économie du livre
Dossier réalisé par Anh-Gaëlle Truong
JEAN-MICHEL RICHET
Réputation et exigences universitaires J ean-Michel Richet, libraire depuis 31 ans, est directeur depuis 1998 de la librairie Gibert. Une enseigne qui s’est installée à Poitiers dans les années 1930. Votre librairie est réputée pour son fonds universitaire, majoritairement à rotation lente…
Gibert est une librairie dont les clients souhaitent que l’ouvrage universitaire le plus pointu soit en rayon. En sciences
humaines ou en littérature, l’immense majorité du stock n’est vendue qu’une ou deux fois par an, hormis les ventes prescrites par les enseignants. Dans ces secteurs, 5 % de la production représentent 95 % des ventes. En outre, plus un ouvrage est facile à vendre, plus la marge accordée par l’éditeur au libraire est importante (jusqu’à 40 %). De fait, si les gens préfèrent acheter Titeuf ou un prix Goncourt dans une grande surface plutôt que chez moi, je dispose de moins de trésorerie pour équilibrer, entre rotation lente et rotation rapide, un des fonds les plus importants de la région. Avec le livre de poche, c’est pareil. Proust et Balzac sont à la mode, du fait des prescriptions, mais on ne lit plus Sand ou Loti. Dans cette édition, ils en sont à environ 18 000 références mais il n’y en a pas plus de 3 000 disponibles. Cela donne une idée de ce qui passe à la trappe. Il y a trois ans, un représentant de chez Fayard me disait que l’implantation d’une grande surface spécialisée dans une ville n’affaiblissait pas les librairies alentour et qu’au contraire elle dynamisait localement la vente du livre. Cela se vérifie dans les villes importantes, d’au moins 300 000 ou 400 000 habitants, mais pas à Poitiers. Nos ventes ont globalement stagné.
Quelles relations entretenez-vous avec les grands éditeurs ?
Elles procèdent d’un vaste chantage. Ils ont compris que nous sommes dans la dernière ligne droite et en profitent pour tenter de maîtriser tout ce que nous mettons en rayon. Et, sous-entendu, «si vous résistez, nous baisserons vos remises». A l’échelle de Gibert, j’ai encore un pouvoir économique et je connais les représentants. En revanche, certains se comportent comme de véritables Attila chez les libraires les plus fragiles.
JOSEPH GIBERT, POITIERS 39 emplois dont 25 libraires, 7 disquaires et 4 papetiers. 80 000 références et 150 000 volumes. 750 m2 pour la librairie. Activité : librairie (72 %), disques (20 %), papeterie (8 %). Meilleures ventes le 1er octobre : L’Abcdaire des sciences humaines en médecine (Ellipses Marketing), le Code civil (Dalloz), Nouvelles de Saint-Pétersbourg de Gogol (Folio), La dernière leçon de Noëlle Châtelet (Seuil).
Marc Deneyer
CIDELE
Point final L
LE PRIX DU LIVRE DÉCOMPOSÉ Selon le Centre national du livre, le prix de vente public d’un livre se décompose approximativement ainsi : fabrication : 15 % à 19 % ; auteur : 8 % à 12 % ; éditeur : 11 % à 20 % ; diffuseur : 6 % à 10 % ; distributeur : 11 % à 14 %, ; libraire : 25 % à 38 % ; TVA : 5,5 %.
e Temps qu’il fait, L’Escampette, U n e s , William Blake, Jacques Brémond, Opales, Didier Devillez, Folle Avoine… «Nous présentions, exclusivement dans les salons du livre, les catalogues complets d’éditeurs de poésie et de littérature contemporaine qui n’avaient pas ou peu d’existence en librairie.» Le diffuseur Cidele, porté à Angoulême par Muriel Langlois et Patrick Soulard, a vécu huit ans et arrête aujourd’hui une activité sans équivalent en France. Une baisse des ventes pendant deux années consécutives a eu raison de leur engagem e n t . Et bien que la crise semble
aujourd’hui passée, les finances ne suivent plus. «Ces baisses ne sont pas dues à un désintérêt des lecteurs. Au contraire. Mais leur pouvoir d’achat a baissé et le premier poste de dépense supprimé fut l’achat de livres», analyse Muriel Langlois. Cidele se met donc en retrait avant d’imaginer d’autres projets, «histoire de voir quelle tournure prend la situation générale du livre». En attendant, Muriel Langlois aimerait voir des réactions collectives se mettre en place. «Imaginez un jour que 100 libraires décident de dire non aux offices. Je suis sûre qu’ils ne prendraient pas plus de risques.»
