Hervé Beaudouin accoudé à la rampe du musée des arts du cognac.
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Hervé Beaudouin
Eloge du brut Par Jean-Luc Terradillos Photos Marc Deneyer
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rois réalisations d’Hervé Beaudouin ont été inaugurées en 2004 : le musée des arts du cognac et, à Poitiers, le Centre universitaire de relation avec les entreprises (Cure) et la Maison des habitants de la Gibauderie. Cette maison de quartier est aux normes HQE (haute qualité environnementale), c’est-à-dire qu’elle répond à toute une batterie de critères issus du concept de développement durable, allant du respect de l’environnement, y compris durant le chantier, au confort thermique… Principal atout : les murs sont économes. L’architecte a choisi une brique épaisse et alvéolée (bio’bric) qui assure à elle seule une isolation thermique supérieure à celle d’un mur en parpaings ou en béton associé à un isolant thermique. Une visite des lieux avant l’ouverture officielle, donc sans chauffage et par un jour glacial de décembre, a démontré que le bâtiment bénéficiait d’une climatisation naturelle.
Portes et volets sont en bois, matériau économique, renouvelable et biodégradable – un peu trop vite car il craint l’humidité, les insectes et les moisissures, ce qui exige des traitements chimiques réguliers. Sauf si l’on utilise du bois rétifié – ici du frêne. La rétification est un traitement thermique du bois, sans ajout de produits chimiques, qui le rend aussi résistant que le teck ou le western red cedar. Cette technique récente permet de valoriser des essences très répandues en Europe tels le sapin, le pin maritime, le hêtre ou le peuplier, et par conséquent de réduire les importations de bois exotiques (réputés pour leur stabilité) qui contribuent au saccage des forêts tropicales. La Maison de la Gibauderie semble irréprochable d’un point de vue écologique. Pourtant, l’architecte affirme : «Je ne suis pas un militant de l’écologie ni de la construction bioclimatique mais je m’y intéresse. Deux raisons m’ont poussé à utiliser la bio’bric. La première était d’expérimenter ce matériau dans un bâtiment public. La seconde est purement architecturale : donner au bâtiment la même peau à l’intérieur et à l’extérieur. Beaucoup d’architectes en rêvent mais n’y parviennent jamais en raison des contraintes réglementaires. Ce fantasme était possible grâce à la bio’bric qui ne nécessite aucun doublage. Le même crépi – riche en sable et en chaux – a donc été posé sur les deux faces des murs pour obtenir une continuité, du dehors au dedans.» Mais le geste architectural immédiatement perceptible, c’est le mur en pierre de 60 m de long, non parallèle à la rue. Dans un périmètre constitué d’une école, d’une vaste aire de jeux, de maisons individuelles et de deux immeubles, l’architecte doit réussir à créer un rapport d’échelle qui rende évidente la présence de l’édifice public. Du fait de sa densité, le mur s’impose dans le paysage, comme un rempart ou une sculpture monumentale. Il donne du poids à la Maison de la Gibauderie. Il s’agit d’un mur en béton sur lequel
L’entrée du Cure est glissée entre deux bâtiments. Une galerie vitrée relie les trois bâtiments disposés en chapelet. La forme en trapèze de chaque volume accentue les effets de perspective. Les menuiseries en acier brut sont disposées à l’extérieur du mur et les parties ouvrantes sont constituées de petits volets en frêne rétifié.
Sur le campus universitaire de Poitiers, le béton calcaire du Cure est constitué de ciment blanc et de cailloux calcaires.
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sont incrustées des pierres calcaires provenant de démolitions, montées selon une technique artisanale, le banchage, mise au point avec un maçon portugais des Deux-Sèvres, Manuel Paiva. «On prend les pierres telles quelles, sans les laver ni les retailler, afin de conserver leur texture, indique Hervé Beaudouin. On n’aime pas trop le brillant ni le lisse. Comme le mur présente une légère inflexion et qu’il est orienté pratiquement nord-sud, la lumière frisante produit à certaines heures de la journée des effets intéressants.» Le mur n’est pas pour autant un pur décor. Il soude le bâtiment à l’environnement. Parfaite illustration de la «rusticité moderne» dont se réclame Hervé Beaudouin, «moderne» par sa rigueur géométrique, «rustique» par son goût pour les matériaux naturels, utilisés bruts (L’Actualité n° 57).
La Maison de la Gibauderie, à Poitiers : le mur en pierre banchée est traversé par les gargouilles en acier galvanisé qui conduisent l’eau pluviale à ciel ouvert.
Le mur a une très légère inflexion au droit de l’auvent de l’entrée.
