Grand Dérangement
Acadiens en Poitou Le désir d’Amérique A partir de 1755, les Acadiens sont chassés par les Anglais. Commence alors le Grand Dérangement. Quelques milliers d’entre eux échappent aux prisons anglaises et à la déportation dans les colonies américaines, et sont rapatriés en France. Ceux qui ont survécu au voyage se retrouvent dans des villes portuaires. On cherche ensuite à les fixer, à en faire de bons agriculteurs, c’est pourquoi le marquis Pérusse des Cars, seigneur de Monthoiron, fait venir 362 familles dans la Vienne en 1773 et 1774. A charge pour eux de défricher les terres incultes de la
Damien Rouet explique pourquoi la plupart des Acadiens ont mené à l’échec leur installation dans la Vienne Par Jean-Luc Terradillos Photo Bruno Veysset
«ligne acadienne» qui passe par La Puye et Archigny. L’installation est si difficile que la plupart quitteront rapidement le Poitou pour s’installer en Louisiane. Pourquoi la Lousiane ? Lors du colloque de l’Association française des études acadiennes tenu à Poitiers début juin 2004, Damien Rouet a apporté des éléments de réponse. Cet historien, membre du groupe de recherche Gerhico, a effectué sa thèse sur «l’installation des Acadiens en Haut Poitou et la formation d’une identité agraire» en 1994 à l’Université de Poitiers, sous la direction de Jacques Marcadet. Sans vouloir minorer toutes les difficultés auxquelles ont dû faire face les Acadiens, Damien Rouet estime qu’ils ont refusé de s’installer dans le Poitou. «Dès le début, dit-il, les Acadiens vont mettre en place des stratégies pour mener cette installation à l’échec. En effet, ils sont en contact avec la Louisiane depuis plusieurs années déjà, soit directement par des marins acadiens, soit par des courriers reçus d’autres membres de leurs familles qui sont installés en Louisiane depuis les années 1760. D’autre part, les Acadiens sont représentés en France par des députés qui vont tout faire pour sauver l’intégrité du groupe et le conduire plus tard en Louisiane.»
A la différence du Poitou, rien ne leur est offert là-bas, ni ferme, ni terre. Mais les descriptions de leurs parents sont convaincantes : les terres sont propices à l’élevage, sur de vastes étendues relativement vierges, etc. «La Louisiane leur paraît comme le nouvel Eden. Ils sont sensibles aussi à l’idée de pouvoir reconstruire des familles écartelées par la déportation.» Quant à ceux qui restent en Poitou, peut-être 150 individus, ils sont très vite intégrés. En effet, ce groupe acadien est surtout composé de filles que l’on va marier avec des Poitevins. Et comme elles possèdent une ferme et de la terre, des alliances seront possibles dans les couches aisées de la société poitevine. Une telle intégration aurait pu effacer la mémoire acadienne, or celle-ci demeure toujours très vivace. «Cette mémoire perdure dans un premier temps parce qu’on possède une exploitation agricole sur la ligne acadienne, explique Damien Rouet. La transmission de la mémoire se fait donc par la possession de la terre.» Il souligne d’autre part que cette mémoire a été entretenue dès les années 1860, notamment grâce au travail de Benjamin Boudrot qui a consigné les témoignages des descendants acadiens.
MÉMOIRE ACADIENNE EN POITOU L’accord de coopération entre le Conseil général de la Vienne et le Nouveau-Brunswick ainsi que le nombre de jumelages (p. 42) sont la preuve que les institutions sont soucieuses d’entretenir la mémoire acadienne dans ce département. La vie associative y contribue très largement. Par exemple, il existe cinq associations d’amitié francoa c a d i e n n e s : ChâtelleraultQuébec-Acadie, Les Cousins acadiens du Poitou, Acadie naissance d’un peuple (qui produit régulièrement des spectacles), Falaise-AcadieQuébec, Amitiés généalogiques canadiennes-françaises . Trois associations publient chacune un bulletin. On compte pas moins de quatre musées : à Archigny, Châtellerault, La Chaussée (Loudun), Falaise (Les Ormes). Et chaque année, la fête nationale acadienne est célébrée à Archigny le 15 août. D’autre part, le Comité des amitiés acadiennes, structure départementale qui réunit quatre des associations précitées, a réalisé un site Internet bien documenté : www.poitou-acadie.com 69
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 65 ■
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