GRANDS LECTEURS Leur nombre diminue (25 ouvrages lus et plus par an), passant de 19 % à 14 % des lecteurs, entre 1981 et 1997, tandis que celui des petits lecteurs (entre 1 et 9 livres par an) augmente (de 28 % en 1981 à 34 % en 1997), selon les enquêtes du ministère de la Culture.
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STÉPHANE EMOND
Le pari des Saisons S téphane Emond a ouvert les portes des Saisons cet été rue Saint-Nicolas à La Rochelle. La librairie est petite, 42 m², et entièrement aménagée par son propriétaire dans une rue où flotte encore une atmosphère de quartier et d’habitués. «Je ne compte plus les gens qui viennent me dire combien j’ai du mérite d’ouvrir une nouvelle librairie.» S’il a conscience que le métier – qu’il connaît bien – est difficile et risqué, il ne fait pas pour autant des concessions sur la facilité. Son idée : proposer une librairie dont le fonds est différent en pariant sur le fait qu’il répond à une demande d’autres horizons. «Il n’y a pas un livre que je n’aurais pas choisi. Pas question d’offices. J’espère que l’avenir me donnera raison.» Les Saisons s’articulent autour de la littérature, des sciences humaines, des beaux-arts, de l’esthétique et du régionalisme. Plus quelques livres de cuisine, des policiers et les livres de poche qu’il affectionne tant. «Pour l’instant, j’ai gagné mon pari.
J’avais décidé de me faire plaisir dès le début avec des éditeurs et des ouvrages que j’aime, auxquels je consacre du temps. Et je les vends.» Autre parti pris : la librairie ne se cantonne pas au commerce du livre : «Je veux faire en sorte que les idées y circulent et soient partagées.» De fait, Stéphane Emond organise une rencontre une fois par mois. A venir : le compositeur et spécialiste du rock François Ribac, le photographe Marc Deneyer et l’auteur du Petit traité de la désinvolture, Denis Grozdanovitch.
LES SAISONS Création : été 2004. 1 emploi. 42 m2. Environ 6 000 références. Meilleures ventes : La bête qui meurt de Philippe Roth et L’homme sans postérité d’Adalbert Stifter.
MALÈNE MAZAUD
Une liberté restreinte « L es comptes sont équilibrés. Mais j u s q u ’ à quand ?» A Ruffec, Malène Mazaud est propriétaire de Clair de Plume, librairie, presse et carterie. «La presse est un excellent produit d’appel. Sans cette activité, je ne pourrais pas faire tourner la librairie.» En milieu rural, elle ne craint pas la grande distribution mais, à l’avenir, que donnera la vente via Internet ? «Pour l’instant, les gens cherchent les références sur leur écran puis viennent commander à la librairie.» Quant aux jeunes, ils se tournent plus facilement vers la BD. Il va falloir s’adapter. «Notre part de liberté, la part consacrée à la prise de risque pour défendre des livres peu couverts par la promotion, est minime», regrette-t-elle. Par manque de temps, et parce que sa trésorerie est en grande partie utilisée dans les offices. «D’autant que nous avons des obligations avec des groupes comme Hachette qui nous fournissent des présentoirs déjà
Abdelkrim Kallouche
garnis de leur sélection.» Pourtant la libraire utilise au maximum cette petite part de liberté. Notamment grâce au festival du premier roman, Biblion, qui se tient début octobre à Ruffec. Membre de l’association organisatrice, l’Arca, elle promeut le plus possible ces nouvelles plumes sélectionnées par un jury populaire de lecteurs. Une vitrine entière leur est consacrée dès août et le public, fidélisé, s’aventure dans ces pages inconnues avant même que le premier prix soit divulgué. Ainsi, nombre de Biblionphiles ont eu le plaisir de découvrir Philippe Besson ou Philippe Claudel bien avant leur succès public.
CLAIR DE PLUME, RUFFEC Librairie rachetée en 1985. 4 emplois. 110 m². 16 000 volumes. Meilleures ventes : les mêmes que Livres Hebdo. 35
Claude Pauquet
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économie du livre
NICHES ÉDITORIALES DU POITOU-CHARENTES En Poitou-Charentes, une quarantaine de structures se disent d’édition, y compris les publications à compte d’auteur. «Le paiement de droits d’auteurs pourrait être un bon critère pour identifier les vrais éditeurs», souligne Olivier Barreau, directeur de Geste éditions. Ces éditeurs publient entre 1 et 70 nouveautés par an dans des domaines aussi variés que la littérature (Plein chant, L’Escampette, Le temps qu’il fait, Le Lérot…), la bande dessinée (Ego comme X, An 2, Flblb), le régionalisme, l’archéologie avec l’Association des publications chauvinoises ou les sciences avec Atlantique. Dans un paysage où 30 % des 3 500 éditeurs français identifiés par le Fichier exhaustif du livre représentent 96 % de la production, les éditeurs du Poitou-Charentes occupent des niches économiques. Ils ne sont cependant pas à l’abri des flux et reflux de l’édition industrielle, notamment ceux qui publient de la littérature.
