histoire XVe et XVIe siècles, marquent une première
Les Français la terre et la mer M er adorée autant que redoutée, mer rêvée, mer ressource, vecteur d’activités humaines, d’expansion économique et sociale, une équipe d’historiens et d e géographes s’intéresse, dans un ouvrage collectif, aux relations particulières que la France et les Français entretiennent depuis le XIIIe siècle avec les espaces maritimes. Publié en mai 2005 aux éditions Fayard, le livre Les Français, la terre et la mer XIIIe - XXe siècle a fait l’objet d’une présentation publique, le 10 juin à la Corderie royale de Rochefort – à l’occasion des festivités organisées pour les 20 ans du Centre international de la mer – sous la forme d’une table ronde, animée par l’historien Alain Corbin, et réunissant quelques-uns des auteurs. «La France, en dépit d’atouts naturels incontestables – plus de 5 000 km de côtes, une ouverture sur quatre mers, une situation de pont entre Méditerranée et Atlantique – n’a jamais figuré au palmarès des grands pays à vocation maritime, explique André Lespagnol, professeur d’histoire à l’Uni-
Le Jardin des retours, de l’architecte paysagiste de Bernard Lassus, à la Corderie royale de Rochefort.
versité de Rennes et codirecteur de la publication. Pourtant, s’en tenir à cette idée reçue peut conduire à sous-estimer l’importance de la mer dans le développement de notre économie et de notre société, dans la constitution de l’identité nationale, et à éviter de s’interroger sur la nature originale des liens tissés depuis huit siècles entre les Français et la mer.» Le projet du livre est né de ce constat. Il ne s’agit pas ici d’écrire l’histoire d’une supposée «France maritime», distincte de la France terrestre. Les auteurs ont tifique, les arts, ou l’engouement actuel pour les loisirs maritimes. «Tous ces aspects de la longue histoire entre la France et la mer sont développés dans cet ouvrage sur la trame de la longue durée, au rythme simultané de ses continuités et de ses ruptures, précise Alain Cabantous, professeur d’histoire à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne, et codirecteur de la publication. Cette histoire commence au début du XIIIe siècle avec la conquête de la Normandie, ouvrant au pouvoir royal un premier accès à la mer. Les grandes découvertes, au tournant des
rupture. L’Occident se lance à la conquête économique et politique du monde. Un autre tournant majeur se dessine au XIXe siècle, avec l’entrée de la France dans l’âge industriel. L’introduction du navire à vapeur, du chemin de fer, le percement du canal de Suez vont modifier profondément les économies nationales, tant au niveau de la nature et du volume des échanges maritimes qu’au niveau des infrastructures et activités portuaires. Dans le même temps, une mutation s’opère dans la perception de la mer par les Français, qui se manifeste dans l’attrait nouveau qu’exercent les espaces maritimes sur les population de l’intérieur.» La période contemporaine, depuis les années 1950, ouvre à son tour sur un bouleversement radical du rapport terre-mer. La nouvelle mondialisation, la montée en puissance de l’Europe, les mutations dans la société française, induisent une réorientation radicale des économies maritimes littorales, des stratégies maritimes nationales et des comportements des populations par rapport aux espaces maritimes. Le littoral devient le lieu d’une anthropisation galopante : urbanisation accélérée, essor du tourisme et des loisirs maritimes, création de nouvelles activités économiques, désengagement progressif de l’Etat, multiplication des acteurs, apparition de nouveaux acteurs – notamment au niveau de la préservation du patrimoine maritime et littoral. «On assiste actuellement, sur le littoral, à une véritable inversion du rapport terremer, à une “démaritimisation” des sociétés littorales et à une appropriation continentale des rivages, souligne Françoise Péron, professeur de géographie à l’Université de Brest, et codirectrice de la publication. Aujourd’hui, le rapport des Français avec la mer se joue plus dans le registre du mythe que de la réalité. Et le phare qui, autrefois, signalait la terre aux marins, sert maintenant à désigner la mer aux terriens.» Mireille Tabare
PRIX DU LIVRE MARITIME A bord du cotre Lola of Skagen, amarré sur la Charente au ponton de la Corderie royale, Erik Orsenna, président du jury du premier Prix du livre Corderie royale-Hermione et président du Centre international de la mer, dévoile le nom du lauréat 2005, l’historien Serge Gruzinski, pour son livre Les quatre parties du monde (La Maritinière). «Si le choix du jury s’est porté à l’unanimité sur cet ouvrage parmi les huit livres sélectionnés, précise Erik Orsenna, c’est parce qu’à travers l’histoire
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Marc Deneyer
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 69 ■
L’horizon de Claude Margat D ans ses peintures «à la chinoise», l’écrivain Claude Margat capte le Marais rochefortais qu’il habite, obs e r v e , arpente. Après Poussière du Guangxi, publié en 2004 aux éditions de la Différence, un nouveau livre est en préparation chez cet éditeur : L’Horizon des cent pas. L’ouvrage à paraître en octobre prochain réunira des textes d e Claude-Louis Combet, Bernard Noël, Jean-Paul Auxeméry, des entretiens (dont celui accordé à L’Actualité, n° 64), bon nombre de reproductions de peintures et de textes inédits de Claude Margat. Extrait : «Déambuler à travers l’étendue, c’est poursuivre l’exploration d’un récit dont on est à la fois le protagoniste et l’acteur. Rien ne distingue fondamentalement cette activité de celle d’écrire ou de peindre. Comme l’écriture et la peinture, la déambulation ne connaît d’autre terme que celui de la découverte. Ces trois activités ne s’assignent à aucune destination particulière, elles valent seulement pour l’usage dont elles forment le lit. Ce que
qu’il nous narre – la première entreprise de “mondialisation” menée par les Espagnols au XVIe siècle – il nous parle également du présent.» Ce prix, doté d’un montant de 1 500 € et d’un weekend offert à l’hôtel jouxtant la Corderie, a été lancé cette année à l’occasion de la célébration des 20 ans du CIM. Il a pour ambition de récompenser des livres, de tous genres (littéraire, journalistique, universitaire…), traitant avec talent et originalité des mondes de la mer.
l’on peut dire de cet usage et du partage des activités d’approche qui le constituent, c’est qu’il conduit à intérioriser le réel, à transformer celui-ci en action d’écriture intérieure et qu’ainsi, l’acteur est agi pendant toute la durée du parcours. Ce que l’on appelle paysage peint n’est finalement que le remous laissé dans le sillage dudit parcours. Mais cela vaut autant que toute espèce d’indication sur la nature d’un paysage, ses charmes, ses pièges. L’action d’une mémoire en mouvement est tributaire des réactions que ses représentations suscitent. Cette action ne se poursuivra qu’à la condition de trouver dans la communauté la connivence nécessaire. L’artiste ne fait que répondre à l’obligeance des lecteurs éventuels. Il leur doit une part de son temps réel. En poursuivant son parcours errant, il contribue à l’œuvre du temps et confirme ainsi l’existence de la chance.»
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