arts de la rue
Un terreau fertile Le Loup Blanc, à Niort, travaille avec une cinquantaine de compagnies de rue. Voici le témoignage du directeur de cette agence spécialisée dans la production d’événements, Pascal Duforestel Entretien Mireille Tabare LES VERNISSEURS
N
Deux créations des Vernisseurs : le mini-village éphémère installé à Bougon et un moment de Joyeuse
pagaille urbaine. Ph. J.-P. Tuttard/Appi.
ous sommes en Poitou-Charentes le principal opérateur privé dans le domaine des arts de la rue. Ainsi, pour l’année en cours, nous allons travailler avec 52 compagnies de rue dans le cadre de 11 opérations, ce qui représente un investissement de 320 000 €. De par la diversité de leurs propos et de leurs modes d’intervention, les arts de la rue présentent l’avantage de s’adapter à tous les contextes, urbain comme rural, pour y écrire une histoire à chaque fois différente. Ils peuvent intervenir par exemple dans le registre de l’animation festive pure – comme dans le cadre des saisons des arts de la rue que nous programmons au Futuroscope –, pour transfigurer et mettre en valeur un lieu – comme dans Sites en Scène en Charente-Maritime –, ou créer une dynamique sociale. Il existe en région une grande richesse de compagnies labellisées «arts de la rue». Les fanfares de rue foisonnent. Le Snob, La Clique sur Mer, Gonzo, Choc trio, Les Douglas, les Traîne Savates, La Fanfare Electrique, Stromboli… qui n’a pas croisé l’une de ces joyeuses bandes au détour d’une rue, d’une place, d’un jardin public ? Nombreuses et très créatives aussi sont les compagnies d’intervention théâtrale et plastique, dont les plus connues, Les Vernisseurs et Carabosse, toutes deux implantées en Deux-Sèvres.
Ce qui fait l’originalité et la force du travail des Vernisseurs, c’est qu’il se situe à la croisée de plusieurs disciplines artistiques, alliant les arts plastiques au théâtre et au jeu musical. Créée en 1991, cette compagnie exporte aujourd’hui ses spectacles à travers le monde entier. Ce peut être des interventions à grande échelle comme dans le spectacle intitulé Joyeuse pagaille urbaine, où des comédiens s’égaient dans un espace public, jouent avec les passants, et déclenchent à un moment donné des machines qui lâchent en quelques minutes des kilomètres de rubans, révélant par exemple tout à coup une architecture, un paysage, un parcours, créant des liens nouveaux avec la ville. Ou des spectacles plus intimes, mêlant également œuvres plastiques et travail d’acteurs, comme la très belle création Monsieur P. où le public de la ville est invité à visiter, dans un mini-village éphémère en plâtre construit sur un espace public, un musée où sont exposés des poulets en plomb. La visite est commentée par des «guides» et par Monsieur P. lui-même. Au bout de quelques jours, les œuvres exposées sont vendues aux enchères, et le musée est brûlé. Carabosse fait partie des quinze compagnies françaises reconnues au niveau national. On peut également se féliciter de l’implantation partielle en région de la compagnie Opus qui associe œuvres plastiques et travail théâtral. Opus a notamment conçu une partie des décors du Jardin du Nombril à Pougne-Hérisson. Une mention spéciale pour la démarche très originale du plasticien DUT (Poitiers) qui réalise des installations et des spectacles à partir de matériaux de récupération, tels le Casrol’Parc, premier parc d’attractions sur le thème de la cuisine conçu avec des objets recyclés.
40
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 70 ■
La diversité et l’originalité des propositions artistiques de rue constituent un atout pour la région. Le Temps des arts de la rue lui offre l’opportunité de valoriser ce potentiel, en s’engageant dans une politique forte d’aide à la création et à la diffusion. Cette démarche implique – c’est le premier enjeu – de développer la mise en réseau de tous les acteurs, ceux de la création et de la diffusion artistique, mais aussi les acteurs publics et privés. Faire se rencontrer les partenaires potentiels au niveau régional, c’est permettre à ces formes artistiques singulières de continuer à exister, notamment en proposant des programmations innovantes – nombre de programmateurs se contentent de faire leur «marché» au festival d’Aurillac – et en favorisant une plus large diffusion. Dans ce domaine aussi, le contexte régional incite à l’innovation. Plutôt que de se focaliser sur la diffusion festivalière, peu développée en Poitou-Charentes et qui commence à montrer ses limites, les collectivités devraient réfléchir à des formes d’intervention plus intégrées au quotidien, dans lesquelles les arts de la rue retrouveraient leur nature et leur force originelle : se glisser dans tous les interstices de l’espace public, dans la trame de la vie sociale, aller au-devant des populations, pour les surprendre, les questionner, les faire rêver. ■
MACADAM TECHNO LandOZ est le premier et peut-être l’unique groupe de musique électronique de rue. «Nous sommes partis du constat que, dans la rue, on pouvait entendre toutes les sortes de musiques excepté l’électro, explique JeanPierre Courjaud, créateur de musique électronique. De là, nous est venue l’idée d’amener la musique électronique dans la rue, pour faire découvrir à des publics plus larges un mode d’expression souvent mal connu et marginalisé. Nous espérions également attirer de cette manière le public jeune, l’aider à trouver ses repères dans des manifestations culturelles dont il se sent souvent exclu.» En 1999, LandOZ est créé à Poitiers par trois musiciens, qui investissent la chaussée, déambulent dans la foule et créent «en live» aux commandes de landaus équipés de machines à son ultramodernes reliées entre elles par transmission HF. «Pour les musiciens aussi, cette proximité avec le public, c’était une expérience nouvelle. Nous y avons pris goût. Le contact avec le public a pris une autre dimension avec l’arrivée de Juliette, danseuse qui joue avec des rubans, fascine les enfants et les entraîne dans ses farandoles.»
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 70 ■
41