CLAUDE ROUQUET
Pour l’amour des livres D e p u i s quelques mois, Claude Rouquet a installé les éditions de l’Escampette à Chauvigny. Al Berto, François-René Daillie, Allain Glykos, Anne Perrier sont des auteurs emblématiques de la maison, qui publie aussi Catherine Terneaux, Jean-Paul Chabrier, et bientôt Alberto Manguel. Voici le témoignage de Claude Rouquet.
Abdelkrim Kallouche
«Je porte un intérêt particulier aux littératures qui échappent aux classifications habituelles, aux littératures «de la
marge» ; les écrits qui nous font prendre du champ, de la distance, d’où le nom de ma maison... Etre éditeur, c’est avant tout être lecteur. Lire et avoir le désir de faire lire, être le passeur entre un texte et ses lecteurs supposés, telle est la fonction de l’éditeur. Publier un livre n’est pas techniquement difficile. La vraie difficulté commence dès qu’il s’agit d’atteindre les lecteurs. Aujourd’hui, avec la surproduction entraînée par la logique du profit, les seuls livres qui surnagent avec une chance de succès sont les livres médiatisés. Je choisis de produire peu (entre 12 et 15 livres par an) pour mieux accompagner chaque livre et j’ai rompu avec la diffusion classique qui est devenue une diffusion industrielle ! Les structures de diffusion travaillent dans un but économique : produire le plus possible en espérant le maximum de profit. Cela se traduit par la présentation aux libraires d’une trop grande quantité de livres en un minimum de temps, d’où des mises en place mal adaptées et des retours disproportionnés. Il faut comprendre que nous publions des livres qui ont besoin de temps, d’attention, d’accompagnement et que les laisser noyés dans ces masses revient à les condamner à l’effacement. C’est pour s’opposer à cette logique qu’avec un groupe de sept éditeurs, dont
Le temps qu’il fait, nous avons créé une structure de diffusion alternative : Athélès. Ainsi, L’Escampette est présente dans les 150 librairies où elle doit l’être. Mes livres n’ont pas besoin d’être partout (comme ceux dont parle la télévision) mais ils doivent être là où des vrais libraires sont capables d’en parler, de les défendre et de les vendre... Quand un libraire décide de défendre un livre, il est capable d’en vendre beaucoup, même sans la presse et hors des modes. Ainsi, la librairie Calligrammes de Cahors, sur un coup de cœur pour Le Divertissement de François-René Daillie, en a vendu 120 exemplaires sur les 600 vendus dans toute la France. Pour tous ces livres qui échappent aux règles du marché, à la mode, aux seuls objectifs du profit, il est nécessaire que les libraires et les éditeurs fassent cause commune : c’est tout simplement la création et la liberté de pensée qui sont en jeu...» EDITIONS DE L’ESCAMPETTE, CHAUVIGNY, VIENNE Création en 1993. 160 titres au catalogue. Tirage moyen : 1 200 exemplaires. 10 000 pour Végétal d’Antoine Percheron. 1 emploi. Diffusion : Athélès en France, Belgique et Suisse. Distribution : Les Belles Lettres.
Marc Deneyer
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OLIVIER BARREAU
Le filon régionaliste vec 70 nouveautés cette année, Geste est en tête des éditions du PoitouCharentes. Avec d’autres enjeux que les éditeurs de littérature : ayant moins besoin d’accompagnement, les productions régionalistes sont moins soumises aux problèmes des libraires. Elles commencent cependant à subir l’étouffement de la surproduction. Voici les réflexions d’Olivier Barreau, directeur de Geste éditions.
