bande dessinée
Zep, le créateur de Titeuf, est grand prix 2004 de la ville d’Angoulême et président du 32e Festival international de la bande dessinée
Entretien Astrid Deroost Photo Claude Pauquet
Les imprévus de Zep
Je ne me sens pas auteur pour la jeunesse... Je fais de la bande dessinée. Je parle de choses qui touchent à l’enfance. Je construis des histoires qui me sont ou non arrivées, à partir d’émotions d’enfance, sur des thèmes qui m’intéressent. Je ne sais pas vraiment comment se compose mon lectorat en terme d’âge, c’est la magie du livre qui peut toucher un enfant de 6 ans et un monsieur de 75 ans.
Pourquoi l’art bande dessinée ?
Je ne l’ai pas choisi, il s’est imposé à moi. J’ai toujours dessiné, comme tous les enfants, simplement je ne me suis pas arrêté. A 4 ans et demi, quand j’ai commencé l’école, je me suis retrouvé «dessinateur de la classe». A 5 ans, j’ai dit à mes parents que je ferai des livres, ils trouvaient ça mignon... Ensuite la bande dessinée m’a offert la double possibilité de dessiner et de raconter des histoires. Et comme j’étais timide, je pouvais dire des choses assez extrêmes – et faire rire, ce qui est très agréable – sans me mettre en première ligne.
Z
ep, 37 ans, Suisse et créateur du très populaire Titeuf, gamin blond au parler détonant, le confesse : il n’avait pas prémédité les douze millions d’albums vendus et traduits dans plus de 20 pays dont la Chine. Pas plus qu’il n’a, à l’aube de sa carrière, destiné ses ouvrages aux seuls enfants. Mystère du ministère. Les écoliers voient en lui un maître d’humour et de leçon de choses. Grâce à lui, les grands se revoient en lecteurs buissonniers... Q u e s t i o n s au grand prix 2004 de la ville d’Angoulême et président du jury du Festival international de la bande dessinée en 2005.
L’Actualité. – Votre présence à Angoulême va attirer des hordes de 8-12 ans...
Le succès de Titeuf a des allures de légende...
* Jean-Claude Camano des éditions Glénat.
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J’ai été surpris par ce public enfant, je n’ai jamais fait de démarche particulière pour le conquérir.
Zep. –
J’ai commencé à publier à 14 ans, lorsque mes publications sont devenues régulières, j’en avais 16. Quand on me refusait dans un magazine, j’avais envie de me remettre au travail, je me disais «ils regretteront bien». Titeuf, je l’ai improvisé dans un carnet. Je ne voulais pas le publier. Puis je l’ai publié dans un fanzine, je n’avais pas envie de refaire le tour des éditeurs, j’étais sûr que je me ferais jeter : que ce serait «mal ciblé», que le langage, les sujets actuels, comme le sida ou le chômage, ne seraient pas BD. Et c’était vraiment ce que j’avais envie de raconter. Quand Camano* m’a proposé de faire un livre, ça ne m’a pas emballé. Je pensais qu’il allait me demander de changer plein de trucs et il a pris mon travail... Mes projets avaient toujours été retouchés.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■
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Titeuf manie l’accent circonflexe...
BIBLIOGRAPHIE
1988, Victor n’en rate pas une ! (Kesselring). 1990, Léon Coquillard, avec Gilli (GSSA). 1991, Kradok - Amanite Bunker (Atoz). A partir de 1993, Titeuf, du tome I, Dieu, le sexe et les bretelles. Le tome X, Nadia se marie, est sorti en août 2004... En 1998, naissance de Tchô, le magazine de Titeuf. Depuis 2001, Titeuf est la vedette d’une série animée produite par France Animation, Canal J, France 3 et Glénat. 2001, Les trucs de Titeuf, Le Guide du zizi sexuel, avec Hélène Bruller (Glénat). 2003, Les minijusticiers avec Hélène Bruller (Hachette Jeunesse). 2004, Captain Biceps avec Tébo. Tome I : L’Invincible (Glénat). Le Monde de Zep (Glénat). Une invitation à pénétrer dans l’univers de l’artiste Zep, BD et autres productions touchant à des domaines très divers : la musique, les voyages...
