bande dessinée
D’abord attiré par le théâtre, Christophe Bataillon, diplômé de l’Ecole supérieure de l’image d’Angoulême, pratique l’illustration et la bande dessinée à la Maison des auteurs
Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet
Christophe Bataillon
images en scène
«
vant que la surface soit remplie, c’est un calvaire... Mon plaisir est achevé quand il n’y a plus d’espace.» Ainsi va l’art de dessiner selon Christophe Bataillon, 26 ans, dont le graphisme associe l’accumulation, un trait fin comme le fil, et la petitesse.... un élément stylistique original que l’auteur attribue avec humour à sa myopie ou, plus sérieusement, à sa pratique enfantine de la peinture sur figurines. Diplômé en 2003 de l’Ecole supérieure de l’image, option bande dessinée, et actuellement résident à la Maison des auteurs d’Angoulême, le jeune homme venu de Paris multiplie les projets de livres illustrés, de bande dessinée muette ou parlante, de récits de voyage imagés. Ainsi va, dit Christophe Bataillon avec conviction, la vie d’artiste débutant : il faut emmagasiner les idées, tenir le rythme de la création et la distance face à l’échéance, toujours incertaine, de la publication. L’enthousiasme à imaginer lui est venu dès les années d’école, au contact de collectifs d’auteurs d’Angoulême comme Café Creed ou Angoulm. Son premier fanzine autobiographique et une variation sur la pluie datent de cette époque initiatique. Aujourd’hui, l’un des projets majeurs de Christophe Bataillon s’intitule Exercices de diction. Et si le titre semble utilitaire, il se teinte, une fois transformé par l’imaginaire de l’artiste, d’une poésie folle. «Aglaë glissait gracieusement sur la glace glauque du Groenland», «L’acariâtre Sacha et ses six chats»... chaque suite de mots destinée aux comédiens est prétexte à une composition d’image. Le livre – tout
A
public – à venir devrait en compter une centaine. «Une illustration est une histoire, je l’attaque comme une bande dessinée. L’image unique, centrale, doit suggérer un avant et un après», précise l’auteur «retombé» de manière fortuite sur une leçon de théâtre. Car c’est un peu par hasard, muse dont il use et s’amuse, que Christophe Bataillon a fait le voyage vers l’ESI après un bac économique et social et, tout de même, une «prépa» à l’atelier des Beaux-Arts de la ville de Paris. «Plus jeune, je faisais du théâtre, des jeux de rôles, je dessinais très peu... puis il a fallu faire quelque chose», avoue l’auteur, depuis toujours lecteur de bande dessinée. A Angoulême, l’éducation au 9e art fut entière, intercontinentale, et plus que d’autres, les auteurs de l’Association – Jean-Claude Menu, Lewis Trondheim... – se sont érigés en modèles : «Ils montrent qu’avec une schématisation très simple, on peut raconter des histoires magnifiques, reconnaît Christophe Bataillon. L’essentiel est de trouver son vocabulaire graphique.» Le sien donne, en ce moment, vie à Albert et Gudule, petits héros de gags en une planche promis à la publication dans la presse jeunesse. Le jeune auteur, qui collabore à la rubrique jeux du Journal de Mickey, a aussi scénarisé et dessiné Alfred et Zigomard, autre bande dessinée humoristique destinée au «bel et mystérieux» public enfant. Bientôt, Christophe Bataillon mettra des images sur un long périple en Asie, ou se laissera tenter par un récit autobiographique, intimiste et plus... silencieux. Quant à la forme des ouvrages à venir : «Elle dépendra, avoue-t-il, de l’histoire que je veux raconter.» ■
Les travaux de Cristophe Bataillon sont visibles sur le site www.coconino-world.com et dans le recueil Au fil du Nil (n° 12) des étudiants de l’Ecole supérieure de l’image.