A
«Nous nous intéressons à la culture régionale sous tous ses aspects, de l’architecture à la cuisine en passant par des publications en poitevin-saintongeais avec une profondeur de gamme nous permettant de publier aussi quelques ouvrages universitaires d’historiens. Notre originalité a été de ne jamais disso-
cier l’idée de faire un livre et de le vendre. Nous diffusons nos livres et ceux d’autres é d i t e u r s régionalistes, Le Croît vif, Bordessoules, Patrimoines et Médias. Nous sommes présents dans 9 départements du Poitou-Charentes et limitrophes, dans 1 200 points de vente – de la librairie à l’hypermarché –, sans aucun contrat d’office. Dans les grandes surfaces nos publications sont en présentoir et se vendent toutes seules comme dans certains points atypiques tels que les exRuralies. Il suffit de quelques articles, d’un passage à la télévision régionale pour que ces livres trouvent leur public. Nous gérons aussi la distribution qui mobilise le reste de l’équipe, soit 6 personnes. Nous prenons en charge les opérations logistiques de mise sur le marché :
stockage, traitement des commandes, facturation, traitement des retours, etc. Notre chiffre d’affaires est en progression car notre production et celle des autres éditeurs diffusés augmente mais nous vivons une diminution constante des tirages. En effet, la surproduction ambiante fait que nos publications restent moins longtemps en stock et ne sont pas réassorties. Ce qui se répercute sur le prix des livres et nous pousse aussi à produire plus. Bien sûr, les problèmes de diffusion sont réels mais il ne faut pas se cacher derrière. Certains textes sont publiés alors qu’ils ont un lectorat potentiel limité à cinquante personnes. Et dans ces cas-là, les éditeurs ne remettent jamais en cause leur production. Ils disent qu’ils ont fait un livre difficile qui ne trouve pas son public ! Certains textes sont faits pour être publiés dans des revues, diffusés sur Internet, mais pas pour être publiés sous forme de livre.» GESTE ÉDITIONS, LA CRÈCHE, DEUX-SÈVRES Création associative en 1984 puis société anonyme en 1992. 330 titres au catalogue. Tirage minimum : 1 000 exemplaires. Maximum : 10 000 (en plusieurs tirages) pour Le Marais poitevin de Ch. Errath, J.-L. Le Quellec et D. Mar. 14 emplois. Chiffre d’affaires : 40 % pour l’édition, 60 % pour la diffusion/distribution.
Marc Deneyer
MARIE-CLAUDE ROSSARD
Nous avons besoin des libraires M arie-Claude Rossard est le bras droit de Georges Monti, créateur du Temps qu’il fait, à Cognac. Dans Belles de Cadix et d’ailleurs, Gérard Farasse parle d’«encyclopédie des interstices», expression qui conviendrait parfaitement à cette maison. Dans ce catalogue très cohérent, on retrouve notamment Jean-Pierre Abraham, Christian Bobin, Marc Deneyer, Denis Montebello, Jean-Claude Pirotte, Armand Robin, Jude Stéfan, Henri Thomas, JeanLoup Trassard et même Guy Debord. Comment percevez-vous les difficultés des librairies ?
ble de notre catalogue et le faisait découvrir. Ce canal de vente se tarit et ne peut être remplacé par d’autres comme les grandes surfaces, qui n’ont pas de personnel qualifié capable de conseiller des ouvrages. Or, nos livres ont besoin d e temps et d’accompagnement, d’autant qu’ils ne bénéficient pas d’une large couverture médiatique. De quels moyens disposez-vous pour vous faire connaître ?
LE TEMPS QU’IL FAIT, COGNAC Création en 1981. 350 titres au catalogue, environ 20 livres par an. Tirage moyen : 1 500 à 2 000 exemplaires. 60 000 pour L’Homme qui marche de Christian Bobin. Diffusion par Athélès dans une centaine de librairies qui commandent ponctuellement et suivent les nouveautés. 6 emplois pour l’imprimerie, 2 pour l’édition. Autre activité : imprimerie (70 %).
Il y a lieu de s’inquiéter. Nous vendons nos livres en majorité par l’intermédiaire des libraires, qui sont de moins en moins nombreux. Par exemple à Cognac, la Pagerie, excellente librairie, a fermé. Le libraire proposait l’ensem-
N o t r e site Internet est très visité (letempsquilfait.com), nous avons un peu de presse nationale de temps en temps et nous glissons des cartons dans nos livres pour faire circuler l’information. Mais sans les libraires nous disposons de peu de moyens pour joindre nos lecteurs. Peut-être y a-t-il des pistes à creuser. A Saintes, l’Abbaye aux dames offre une belle présentation de multiples petits catalogues choisis, hors de toute actualité littéraire. Résultat : le chiffre d’affaires n’est pas négligeable. Parce que les livres ne sont pas étouffés par la «grosse artillerie» et surtout parce qu’ils sont présentés à une clientèle de curieux. 37
Georges Monti
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économie du livre
JEAN-PAUL LOUIS
Histoires et recherches littéraires Q ue reste-t-il d’un éditeur ? Un catalogue. Les éditions du Lérot sont le reflet des goûts de Jean-Paul Louis. A Tusson, en Charente, il imprime des livres hors mode et hors d’âge qu’il faut ouvrir avec un coupe-papier. Parfois de gros volumes ambitieux comme le Dictionnaire Baudelaire de Claude Pichois et Jean-Paul Avice (L’Actualité n° 60), quantité d’auteurs rares tels Octave Mirbeau, Maurice Ciantar ou Henri-
Simon Faure mais aussi L’Année Céline (coéditée avec l’IMEC), Histoires littéraires, revue trimestrielle consacrée à la littérature française des XIXe et XXe siècles, et de savantes publications sur les Fous l i t t é r a i r e s. Quels sont vos choix éditoriaux ?
