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Cadiens de Lousiane Le culturel prime sur l’économique Entretien Jean-Luc Terradillos
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hilippe Gustin a quitté sa Belgique natale pour s’installer en Louisiane il y a une trentaine d’années. Il manage le Centre international de Lafayette, division du service économique de la municipalité et du district de la ville. De ce fait, il participe au réseau Sesame, depuis sa création en 1992, qui réunit actuellement 14 villes intermédiaires de différents pays. Objectif : développer des relations de type institutionnel, économique, culturel et touristique. Un forum international des affaires est organisé chaque année dans une ville différente, parmi lesquelles Poitiers, Longueuil au Québec et Moncton au Nouveau-Brunswick. L’Actualité. – Le sentiment d’appartenance acadienne a-t-il quelque poids quand on fait des affaires ? Philippe Gustin. – Peu. Le Cadien est avant tout
acadienne, avec des menus bilingues, des orchestres traditionnels tous les soirs et des drapeaux acadiens sur les murs, mais ce sont surtout les touristes qui affluent. Je précise que, depuis quelques années, nous préférons utiliser le mot cadien plutôt que cajun, mot bâtard que les Français mettent à toutes les sauces. De manière générale, nos entreprises, de par le tissu économique et la situation géographique de la Louisiane, sont davantage tournées vers le Mexique et l’Amérique du Sud que vers le Québec et l’Europe. Les entreprises de pays francophones y sont peu nombreuses. Le patrimoine culturel de la Louisiane du Sud intervient malheureusement fort peu dans les stratégies économiques et commerciales des patrons d’entreprises (y compris des entreprises françaises !). Les Acadiens du Nouveau-Brunswick semblent assez distants vis-à-vis de leurs cousins de Louisiane, «trop américanisés», «peu francophones», voire «Acadiens du dimanche» : comment est-ce perçu ?
et montrent à quel point les Cadiens du Sud et Acadiens du Nord sont très similaires, bien que vivant dans des environnements très différents. Que représente le chanteur Zachary Richard ?
américain en affaires et en politique, et Cadien dans ses loisirs, en famille et parmi les amis. Certains restaurants jouent à fond la carte
Il est vrai que la classe militante de l’Acadie du Nord, comme on dit ici, a parfois exprimé son désarroi devant le manque de militantisme de la grande majorité des Cadiens de Louisiane. Cependant, dans leur grande majorité, ces deux communautés sont très soudées, surtout depuis le premier Congrès mondial acadien de 1994 au Nouveau-Brunswick et plus encore le deuxième congrès qui eut lieu en Louisiane en 1999. Les communautés acadiennes se sont re-découvertes grâce à ces grandes réunions de famille (102 cet été en Nouvelle-Ecosse, certaines attirant plusieurs milliers de personnes se réclamant de la même ascendance ) et célèbrent aujourd’hui leur parenté et les nombreuses affinités (religion, musique, artisanat, etc.) qui les rapprochent les unes des autres. Ces «grand-messes» de la culture acadienne ne cessent de s’amplifier 62
Zachary Richard est devenu non seulement un véritable ambassadeur de la Louisiane acadienne à l’étranger – depuis le début de sa carrière pratiquement – mais aussi , plus récemment, un véritable porteparole de la minorité acadienne et francophone en Louisiane. C’est certainement à ce titre qu’il a été invité à chanter en anglais et en français à la cérémonie d’investiture du gouverneur Kathleen Babineaux Blanco en janvier dernier. Grâce à cette aura, il est écouté par les milieux politiques, les maires des petites municipalités et les directeurs des écoles du sud de la Louisiane lorsqu’il va témoigner en faveur de l’instauration d’une Semaine de l’héritage acadien (manifestation annuelle qu’il a l’intention de lancer dès septembre 2004 et qui se terminera par le Festival de musique acadienne qui se déroule chaque année durant le troisième week-end de septembre) et la création ou le maintien d’un programme scolaire d’immersion en français. Le fait qu’il chante aussi en anglais, est-ce considéré comme une «trahison» ?
Doug Dugas
Seule une petite minorité des musiciens acadiens purs et durs, qui prônent le maintien de la musique la plus traditionnelle qui soit, considèrent encore un peu Zachary comme un «traître» à leur culture. Pour la plupart des Louisianais, Zachary Richard est un grand artiste qui vit pour et par ses convictions. Il a ainsi inspiré et continue à inspirer de nombreux jeunes talents qui puisent leur répertoire dans le patrimoine acadien de Louisiane de manière créative et originale. www.leCentre.org
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 65 ■
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28/06/2004, 15:55