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Depuis son diplôme obtenu en 1975 à l’école d’architecture de Nancy, la ville de l’Art nouveau et de Jean Prouvé, il s’est installé à Niort et a découvert une région très marquée par l’art roman et par la diversité des pratiques vernaculaires de l’auto-construction : cahutes en lattes de châtaignier goudronné dans le Marais poitevin, murets en pierres sèches, angles des murs arrondis et piliers ronds du pays Mellois, cabanes ostréicoles et carrelets de la côte charentaise… Ce qui l’a conduit à explorer les marges de l’architecture : bétons du désert de Franck Lloyd Wright, rochers et verre cassé de Bruce Goff, coffrag e s hasardeux de Le Corbusier, tours de mains réinterprétés par Carlo Scarpa, maisons en terre de Rick Joy, maçonneries telluriques de José Luis Sert… Et à trouver son propre langage. UNE ARCHITECTURE INTÉGRÉE DANS LE PAYSAGE GRÂCE AU MATÉRIAU
pierre banchée exige moins de travail et un béton calcaire encore moins. C’est un béton de ciment blanc réalisé à base de granulats calcaires mélangés à de gros éléments. Au final, on pourrait croire que c’est de la pierre – ce qui réconcilie le public avec le béton.» En outre, ce béton se patine à merveille et ne nécessite aucun entretien. Malgré cette expérience acquise au fil de nombreuses réalisations, principalement dans les Deux-Sèvres, Hervé Beaudouin se demande toujours avant de se lancer dans un projet : «Avec quel matériau ?» C’est ainsi qu’à Sainte-Radegonde-des-Pommiers, il a construit le centre de loisirs avec des blocs de diorite ocre issus de la carrière voisine. Cette roche volcanique est habituellement utilisée en granulats pour les rou-
Il aime à citer Louis Kahn : «Penser matériau», «le m a t é r i a u inspire». «J’essaie, affirme Hervé Beaudouin, de démontrer qu’on peut faire une architecture intégrée dans le paysage sans céder au pastiche. L’architecture dite régionaliste n’est en fait qu’une vague interprétation du patrimoine bâti. Je crois être suffisamment détaché de ces caractères vernaculaires pour pouvoir vraiment rejoindre la région par le matériau, ce qui permet de développer une architecture contemporaine sans pour autant plagier les formes du passé.» Le matériau, il le travaille avec des artisans prêts à expérimenter. Depuis 1985, quatre techniques ont été mises au point avec des maçons : pierre de récupération en contre-murs, pierre sciée et éclatée, pierre b a n c h é e , béton calcaire (ou béton de site). Pour échapper aux standards imposés par la production i n d u s t r i e l l e , il a fait appel à des menuisiers et métalliers pour concevoir des menuiseries en cornière et fer plein, sans peinture, et des menuiseries composites utilisant le bois rétifié et l’acier inoxydable. Le béton de site avec lequel ont été construits le Cure et le musée des arts du cognac (avec Jean-Jacques Bégué et Bernard Peyrichou, L’Actualité n° 66) résulte à la fois du parti pris architectural et d’une recherche d’économie : «Ce qui coûte cher dans un mur en pierre, c’est le travail de la main. Un mur en 30
tes. A Bressuire, les murs du Bocapôle seront en granite. A Saumur, la maison de l’artisanat présentera des façades en tuffeau, un calcaire si friable qu’on ne l’emploie plus que pour les restaurations. En effet, le tuffeau se desquame très vite mais Hervé Beaudouin a trouvé comment tirer parti de ce défaut pour imaginer un bâtiment qui s’usera «naturellement». ■
Au musée des arts du cognac, le rempart, dégagé lors des travaux, encoffre le bâtiment neuf. Au-dessus du mur, le chai a une paroi de bois goudronné. Au pied, une douve sèche a été récréée.
Hervé Beaudouin est aussi architecte conseil de l’Etat depuis 1997 dans la Creuse et depuis 2005 dans l’Essonne. Il est associé à deux architectes portugais : Joao Luis Carrilho da Graça pour le théâtreauditorium de Poitiers et Eduardo Souto de Moura pour un projet de réhabilitation à Montreuil. Pour en savoir plus, le site internet : www.beaudouin-architecte.com
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La galerie sud des trois absidioles du musée des arts du cognac montre une collection de flacons anciens et modernes. Le mur monolithe en béton de calcaire a le même aspect qu’à l’extérieur. La lumière entre de façon mesurée par un jeu de fentes vitrées horizontales et verticales, prises entre le béton et des parecloses de chêne.
DEUX TAPISSERIES DE JACQUES VILLEGLÉ Au musée des arts du cognac sera installée au printemps prochain l’une des deux tapisseries de Jacques Villeglé commandées par le ministère de la Culture pour la ville de Cognac. Ces œuvres de 4 x 1,96 m, intitulées «Les carrés magiques» et «Rue de Bretagne», sont réalisées par les ateliers André Magnat à Aubusson et Pinton à Felletin. Rappelons que cet artiste majeur a vécu une partie
La rampe conduit au premier étage. Le sol est recouvert de pierre calcaire (Lusignan).
de son enfance à Cognac, entre 1929 et 1934 (L’Actualité n° 56). 31
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