C’est peut-être mon accent... Non, c’est venu de sa particularité physique, il a une grosse lèvre, ça lui allait mieux de dire «c’est pô juste». Il y a un langage, devenu presque classique. C’était revendicatif de ma part, en réaction aux publications jeunesse, au langage figé de la BD tel qu’il apparaissait dans Spirou ou Boule et Bill, éducativement correct. Partout ailleurs, le langage avait évolué sauf dans la BD et cela me révoltait. Titeuf parle avec une grossièreté, construite, d’enfant.
Vos admirations : Greg, Gotlib...
J’ai toujours lu beaucoup de bande dessinée et dès que je découvrais un dessinateur je le recopiais. Je pourrais citer au moins une centaine d’influences. A Angoulême, une partie de l’expo s’intitule «Portraits de famille», j’ai fait 25 portraits de personnages qui ont un lien familial plus ou moins lointain avec Titeuf, j’ai puisé dans leur patrimoine génétique... Le dernier est Lapinot, il y a aussi Rahan que je n’avais pas dessiné depuis longtemps. Je me suis amusé comme un fou, c’est un vrai plaisir de dessinateur que de se réapproprier le travail de quelqu’un d’autre.
On évoque le succès de Titeuf puis... votre talent de dessinateur.
Il y a cette croyance que le beau dessin réaliste correspond aux grands dessinateurs, et le dessin humoristique aux mauvais dessinateurs. Les gens lisent une BD parce que c’est une bonne BD et ils ne voient même plus le dessin. Quand on remarque que c’est très bien dessiné, ce n’est pas forcément une bonne chose. On est là pour embarquer le lecteur dans l’histoire.
Vous appartenez à la ligne claire ?
Je me sens très loin du dessin d’Hergé. (...) Il a dans la ligne claire un côté très strict... Je suis un dessinateur de ligne claire qui dérape un peu dans le plaisir.
Que pensez-vous de la création actuelle ?
Zep / Glénat
La bande dessinée est extrêmement riche, maintenant. Il y a beaucoup plus d’auteurs. De plus en plus, des choses brutes nous arrivent, imprimées telles quelles. Je dis en plaisantant : «Aujourd’hui, le rock’n’roll, c’est nous.» Il y a une espèce d’urgence à s’exprimer et les choses se disent en bande dessinée, plus librement.
Titeuf restera enfant, longtemps encore ?
J’ai fait une dizaine d’autres livres, jeunesse, sur le rock, sur l’adolescence, d’autres tentatives non publiées, mais Titeuf est devenu une série, cela m’occupe tout le temps et tant que j’ai du plaisir à le faire, je le fais. Il n’y a pas de trucs dans la manière d’écrire des histoires... C’est un terrain de jeu très vaste et je réalise que j’ai la chance d’avoir un sujet qui me correspond. ■
Le titre de président de la 32e édition du Festival international de la bande dessinée (FIBD) vaut à Zep hommage et labeur. Une exposition rétrospective lui est consacrée au Centre national de la bande dessinée et de l’image. Quatre thèmes dans la première partie : enfance, amour et sexe, héros, musique. Autour d’une statue de Titeuf, l’itinéraire dévoile Zep-Philippe Chappuis, né en Suisse en 1967, diplômé des Arts déco de Genève, de ses premières recherches et publications à la naissance de Titeuf. Outre les planches, croquis, affiches, pochettes de disque, on y découvre des dessins animés inédits de Zep, un distributeur d’histoires-gags de Titeuf, ainsi
qu’un «morphing» retraçant la vie de Titeuf. A l’étage, en guise de «Portraits de famille», Zep a réinterprété Lucky Luke, Jack Palmer, Fritz the Cat, Le Spirit, Popeye, Arzach... Et trente de ses pairs dessinateurs, parmi lesquels Moebius, De Crécy, Loustal, Tardi, Gotlib, ont croqué Titeuf. Une ultime étape propose des travaux inattendus : illustrations, aquarelles de voyage, carnets de croquis, révélateurs «de la diversité de la palette stylistique et thématique de Zep». Exposition Zep au musée du CNBDI, 121, route de Bordeaux, du 27 janvier au 31 août. Commissaires : Zep et Benoît Mouchard, directeur artistique du Festival.
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