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Les Européens en Amérique
Selon l’historien Didier Poton, le colloque sur «le Nouveau Monde et Champlain» permettra notamment de dresser un état des lieux de l’histoire de l’implantation européenne aux Amériques
Par Mireille Tabare Photo Claude Pauquet tôt au Nouveau Monde pour les mêmes motivations que les autres navigateurs européens (recherche de nouvelles routes vers l’Asie, exploration de terres inconnues, entreprises commerciales, etc.). De plus, ce continent nouveau était perçu par certains, tel Philippe Duplessis-Mornay, comme le territoire que Dieu leur offrait pour y implanter la vraie foi, faute de pouvoir le faire en Europe. A l’époque où Champlain arrive au Nouveau Monde, les royaumes ibériques ont déjà acquis une nette avance dans l’entreprise d’exploitation et de colonisation des Amériques. Par exemple, le système militaro-ecclésiastique hispanique s’impose aux sociétés indiennes et réussit, notamment par l’Inquisition, à contrôler les colons. Au début du XVIIe siècle, les nations nordeuropéennes commencent à s’intéresser à l’Amérique du Nord. Pendant que Champlain et les Français progressent dans leur installation sur les rives du S a i n t - L a u r e n t , avec la fondation de Tadoussac, Québec et Montréal, les Anglais se fixent en Virginie et plus au nord, à Cape Code, où ils fondent la ville de Boston, les Hollandais s’implantent dans la baie d’Hudson où ils créent la Nouvelle Amsterdam (la future New York). D’autres pays, comme la Suède, établissent de petites colonies à proximité. Très rapidement, la compétition s’instaure entre les différentes puissances européennes autour d’un enjeu majeur : le commerce des fourrures. «Dès le début, on constate des différences très nettes dans les stratégies économiques mises en place avec les indigènes par les Français d’un côté, par les Anglais et les Hollandais de l’autre, souligne Didier Poton. Très vite, les Français s’impliqueront directement dans la chasse, aux côtés des Indiens, tandis que les Anglais et les Hollandais se contenteront de récupérer les fourrures et de les exporter, ce qui a créé d’emblée un rapport très différent aux populations locales. Une différence qui se manifeste également
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otre propos n’est pas d’organiser un énième colloque sur Samuel Champlain et l’implantation française sur les rives du Saint-Laurent, mais d’élargir la réflexion à l’Amérique dans sa globalité, en nous intéressant à tous les acteurs européens de la colonisation, depuis l’évolution des colonies américaines déjà mises en place par les Espagnols et les Portugais au XVIe siècle aux transformations engendrées par l’arrivée sur le territoire de nouvelles puissances nordeuropéennes au début du XVIIe siècle, explique Didier Poton, professeur d’histoire moderne à l’Université de La Rochelle et coordinateur du colloque avec Guy Martinière, doyen de la Flash. Ce parti pris n’est pas artificiel. Réfléchir sur le Nouveau Monde au temps de Champlain, c’est d’abord tenter de voir les
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choses au travers de ses représentations des Amériques. Or, quand le cartographe embarque pour le Nouveau Monde, c’est avec une expérience maritime de l’espace atlantique et un bagage culturel et politique qui dépasse largement la dimension franco-française de la conquête américaine.» Un bagage qui ne peut se concevoir que dans le milieu des navigateurs protestants – auquel appartient vraisemblablement Champlain – riches de leurs expériences précoces d’établissements en Floride et au Brésil dès le XVIe siècle et de la course huguenote anti-espagnole... sans oublier l’expérience des centaines d’équipages qui partaient pêcher la morue sur les bancs de Terre-Neuve dès le XVe siècle. Les élites protestantes, notamment les élites urbaines des ports normands et picto-charentais, se sont intéressées très
LE NOUVEAU MONDE ET CHAMPLAIN
Organisé par l’Université de La Rochelle en collaboration avec celle de Poitiers et le soutien du Conseil général de la CharenteMaritime et la Maison Champlain à Brouage, ce colloque réunira une vingtaine d’intervenants, dont un tiers de chercheurs nordaméricains. Il se tiendra les 18 et 19 novembre à la Faculté de lettres, arts et sciences humaines (Flash) à l’Université de La Rochelle et se poursuivra le 20 novembre à Brouage. Ce sera aussi l’occasion de présenter des actions liées à la commémoration de l’aventure américaine de Champlain.
