archéologie
Cuisine mésolithique au bord du Clain Il y a environ 7 000 ans, une population de chasseurs-cueilleurs est venue s’installer chaque année sur les bords du Clain, à Poitiers. Seule trace de leur passage, trente-cinq foyers ont été mis au jour par les archéologues près de la future station d’épuration de la Folie, à l’Essart Par Anh-Gaëlle Truong Photos Grégor Marchand
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De gauche à droite : Guillaume Auger, Ophélie Bellanger, Gaël Barracand, Sylvène Michel (dans la fosse), Katja Douze (debout).
rente-cinq foyers mésolithiques ont été mis au jour à l’Essart, à Poitiers. «Il y en a enc o r e autant sous terre», précise Grégor Marchand, responsable des fouilles menées depuis deux ans sur ce site daté aux alentours de 5 300 avant J.-C. «Le site est d’autant plus exceptionnel que le Mésolithique est une époque dont il nous reste peu de traces.» En effet, les installations des populations de chasseurs-cueilleurs sont extrêmement discrètes : seuls quelques trous de piquets de tentes, des foyers et parfois des sépultures témoignent de leur passage. En outre, l’Europe occidentale était alors recouverte d’une dense forêt qui a freiné les dépôts protecteurs de sédiments. Mais à l’Essart, c’est le Clain qui a préservé le site en venant déposer doucement des alluvions sur les foyers à chacune de ses crues d’hiver. Au Mésolithique, le terrain était inondé chaque année. Il faut donc imaginer que les utilisateurs des foyers revenaient à la belle saison pendant plusieurs générations – Grégor Marchand estime que le site a servi pendant 300 ou 400 ans – pour chasser ou pêcher et cuire leurs produits. «Pour l’instant, impossible de savoir s’ils faisaient cuire de la viande ou du poisson. S’il y a eu des ossements, ils ont tous été désagrégés par l’acidité du sol. Seule une analyse en cours des pierres chauffées nous permettra de savoir ce qu’elles ont cuit.» Le Clain regorgeait certainement de saumons à cette époque. S’élargissant en aval, donc moins profonde, la rivière pouvait aussi ménager un gué emprunté par les gibiers. Mais les critères de choix de ce site resteront une énigme. Outre les foyers, près de 120 000 silex, dont les trois quarts étaient brûlés, ont été retrouvés. L’analyse de leur fonction permettra de déterminer les autres activités de la zone. Mais à ce jour aucune trace d’habitations, ni de sépultures. L’archéologue suppose que leur emplacement n’est pas loin, dans les champs alen-
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tour, dans les jardins ouvriers, sous la voie ferrée… L’année prochaine, le site de 2 000 m 2 bénéficie d’une saison supplémentaire de recherches avant de céder la place à l’extension d’une gravière. Les archéologues s’attacheront alors à explorer les zones i n t e r m é d i a i r e s : «Le site est tellement riche que j’aimerais trouver des zones vides ou moins denses pour définir un rythme d’occupation.» Entre-temps, les analyses commencent. A l’étude des f o n c t i o n s du matériel lithique et des pierres des foyers, s’ajouteront notamment la lecture des plans pour rechercher des effets de parois, c’est-à-dire des liserés de pierres déposées le long d’éventuelles tentes, et des datations des charbons. «En effet, une situation plus précise dans le temps nous sera utile
car nous nous situons exactement à l’époque de la t r a n s i t i o n avec le Néolithique. Les chasseurscueilleurs cohabitaient avec des groupes déjà sédentaires vivant de l’agriculture et de l’élevage. Sans savoir comment elle s’est effectuée, nous tablons cependant sur une transition de longue durée. En effet, le différentiel technique entre les populations était moins important qu’entre les Indiens et les pionniers américains par exemple pour qui la transition a été ultra-rapide.» Une publication destinée au grand public est envisagée pour mettre en valeur l’importance du site. «Mais, comme le précise l’archéologue, plus les époques sont éloignées, plus le matériel retrouvé demande du travail en aval pour être lisible et compréhensible.» ■
Dans les latrines de Chassenon Les thermes de Chassenon ont fait l’objet, l’été dernier, de nouvelles campagnes de fouille aux deux extrémités du circuit de l’eau dans le bâtiment. Un sondage, au sudouest, effectué par Cécile Doulan, a permis de localiser un mur-bahut soutenant certainement la canalisation alimentant les thermes depuis le temple. Philippe Poirier a conduit la seconde investigation, au nordouest, pour mettre au jour les latrines du IIe siècle. «Ces toilettes monumentales – conçues pour une cinquantaine de personnes – étaient nettoyées par les eaux usées des thermes. Elles sont logiquement situées en fin de circuit», précise l’archéologue. De forme rectangulaire, équipées d’un dallage central, elles étaient ceintes de rigoles emplies d’eau. Conformes aux normes antiques, les sièges étaient formés de deux dalles espacées et fixées au mur. Des enduits peints recouvraient les murs, avec des motifs floraux tandis qu’une main antique a gravé le graffiti suivant : civibus lem. «Il s’adresse vraisemblablement aux gens de Limoges, les Lémovices.» Pour disposer d’une vue complète des thermes, il ne manque plus qu’à dégager l’entrée monumentale de l’établissement. Afin d’évaluer l’ampleur de la tâche, des sondages seront effectués lors des prochaines campagnes. Fouillés depuis 1958, les thermes de l’antique Cassinomagus sont à la fois exceptionnellement conservés et paradoxalement assez peu connus du grand public. Le Conseil général de la Charente est en train d’étudier trois propositions réalisées dans le cadre d’un marché d’aménagement. Son objectif : à la fois conserver et promouvoir ce site en accueillant 30 000 à 40 000 personnes par an. Un guide a été publié dans la collection «Itinéraire du Patrimoine» chez Geste éditions. Il a été rédigé par les archéologues Philippe Poirier, David Hourcade et Pierre Aupert, directeur de recherche au CNRS en architecture antique. A.-G. T.
Philippe Poirier
Les thermes antiques de Chassenon, Geste éditions, 48 p. 2004. 7 € 45
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