miséricorde
La reconnaissance pour Girard II, évêque de l’an 1100 Déclaré schismatique après sa mort, Girard II, évêque d’Angoulême, retrouve sa place dans le chœur de sa cathédrale Par Astrid Deroost Photos Alberto Bocos pour être «tombé dans le schisme» : quand, à la mort de Calixte II (1130), deux papes sont élus par deux conciles différents, Girard II se prononce en faveur d’Anaclet, qui conforte l’évêq u e d’Angoulême dans sa fonction d’ambassadeur du Saint-Siège. Quelques mois plus tard, suite au concile d’Etampes influencé par Bernard de Clairvaux, Innocent II devient le chef officiel de l’Eglise. Girard II perd son mandat de légat, premier signe d’une infortune qui sera confirmée lors du deuxième concile de Latran. En 1139, ses ordinations sont déclarées nulles et sa dépouille est déplacée. «D’après les textes, il est pourtant mort dans le repentir après avoir reconnu sa faute», remarque Jacques Sauquet, responsable de la commission art sacré à l’évêché d’Angoulême et auteur d’une communication sur Girard II (Association généalogique de la Charente). Pendant sept siècles, il va donc reposer en marge de la sainte enceinte. Puis «la sépulture de Girard II est découverte en 1864, lors de travaux (de restauration) effectués par Abadie. On y retrouve la tête de la crosse, un calice de plomb, un anneau d’or orné d’une améthyste», témoigne le bulletin de la Société archéologique de la Charente. Une seconde inhumation a lieu sous l’épiscopat de Mgr Cousseau, premier pas vers une réhabilitation. Un coffret de plomb contenant les ossements de Girard est alors placé dans un mur latéral de S a i n t - P i e r r e , puis une nouvelle fois oublié. «A l’occasion des récents travaux de restauration du chœur, j’ai souhaité que l’on fasse des recherches», précise Mgr Dagens. La quête s’oriente vers une plaque, commémorant l’évêque, accrochée au fond d’un placard, dans un réduit de la sacristie. «En mars dernier, cette plaque a été déposée et le coffret était juste derrière, dans ce qui était probablement la partie extérieure du mur avant la construction de la sacristie», note Jacques Sauquet. Pour Mgr Dagens, la cérémonie à venir, dans le cadre de l’année jacquaire, mar-
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omme évêque d’Angoulême, je pense être fidèle à l’histoire et à Dieu en donnant à Girard la place qui est la sienne, explique Mgr Claude Dagens. Le 18 juillet, je déposerai solennellement ses restes dans le chœur de la cathédrale d’Angoulême dont il a été le constructeur.» En cet an 2004 et après plus de huit siècles de disgrâce, Girard II, décédé en 1136 puis déclaré schismatique, va retrouver la lumière. En guise de châtiment, sa dépouille avait été exhumée, reléguée hors l’église puis
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quera la reconnaissance due à un homme qui a bien servi l’église. «Le bon sens commande de resituer dans le contexte de l’époque, soumise à des rapports de force autant politiques que religieux, la déclaration de schismatique», précise l’évêque, auteur de l’hommage désormais gravé dans la pierre : «Ici sont déposés les restes humains de Girard II qui a édifié cette cathédrale. Que la miséricorde de Dieu brille pour lui.»
BÂTISSEUR DE LA CATHÉDRALE D’ANGOULÊME L’ouvrage dirigé par Jacques Lacoste, La Sculpture romane en Saintonge (éd. Christian Pirot), consacre un chapitre à la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême et à son bâtisseur. Girard de Blay, né vers 1060, y est présenté comme un homme de grande culture qui, après avoir été précepteur chez les comtes de Périgord, devient chanoine à Saint-Etienne de Périgueux. Nommé évêque à Angoulême, il remplace la vieille cathédrale consacrée en 1015, et lance en 1110 la construction d’un édifice résolument moderne, à la façade entièrement décorée. Le 17 juillet à 17h30, l’historien Pierre Dubourg-Noves donnera une conférence à la maison diocésaine d’Angoulême : Girard II, évêque légat pontifical et constructeur de la cathédrale d’Angoulême.
réensevelie. Ses ossements viennent d’être redécouverts dans un mur de la cathédrale. Rien pourtant ne destinait Girard II, originaire de Blay en Normandie, à connaître le sort posthume qui fut le sien. Elu évêque d’Angoulême en 1101, légat de quatre papes successifs pour l’Aquitaine et érudit, l’homme avait marqué son passage sur terre en érigeant la cathédrale romane SaintPierre d’Angoulême. Enterré en 1136 dans le chœur de l’édifice, Girard II fut pourtant exhumé trois ans plus tard 32
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 65 ■
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