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La mascarade nuptiale, du peintre portugais José Conrado Roza, 1788. Ce grand tableau est l’une des pièces maîtresses du musée du Nouveau Monde, à La Rochelle.
dans le domaine social et religieux.» Très tôt, les Français s’engagent dans une politique de conversion des Indiens. La colonisation à leurs yeux ne se conçoit pas sans cette dimension missionnaire religieuse auprès des indigènes, qui sont ainsi intégrés, théoriquement, à la monarchie française. En revanche, du côté des puissances protestantes – Anglais et Hollandais –, les liens avec les Indiens se limitent à des rapports de commerce et d’exploitation. Pour eux, l’entreprise coloniale comporte aussi une dimension religieuse en propre : il s’agit, selon le projet calviniste, de fonder des Etats idéaux dans lesquels les colons européens puissent vivre selon les préceptes de la Bible. «C’est un sujet de recherche extrêmement intéressant : comment ces différences au niveau des stratégies mises en place dans les relations avec les indigènes dès le début de la colonisation ont engendré des sociétés coloniales elles-mêmes très différentes, avec d’un côté des sociétés intégrant colons et indigènes et débouchant sur un métissage, et, de l’autre, des sociétés où ces deux communautés cohabitent mais sans se mélanger. On peut même clairement se demander dans quelle mesure ce type d’organisation spécifique aux premières colonies protestantes n’est pas à l’origine du développement de ces grandes sociétés coloniales hollandaises et anglaises au sein desquelles va se développer ce qui sera nommé plus tard le «développement séparé», c’est-à-dire l’apartheid, un système d’exclusivisme racial, qui a perduré jusqu’au XXe siècle en Amérique et en Afrique.» Il ne faut toutefois pas faire des colonies catholiques des sociétés métissées idéales ! L’exploitation des indigènes, puis des esclaves africains dans les colonies ibériques, et l’intégration des Indiens nord-américains dans le système commercial capitaliste des pays d’Europe du Nord bouleversent ces sociétés, qui sont désormais entraînées dans les effets, parfois sanglants, des rivalités entre Français et Anglais dans le partage des territoires entre Acadie et Virginie.
Collections du Nouveau Monde
A La Rochelle, le musée du Nouveau Monde est dédié à l’histoire des relations entre la France et les Amériques depuis le XVIe siècle. Deux mille pièces y sont réunies, dont quelques collections plus importantes évoquant les Antilles et Saint-Domingue, les Amérindiens, ou illustrant les représentations des Amériques par les Européens de l’époque. «La Nouvelle-France fait figure de parent pauvre, explique Thierry Lefrançois, conservateur du musée. Et pour cause : il existe très peu de documentation originale relative à cette période, et les documents et gravures existants sont souvent très approximatifs. Car les pionniers qui partaient s’installer là-bas étaient avant tout des gens de métier et des artisans – mus par des motivations strictement commerciales – et pas des artistes !» Parallèlement aux expositions thématiques à caractère historique, le musée s’attache également à faire découvrir les œuvres d’artistes contemporains américains : «Une manière de montrer que le musée, dont la vocation première est l’histoire, s’intéresse aussi à l’art vivant.» On peut ainsi, jusqu’au 13 septembre, y admirer les travaux originaux, mêlant dessins, collages et peintures, de l’artiste graphique canadienne Lyne Lapointe. Tél. 05 46 41 46 50
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