde des insectes» à l’Espace Mendès France du 26 janvier au 29 décembre 2006. Cette exposition comporte deux grands aspects, l’un descriptif et scientifique (le cabinet d’entomologie et l’étude des insectes, l’origine des insectes, la biodiversité), l’autre aborde l’insecte (et son image) en tant qu’acteur culturel dans les sociétés (la g u e r r e homme-insecte ; insectes amis ; insectes ennemis ; art, croyances et civilisations). Le nombre de chercheurs s’intéressant aux insectes est en constante diminution et aujourd’hui la plupart
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lors de leur nidification. Ils ont de surcroît, pour les plus évolués, la particularité de présenter des comportements parentaux, c’est-à-dire de prodiguer des soins attentifs à leur descendance durant l’évolution larvaire, ce qui réduit considérablement la mortalité des larves et compense la faible prolificité des adultes. Ces hommes de terrain, autodidactes, découvrent et décrivent de nouvelles espèces régulièrement et contribuent à enrichir la littérature e n participant à l’écriture d’articles et de livres destinés à un large public. «Au début, l’entomologie était essentiellement un passe-temps, témoigne Patrick Bleuzen. Aujourd’hui, elle est devenue beaucoup plus puisque je consacre la majeure partie de ma vie aux insectes, par exemple en tant que conseiller scientifique spécialisé ou réalisateur de nombreux films et documentaires (tant pour le cinéma que pour la télévision) ou en donnant un message de protection des biotopes et de leur diversité par l’intermédiaire d’expositions pédagogiques ou de
conférences sur les insectes. Mon objectif principal est de créer un musée entièrement dédié aux insectes et à tout ce qui se rapporte à eux dans les cultures, les croyances, l’art et même la publicité.» Les insectes ont toujours été l’objet d’une certaine fascination et non seulement eux-mêmes mais aussi leur image ont été utilisés au cours des siècles. Très tôt, ces petits animaux ont intéressé les hommes. On connaît de l’Egypte ancienne des amulettes en forme d’insecte datant de 10 000 ans ou le scarabée poussant une boule (assimilée au soleil) qui était sacré. Dans certaines tribus africaines, les masques ou les amulettes étaient fréquemment utilisés lors de rituels. Ainsi, un masque de guêpe pouvait être porté par une femme lors de la construction d’une nouvelle maison, un masque de papillon porté lors de danses rituelles devait faire venir la pluie et celui à l’image d’un criquet était censé protéger les cultures. Et pour creuser un puits, les hommes portaient une amulette représentant un insecte volant. Plus proche de notre culture est l’exemple de ces cartes postales de propagande éditées en 1916 : la forme en ailes de papillon soutenant les pays alliés (le Bien) et celle en forme d’insectes piquants dénigrant les pays ennemis (le Mal). Enfin, il faut évoquer les richesses de la langue française qui a su utiliser la grande diversité des insectes, de leurs formes et de leurs comportements, pour enr ichir ses expressions populaires. Ainsi, quelle femme n’a pas un jour souhaité avoir une taille de guêpe voire des jambes de sauterelle ou au contraire ne pas avoir le cafard ou être une vraie punaise ? Qui ne prendrait pas la mouche en s’entendant dire qu’il est moche comme un pou ou méchant comme une teigne ? Quant à papillonner en amour, être cigale ou fourmi, l’esprit fourmille d’idées pour clore cette insolite collection de mots. ■
Masque sorcier papillon, Bobo (Burkina Faso), milieu du XXe
Ibeji, jumelles Yoruba (Nigeria). Dès la naissance, les statuettes sont fabriquées au cas où l’un des jumeaux viendrait à mourir. Dans ce cas, la statuette de l’enfant mort était placée dans un autel et vénérée afin que l’autre enfant ne soit pas attiré dans l’au-delà.
siècle.
Ci-dessous : sarcophage de scarabée, Egypte, haute époque.
Poids Ashanti (Ghana) pour peser la poudre d’or, 1re moitié du à droite : un Dynastide, un charançon, deux Teflus, un criquet. L’insecte est la matrice du moule et disparaît au moment de la coulée du cuivre en fusion. XXe
siècle. De gauche
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