Comment ressentez-vous le contexte général de concentration des éditions ?
J’aime les écrivains qu’on juge en général ni agréables ni recommandables. J’aime les écritures violentes et construites, sans aucune distinction politique, de Vallès à Céline. Pour orienter mes choix éditoriaux, je recherche un équilibre entre mes intérêts de lecteur et une certaine rentabilité. Je ne suis pas suicidaire. Si Voyage au bout de la nuit arrivait sur mon bureau je ne le publierais sans doute pas : je n’ai pas les moyens de faire vivre un roman, ça n’est pas dans mes cordes. Mon domaine, c’est la recherche littéraire, depuis la redécouverte d’oubliés jusqu’aux études stylistiques. Comme gérez-vous vos stocks ?
Mon catalogue ne présente pas d’intérêt économique. Je n’ai jamais été contacté pour un «rachat». Il s’agit d’une e n t r e p r i s e très particulière, dont je maîtrise la production de A à Z, et qui s’arrêtera probablement en même temps que moi. Pour le moment, je ne m’inquiète pas. Il ne se passe pas un mois sans que de nouveaux noms s’ajoutent à mon fichier qui compte 2 000 adresses, même si ma représentante reconnaît avoir plus de mal à placer les ouvrages dans les librairies parisiennes.
J’ajuste les tirages futurs selon les variations des stocks anciens, la plupart du temps en les révisant à la baisse, mais aussi en réimprimant parfois. Cependant, un éditeur ne peut pas maintenir éternellement la vie d’un livre. Un livre épuisé réapparaîtra un jour ou l’autre sur le marché de l’occasion. C’est sa vie normale. Jusqu’à présent, je n’ai jamais soldé un livre ni modifié son prix de vente initial.
LES ÉDITIONS DU LÉROT, TUSSON, CHARENTE Création en 1982. 200 titres au catalogue. Tirage moyen : 300 à 1 200 exemplaires. 4 emplois pour l’édition, l’imprimerie et la diffusion. Diffusion : Une représentante diffuse dans une quarantaine de librairies parisiennes, de la Fnac à la librairie de quartier. 2 000 adresses de clients directs et de librairies. Distribution : Roudil, comptoir de ventes parisien. Autre activité : imprimerie (50 %).
Claude Pauquet
LES AIDES AUX LIBRAIRES La Direction régionale des affaires culturelles conseille et accorde des aides financières aux libraires pour l’acquisition de moyens de f o n c t i o n n e m e n t , l’informatique par exemple, le développement de l’entreprise, des projets d’animation, des projets de création de librairies. La Drac est aussi le relais des demandes de subventions au Centre national du livre qui propose des prêts à taux zéro et soutient la diffusion d’ouvrages issus de secteurs spécifiés (art, poésie, théâtre, sciences humaines , sciences et techniques…). Le Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce (FISAC) 38
permet aux commerces culturels de proximité de bénéficier de subventions pour la création ou le développement de leur activité. L’Association pour le développement de la librairie de création (ADELC) intervient, sous forme de prêts sans intérêt tandis que l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC) peut garantir une partie des emprunts bancaires contractés par les libraires auprès des établissements de crédit. www.culture.gouv.fr/culture/ guides/dll/libraire.htm www.centrenationaldulivre.fr http://www.poitoucharentes.culture.gouv.fr
SÉLECTION DU PRIX DU LIVRE EN POITOU-CHARENTES Cinq ouvrages ont été sélectionnés pour le prix du livre en Poitou-Charentes 2004 : Les Hommes à terre, de Bernard Giraudeau (Métailié) Ni pillard, ni fuyard, d’Antjie Krog (Le temps qu’il fait) Poussière du Guangxi, de Claude Margat (La Différence) Fouaces et autres viandes célestes, de Denis Montebello (et photographies de Marc Deneyer) (Le temps qu’il fait) Lâcher prise, de Joël Vernet (L’Escampette).
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